Humeurs contemplatives…

Presque une semaine après la tempête, un calme relatif a gagné la flotte de la Transat Jacques Vabre. Aux abords de l’arc antillais et alors que les concurrents composent avec un Alizé qui joue les filles de l’air, l’humeur est à la satisfaction. En la matière, les motifs ne manquent pas et diffèrent d’un bateau à l’autre. Si certains se réjouissent d’avoir pu se faire un peu la belle dans la nuit, pour d’autres, le spectacle d’un ciel étoilé que rien ne vient ternir relève de l’enchantement permanent. En mer on s’offre une parenthèse poétique alors qu’à terre on se perd en conjectures sur le fait de savoir en quels points la fameuse porte d’entrée antillaise sera pénétrée. A bord de Safran, le sourire est de mise en cette fin de nuit qui a permis aux leaders de creuser l’écart qui les sépare de leurs dauphins. Chez les Multi50, dégagés d’une certaine forme de pression, Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux apprécient…

 

Onze jours de course et plus que 1 600 milles à parcourir, ou encore de longues journées de lutte pour les Imoca… c’est selon. Quoi qu’il en soit, pour les partisans du verre plein ou du verre vide, la course est loin d’avoir livrée son verdict et aujourd’hui plus que jamais, chaque détail aura son importance, chaque mot émanant du large pourra trouver une interprétation définitive pour qui l’entendra. Mais à l’heure où la nuit a pris ses quartiers sur une flotte qui pointe ses étraves vers les Antilles, chacun se réjouit du spectacle d’un ciel étoilé, sans un nuage, bercé par une mer plate et un semblant d’Alizé dont chacun se contente de bon gré. Les marins sont à la contemplation et le temps semble comme suspendu, tant ils se plaisent à profiter des ces rares moments qui font oublier tout le reste. Mais qu’on ne s’y trompe pas, aucun d’entre eux n’a pour autant posé son mouchoir sur la compétition qui bât son plein sur l’Atlantique. Ainsi, si Charles Caudrelier Bénac, heureux co-skipper du bateau de tête chez les Imoca, prenait la peine de relever le spectacle, c’est surtout qu’il accompagnait en ce jeudi le constat d’une échappée nocturne fructueuse et se soldant par désormais près de 80 milles d’avance sur le duo Kito de Pavant – François Gabart et environ 160 milles sur Mike Golding et l’espagnol Javier Sanso. Quand les bonnes nouvelles se lisent sur fond de décor paradisiaque, elles prennent une toute autre valeur. Heureux ces riches qui s’enrichissent au contact d’une météo favorable. Mais que l’on ne s’y trompe pas, cette situation n’est qu’un instantané du petit jour et ne vient pas pour autant mettre un terme au duel fratricide. En navigateurs d’expérience, le pilote de Safran et le meilleur ami de la Vache savent mieux que quiconque à quel point le chemin vers le Costa Rica est encore semé d’embûches.

Chez les Multi50 aussi on apprécie le spectacle et la palme de la description enchanteresse revient à celui qui truste le haut du pavé depuis l’entrée en scène havraise. Pour Franck-Yves Escoffier, la récompense des rigueurs dépressionnaires endurées la semaine dernière se gagne aujourd’hui dans le spectacle de ces nuits rêvées. La vie se fait décidément très douce avec l’équipage de Crêpes Whaou ! en ce moment. Mais n’allons pas imaginer que pour les autres protagonistes de cette pièce atypique, à l’impossibilité matérielle de rivaliser avec le chef de file s’ajoute la privation de tout plaisir visuel et sensoriel. A bord d’un Guyader pour Urgence Climatique aussi on profite du moment et on s’accorde une projection à long terme en rêvant d’une monture à la hauteur de ses ambitions. C’est qu’on aimerait parfois n’avoir à offrir que le spectacle de son tableau arrière…

 

Ils ont dit…

Charles Caudrelier – Safran – 1er au classement Imoca de 5h

« Ca va très bien. On essaie de comprendre ce qu’il se passe parce qu’il devrait y avoir un peu moins de vent mais ce n’est pas le cas ! Il doit y avoir une raison pour que l’on ait gagné tant de milles sur Groupe Bel pendant la nuit, ils doivent avoir un problème technique ou quoi, c’est pas possible autrement… On a fait une belle nuit, on a entre 10 et 15 nœuds, ça glisse et il fait bon, c’est reposant. On a réussi à faire 2 ou 3 quarts de 3 heures chacun et on n’a pas fait de changements de voile de la nuit donc c’est pas mal… Surtout qu’il n’y a pas un nuage et il n’y a plus de grains. Par contre on est un peu en panne d’alizé car ce n’est toujours pas de l’alizé établi. S’il n’y a pas de nuages durant la journée ça va être dur parce que ça voudra dire qu’il n’y aura pas de vent. Mais normalement il y a un régime d’alizé qui devrait s’installer doucement. On est loin de l’arrivée, il reste encore 1500 milles, c’est énorme ! On peut encore casser s’il y a des alizés plus forts et il va y avoir beaucoup de manœuvres à faire, donc tout peut arriver. Le passage des Antilles va être important aussi, il va falloir choisir la bonne porte. Nous on a déjà réfléchi à notre trajet, mais évidemment, on ne vous dira rien… ».

Kito de Pavant Groupe Bel – 2ème au classement de 5h

« On n’a pas forcement de bonnes conditions pour aller vite, mais en tous cas c’est agréable d’avoir un bateau enfin sec ! Le vent n’est pas établit partout sur la zone donc il y en a qui en ont profité pour se barrer. Les riches s’enrichissent souvent dans la course au large… En tous cas, Guillemot il s’est un peu embourgeoisé! Cela dit la route est encore longue. Il y aura plus de jeu en mer des caraïbes. Par contre on n’arrive pas avoir d’informations météo depuis 2 jours car on a beaucoup de mal à se connecter, donc finalement on ne sait pas trop où on va. Il faudra juste être là où il y a du vent ce n’est pas très compliqué en fait ! En ce moment on a du vent et on marche entre 10 et 15, c’est rentré à nouveau pendant la nuit ».

Franck-Yves Escoffier – Crêpes Whaou ! – 1er au classement de 5h

« On a fait une nuit superbe. C’était étoilé quasiment à 100% et c’est d’une clarté et d’une pureté incroyable… ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ça. Il n’y a pas beaucoup de vent donc on se traîne un petit peu mais ce n’est vraiment pas grave. Ca fait rêver, ça fait penser à plein de trucs. Le bateau va bien, je suis seul, ça glisse, c’est un grand moment de plaisir. On était sous gennak pendant longtemps cette nuit, c’était magnifique. Mais ça a commencé à refuser, donc on est retourné sous solent et grand voile. Du coup c’est un peu plus bruyant, mais le ciel est toujours aussi beau. Maintenant j’imagine le lever de soleil qu’on va avoir ça va être sublime ! Autant il y a eu deux journées très dures sur le bateau au début, autant quand on a ça…. Ca rattrape tout ! A partir du moment où on a des galères ça fait que nos moment de plaisir ensuite on les vit vraiment différemment. Si c’est du tout cuit on apprécie beaucoup moins… ».