Homme libre, toujours tu chériras la mer !

Texte :

La 37e édition des Régates Royales de Cannes s’est tenue du 21 au 26 septembre dernier. Un rassemblement unique de 80 voiliers classiques qui se sont donné rendez-vous dans le golfe de la Napoule pour la dernière étape du Panerai Classic Yachts Challenge. Quelques régatiers suisses ont répondu présents à l’appel de la mer et des coques en bois. 

Les hourras des marins victorieux retentissent à l’arrivée des bateaux dans le port de Cannes. Accolades chaleureuses, félicitations généreuses, les régates royales sont bien un rendez-vous des gens de la mer, de véritables passionnés de voile classique et de tout l’imaginaire qui va avec. Et pour apporter une touche de folklore à cet esprit de tradition, l’équipage de Moonbeam IV, vainqueur dans la catégorie reine des Big Boats, vient retirer son prix sur scène au rythme celtique de la cornemuse, comme pour mieux affirmer son identité bretonne. A bord de leur plan Fife centenaire de 30 mètres de long sans le beaupré, déployant une voilure imposante de 506 m2 s’il vous plaît, ils ont littéralement survolé les manches en remportant trois des quarte régates disputées. Déjà bien installé à la buvette avant la remise des prix, Mikael Créac’h, le capitaine du vaisseau, reçoit déjà les compliments de ses concurrents. Il est ravi du travail fourni par ses marins : « Cette année j’ai changé complétement d’équipage, on est reparti à zéro et ils ont tous assuré comme des bêtes ! », lance avec vigueur l’intéressé. Il parle aussi avec beaucoup d’enthousiasme des conditions de la semaine qui ont contribué à sa victoire : « C’était vraiment génial ! On a eu du soleil et beaucoup de vent. J’essaie toujours de garder de la toile le plus longtemps possible. Alors nous prenons plus de risques que les autres, mais c’est aussi ce qui nous permet de gagner ». Et surtout, pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ? Sur Moonbeam IV, toutes les manoeuvres se font au palan, pas évident quand on connaît la taille de l’engin. Avoir recours au spi leur faciliterait bien trop la vie aussi, ils utilisent un ballooner qui garantit son lot de manoeuvres acrobatiques à chaque empannage lorsqu’il s’agit d’abaisser leur gigantesque tangon. Mikael Créac’h insiste : « On est les seuls à faire comme il y a 100 ans, je veux que l’on reste dans la tradition pure. »

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EN TERMINANT 2e DE SA CATÉGORIE, LE 8MJI CARRON II SIGNE LA MEILLEURE PERFORMANCE SUISSE. © Guido Cantini

Des suisses au taquet !

Ils sont là pour jouer la gagne. C’est le cas par exemple de Pierre- Alexandre Nuoffer de Versoix, tacticien sur Moonbeam IV. Ce qu’il apprécie le plus, « c’est de naviguer au sein d’un équipage de 25 personnes, des gens de la mer dont pour beaucoup c’est le métier », nous confie-t-il. Carron II , qui a loupé de peu cet été sur le Léman le titre mondial des 8mJI dans la catégorie Neptune, a fait aussi le déplacement. Bien qu’ayant remporté en temps réel les quatre régates de la catégorie Epoque Marconi moins de 15 mètres, il arrive deuxième en temps compensé derrière Cholita. Une petite déception pour le tacticien Jean-Luc Lévêque mais qui sera certainement très vite effacée par les succès à venir. En attendant, il compte adresser un rapport au jury : « On perd la régate du vendredi pour seulement 22 secondes, même si nous sommes conscients que les calculs de jauge ne conviendront jamais à tout le monde, il ne faut pas perdre de vue que l’on doit encore travailler pour peaufiner le rating. » assure-t-il. Puis, il y a Mariska, le dernier des 15mJI Fife encore existant. Sous les commandes de Christian Niels, il a déjà remporté les Voiles d’Antibes en juin et s’est appliqué à venir taquiner Moonbeam IV tout au long de la semaine. Le troisième jour de régate était l’occasion d’observer un remarquable coude-à-coude entre les deux écuries. Après un départ canon, ils sont partis chercher les airs créés par la compression sur la droite du golfe de la Napoule et alors que Moonbeam IV prenait de l’avance dans les bords de près, l’apport du spi de Mariska au portant lui permettait de jouer sur les angles et ainsi de refaire son retard sur Moonbeam IV. C’est finalement le dernier jour, par petit temps, que Mariska a pu remporter une manche et finir en beauté la semaine.

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© Guido Cantini

Classic addict

Les lacs suisses accueillent déjà leur lot de régates classiques et on retrouve quelques navigateurs helvètes accrocs à ces grandes régates en mer. Ils ne visaient pas forcément le podium à Cannes mais étaient là pour se faire plaisir tout en performant. C’est le cas de Guillaume Floquet, heureux copropriétaire de Oiseau de feu avec son camarade Cyril Peyrot depuis un an et demi. Habitué des circuits plus modernes, en M2 ou open 7.50, son côtre Marconi a une dimension magique qu’il ne retrouve pas ailleurs : « Je fais ça par passion, j’adore les bateaux classiques. C’est sûr que la manière de naviguer est différente, mais sur ces bateaux lourds et très puissants c’est loin d’être facile. » Avec son équipage de quinze personnes, composé pour la plupart d’invités, Oiseau de feu a terminé 9e de la catégorie Époque Marconi plus de 15 mètres. Quelques places plus haut dans le classement, on retrouve Adria, un ketch bermudien de 1934 appartenant à Stephan Schlosser. Il a été construit en Allemagne pour le compte d’un banquier suisse qui ne s’est aperçu qu’après-coup de sa sensibilité au mal de mer et n’a jamais navigué avec. Stephan Schlosser, originaire de Thoune, a fait l’acquisition d’Adria en 2011 alors qu’elle était en piteux état : « Il a fallu refaire la totalité du bateaux : le pont, le moteur, les systèmes d’eau et d’électricité en passant pas les winches. Maintenant, nous naviguons entre amis pour le plaisir, l’ambiance ici à Cannes avec les différents équipages est fantastique », développe le propriétaire. La bonne humeur, le sport, la passion et la tradition contribuent au moins autant que le vent à faire avancer ce circuit de bateaux mythiques.

Vainqueurs 

Big Boat : Moonbeam IV 

Epoque Marconi + 15 mètres : Manitou 

Epoque Marconi – 15 mètres : Cholita 

Epoque Aurique : Marigold 

Classique : EA 

Spirit of Tradition : Helisara 

Tofinou : Pitch