Il faut un début à tout

C’était une intention affichée par l’IMOCA dès novembre 2007 : proposer aux coureurs, aux organisateurs et aux partenaires, une course autour de l’Europe en équipage, dans la foulée du Vendée Globe 2008-2009. Aujourd’hui, L’Istanbul Europa Race est né, pari tenu.
Pour cette pre mière édition, six équipages ont répondu présent : revue d’effectif de ce que chacun vient y chercher.

A regarder le plateau de l’Istanbul Europa Race, on pourrait imaginer qu’il flotte autour des pontons de la capitale ottomane comme un air de revanche d’une certaine épopée vendéenne. La scène s’y prête, la Méditerranée étant mer de l’essentiel des légendes mythologiques. Le casting aussi : quatre revanchards contre l’homme à abattre plus un équipage espagnol en arbitre de chaise. Tant pis pour le suspense, tant mieux pour l’ambiance, le scénario risque d’être fort différent.

Tout d’abord, parce que cette épreuve est la plus longue des courses en équipage jamais organisée sur le circuit IMOCA. Quatre ports d’escale, mais trois étapes qui incitent forcément à la modestie, même pour des coureurs de haute mer chevronnés. Les quelq ues habitués de la Méditerranée savent à quel point cette mer peut être piégeuse et demande de vigilance. Le parcours dans les îles de la Mer Egée, puis le contournement de la botte italienne n’aura pas l’aspect chaotique du retour d’Ulysse, mais il n’en demeure pas moins parsemé d’embûches. La deuxième étape de Nice à Barcelone, courte et nerveuse ressemblera à un sprint où l’on peut imaginer que ni les hommes ni le matériel ne seront ménagés. Enfin, le marathon de la troisième étape comporte suffisamment de chausse-trappes entre Détroit de Gibraltar, golfe de Gascogne et courants de Manche pour être abordée avec la plus grande humilité. L’arrivée sur Brest devrait consacrer, comme la cité du Ponant sait si bien le faire, le sacre d’un équipage de très haut niveau.

Retour sur investissement

Au final un tel parc ours est une belle opportunité d’éprouver les liens d’équipiers qui devront se montrer solidaires jusqu’au bout pour espérer l’emporter. C’est une des vertus des courses en équipage : l’agrégation de compétences univoques ne garantit pas la formule gagnante quand une saine complémentarité peut se révéler diablement efficace. Ainsi, on retrouve dans les listes d’embarquements nombre de ceux qui ont œuvré, durant l’année précédente, à l’entretien et la préparation du bateau : c’est d’une part une garantie technique, mais c’est aussi pour les skippers l’occasion de renvoyer l’ascenseur à ceux qui, les mains dans le carbone ou le nez penché sur leur ordinateur, agissent dans l’ombre pour leur navigateur. On ne le dira jamais assez, la course en solitaire est aussi un travail d’équipe. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on retrouve, sur plusieurs bateaux, quelques uns des pi liers des équipes techniques tel Marc Liardet (Boat Captain, Foncia), François Denis (Boat Captain, DCNS), Philippe Echassoux (Paprec-Virbac 2) ou bien encore Brice de Crisenoy (Boat Captain, Groupe Bel). 

Nouvelles compétences et passations de pouvoir

L’Istanbul Europa Race est aussi l’occasion d’agréger de nouvelles compétences autour du projet. C’est pourquoi, pour la plupart, les équipes ont intégré dans leurs navigants quelques unes des plus talentueuses lames de la série Figaro : Gildas Morvan, Champion de France 2009 à bord de Veolia Environnement, Marc Emig et l’inoxydable Eric Drouglazet pour épauler Christopher Pratt aux côtés de Marc Thiercelin (DCNS Filières du talent). On n’oubliera pas Jérémie Beyou, venu parfaire son entente avec Michel Desjoyeaux (Foncia), après avoir remporté deux étapes de la Solitaire du Figaro, ni François Gabart q ui fera tandem avec Kito de Pavant (Groupe Bel) durant la Transat Jacques Vabre.
Enfin pour d’autres, la course est surtout l’occasion d’organiser sereinement une passation de pouvoir. Prise en main du bateau, pour Guillermo Altadill à bord de 1876, pour sa première course à bord de son nouveau prototype. Passation en douceur pour Jean-Pierre Dick qui dévoilera toutes les finesses de son Paprec-Virbac 2  avant de laisser la main à Alex Pella et Pepe Ribes qui visent avant tout la Barcelona Race 2010-2011.

On le voit, l’Istanbul Europa Race est une manière de sortir des sentiers battus de la course au large. Faire escale dans des ports prestigieux, redécouvrir les vertus de l’équipage, partir fureter de l’étrave dans des zones de navigation loin des routes balisées des grandes épreuves transatlantiques, faisaient partie du cahier des charges du tour de l’Europe envisagé par l’IMOCA. Organiser l’Istanbul E uropa Race, c’est déjà répondre à ces attentes.

Ils ont dit :

Roland Jourdain (Veolia environnement) : « Cette course va être l’occasion de mesurer aussi le potentiel de vitesse pure de mon « vieux » bateau par rapport aux autres. Quand on est dans une configuration solitaire, les problématiques de vitesses sont forcément différentes. Là, je vais avoir l’occasion de vérifier que l’on peut travailler dans une logique de développement durable et d’optimisation d’un projet. Et puis, c’est aussi l’occasion de faire venir à bord des têtes nouvelles ; c’est le sens de l’invitation de Gildas Morvan. Un excellent régatier, un garçon charmant et qui va pouvoir nous poser toutes les questions qu’il souhaite. Avoir un autre regard permet de progresser. En plus, le Géant Rouge (son nouveau surnom) connaît déjà le parcours pour l’avoir fait dans l’autre sens. il aur a bien un ou deux petits trucs à nous indiquer. »

Kito de Pavant (Groupe Bel) : « Cette course va être la première occasion de démontrer tout le potentiel de Groupe Bel. Pour l’équipage, j’ai choisi de faire un mélange entre des navigateurs de talent comme Sébastien Audigane (l’homme le plus rapide au monde), Yann Régnau qui est aussi mon maître voilier ou François Gabart d’une part et les membres de mon équipe technique. Eux, connaissent le bateau sur le bout des doigts, mais qu’on ne s’y trompe pas. Ce sont des marins très affutés qui ont aussi un gros vécu en matière de compétition. Et puis naviguer en équipage, c’est aussi prendre du plaisir avec des gens qu’on côtoie tous les jours dans le travail. Et puis, nous avons envie de démontrer que nos adversaires ont raison de craindre Groupe Bel. »

Marc Liardet (boat captain de Foncia) : « Mê me si l’on a l’habitude de courir les courses en équipage (Trophée SNSM, Grand Prix Petit Navire), celle-ci se distingue par sa durée. Au delà du plaisir évident de naviguer avec Michel, cette course va aussi être l’occasion de voir comment il travaille sur le bateau, comment il fixe des limites. Normalement, cela devrait nous permettre de valider de nouvelles hypothèses de travail. »