Heureux Tropiques

Ce qui pourrait être considéré comme le deuxième acte de cette Transat Jacques Vabre 2009, engage manifestement les concurrents à la contemplation du spectacle offert par les nuits étoilées, à la concentration sur les trajectoires et aussi, pour certains, à l’expression des sentiments les plus intimes. Pour une majorité de la flotte, la navigation a pris des allures tropicales et tous se réjouissent à l’idée de pouvoir ajouter un peu de légèreté dans un quotidien jusqu’alors plombé par l’humidité, les sorties inévitables en ciré sur le pont et le ballottage incessant des hommes et des machines. En tête des Imoca, la lutte continue pour gagner vers le Costa Rica et pour l’heure, l’avantage est toujours donné à Marc Guillemot et Charles Caudrelier-Bénac. Pas de changement non plus chez les Multi50, alors que Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux ont définitivement passé la surmultiplié et ne cessent d’accroître leur avance.

 

 

      En matière de course au large, une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Ainsi, au fur et à mesure que les marins s’éloignent d’un port de départ, laissant souvent un climat automnal derrière eux, et gagnent dans le Sud Ouest, ils trouvent, en toute logique, des conditions de navigations qui se conjuguent entre chaleur et plaisir absolu de la glisse à bord de leurs belles machines. Et forcément, ce sont presque toujours les premiers qui bénéficient de ces bouleversements attendus. Cette neuvième édition de la Transat Jacques Vabre ne déroge pas à la règle et les témoignages de marins comme Marc Guillemot ou Kito de Pavant sont là pour le confirmer. Si depuis plusieurs jours, la perspective de pouvoir aérer les acteurs et leurs accessoires tourne dans les esprits comme une obsession, il semble que le moment soit arrivé. Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’heure n’est pas non plus à une neutralisation de la course pour cause de grand chambardement ménager. C’est juste que la vie devient plus facile et plus agréable à bord des destriers en carbone, quand les manœuvres se font sur le pont en étant libérés des entraves qui peuvent constituer les cirés et autres vêtements chauds. Comme un avant-goût de l’ambiance des plages du Costa Rica, ces instants de confort relatif sont forcément appréciés. Côté course, on ne laisse rien au hasard et à la contemplation. Relativement serein, le leader du moment, Marc Guillemot, affichait ce matin la confiance des grands jours, estimant, qu’à moins d’un pépin ou d’une casse, le podium de cette Transat Jacques Vabre allait se jouer entre le duo qu’il forme avec Charles Caudrelier Bénac, Kito de Pavant et François Gabart et enfin Mike Golding et Javier Sanso. Sur le papier, force est de constater que la théorie du marin de Saint-Philibert est plus que fondée. Mais est-il bien raisonnable d’envisager une seule seconde que les compétiteurs acharnés que sont Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou ont décidé de rendre les armes et de ne pas entrer dans cette lutte pour une place d’honneur ? Certes à ce stade du jeu, le défi paraît difficilement surmontable, mais une fois paré l’arc Antillais, les opportunités les plus folles pourraient se présenter à tous.

      Difficile d’appliquer la même philosophie à la flotte des Multi50, tant le delta est grand du point de vue de la performance des bateaux. Il est en effet aujourd’hui inconcevable pour Victorien Erussard et Loic Fecquet ou Lalou Roucayrol et Amaiur Alfaro, de venir titiller les flotteurs de Crêpes Whaou !Mais si le tenant du titre fait cavalier seul en tête, déployant actuellement tout le potentiel de cette nouvelle monture, derrière, la bagarre pour la deuxième place n’est pas dénuée de sel  et enthousiasme manifestement ses protagonistes. Une chose est sûre, les Tropiques vont bien aux marins et du gris de cet automne qui bât son plein en France, leur sort est définitivement des plus enviable…

Ils ont dit…

Marc Guillemot – Safran 1er  au classement de 5 h
« C’est agréable : on n’est plus en ciré et on peut passer du temps dehors mais on va moins vite. Ça nous permet de nous aérer et de se balader sur le pont. Tout va bien sur le bateau et rien ne nous empêche d’avancer, tout est sous contrôle. On a encore des affaires qui sont humides mais pas beaucoup : à mon avis demain on aura tout séché. On surveille de près les camarades qui sont juste derrière nous : Groupe Bel et Mike Golding. Si il n’y pas de casse, la course se joue désormais entre nous trois : les autres sont trop loin. En ce moment les conditions météo nous permettent de récupérer : on pourra attaquer ainsi la deuxième partie plus reposé. »

 
Loic Fequet – Guyader pour Urgence Climatique 2ème  au classement de 5h
« Tout va bien sur le bateau. Victorien est en train de dormir mais bientôt ce sera son tour et il prendra la barre. Depuis hier ça marche plutôt bien : on a enfin retrouvé des conditions agréables, on ne met plus de ciré ! Tout cela nous permet de faire des pointes à 18 nœuds. Lalou et Amaiur sont encore derrière nous : pour l’instant ils ont du mal à nous suivre. Il faut dire aussi que notre bateau marche bien au portant… »

Kito de Pavant -Groupe Bel – 2ème au classement de 5h
« C’est les Tropiques ! Maintenant on marche à 18 nœuds et rien que le fait de sortir du bateau et de ne pas avoir des vagues sur la tête à chaque fois qu’on est dehors, c’est un vrai bonheur ! Cela nous était arrivé seulement au Havre, au départ. La mer s’est donc nettement calmée depuis hier soir et on espère faire sécher tout ce qui est encore humide. Ça fait dix jours que cela dure et ça a été pénible. Ce soir il va peut-être y avoir une option à jouer. On essaye de se décaler plus au Sud. Au Nord il y a une zone de vent faible et on voudrait l’éviter. On essaiera d’être plus vent arrière en approchant des Antilles. C’est une course de vitesse ».