Île de Ré : que le grand tri me croque !

Le grand frère du Neel 45 reprend exactement la même formule : trois coques et une nacelle extra-large qui s’affranchit de la coque centrale. Le résultat est un engin aussi performant que confortable. Imposant également dans les petits ports de l’île de Ré… 

Découvrir une unité aussi confortable que véloce de 20 mètres n’est déjà pas commun… alors naviguer sur un voilier unique à la découverte d’une des îles les plus prisées de la côte atlantique, ça ne se refuse pas. Notre bateau ? Il s’agit du premier Neel 65, grand frère du 45, déjà diffusé à quinze exemplaires. Eric Bruneel, concepteur de catamarans très personnels – on lui doit, avec son compère Gildas Cornic, les Corneel 18 et 26 –, s’est lancé après une longue carrière chez le constructeur de catamarans Fountaine Pajot avant de monter son propre chantier. Au départ, il a eu l’envie de construire un multicoque vraiment confortable : « Le trimaran, c’est le meilleur bateau pour le large. Et à bord de mon Multi 50 Trilogic, il y avait déjà une bulle, j’ai ressenti le besoin d’être protégé », détaille le marin. Eric met en place une idée lumineuse : conserver les trois coques, mais fini le seul aménagement de la coque centrale, place à une vraie nacelle, plus large encore que celle d’un cata ! Le tandem d’architectes Michel Joubert/Bernard Nivelt, rompu aux idées les plus baroques en matière de nautisme, relève le défi. Le résultat est spectaculaire : les traditionnels bras de liaison ont disparu au profit d’une incroyable plate-forme habitable. Son prototype, le Neel 50, est d’abord conçu pour un usage personnel… mais le concept plaît tellement qu’Eric songe rapidement à un modèle plus accessible : ce sera le 45.

Notre programme du jour ? Tester le Neel 65, bien sûr, mais également découvrir l’île de Ré. Reliée au continent par un pont depuis 1988, la quatrième île de France – sa superficie est de 85 km2 – reste à portée de nos trois étraves. Au départ de La Rochelle, c’est l’affaire de quelques milles seulement. Le vent souffle de l’est assez fort, à 20 noeuds. Nous hissons dans le chenal la grand-voile de 114 m2 au premier ris, puis déroulons la trinquette : toutes les manoeuvres sont centralisées sur le flybridge de 33 m2. Entre les deux postes de barre, une imposante batterie de bloqueurs et trois winches électriques. Les écoutes du génois sont reprises sur deux autres winches. A l’arrière de notre terrasse, une grande table et des assises convertibles en bain de soleil. Vent de travers, nous sommes bien lancés à 13 noeuds. A bâbord, la longue plage des Sablanceaux… Nous tirons quelques bords et mettons le cap à l’est. Le principe n’est pas de serrer le vent dès la sortie du virement, mais plutôt de relancer en se calant à 40° du vent apparent. Ce n’est qu’après avoir atteint la vitesse

TRIMARANS NEEL skippers.ch

© Olivier Blanchet

Géant des mers

Juste face à nous, le fameux pont ! Son tirant d’air a beau garantir 30 mètres à marée haute – sur demande de la Marine Française, qui souhaitait pouvoir emprunter ce passage avec la plupart de ses navires de guerre – on le frôle presque avec nos antennes ! Aussi, Eric décide sagement de passer sous l’arche la plus haute au moteur, en marche avant lente. A l’est du pont, notre allure est plus débridée mais le vent a forci à 25 noeuds ; le clapot est également de la partie. La grand-voile est renvoyée à deux ris, toujours associée à la trinquette. Nous cavalons à 13 noeuds en souplesse ; un peu d’eau sur les trampolines, mais le flybridge et le cockpit restent bien au sec. A peine le temps d’admirer le petit port de la Flotte, nous préparons notre arrivée à Saint Martin. Dès l’avant-port, nous prenons conscience du gabarit de notre monture : pas évident de caler au chausse-pied nos 20 mètres par 12 dans un petit port de charme plein comme un oeuf. On occupe d’abord le quai des vedettes, puis un Lagoon 52 libère une place. Pas question de tenter le port à flot : l’écluse est déjà fermée et elle n’est pas assez large… les badauds sont au spectacle. Pour nous, c’est l’heure de la pause déjeuner, soit l’occasion de goûter à l’exceptionnel confort du cockpit. En plus de la table capable d’accueillir dix personnes, on y trouve deux solariums, une cuisine extérieure et une belle plate-forme de bains. Les aménagements sont signés Franck Darnet. On pénètre dans la nacelle de plain-pied pour découvrir une étonnante disposition intérieure en T. Soit d’abord une coursive accompagnée d’une cuisine quasiment fermée alors que la partie avant abrite le carré, un salon et une étonnante table à cartes centrale, véritable poste de contrôle du bateau. Notre Neel propose, contrairement à ses concurrents à deux coques, deux cabines également de plain-pied. Les autres zones de couchage se trouvent à l’étrave et dans les flotteurs. Au milieu de la coque centrale, bien élargie au-dessus de la flottaison grâce à ses redans, une cabine équipage jouxte l’impressionnant local technique. Autre plus du bateau, les possibilités de rangement. Les soutes arrière des flotteurs offrent 56 m3 de stockage pour les paddle, surfs, kayaks, matériel de kite. La coque centrale, quant à elle, s’offre un garage à annexe XXL puisqu’on peut y abriter un semi-rigide de plus de 4 m avec son hors-bord de 30 chevaux à poste.

Nous nous échappons juste à temps – la marée descend – pour glisser tribord amures vers le Fier d’Ars et son fameux banc du Bûcheron, vaste langue de sable propice à l’échouage. Encore quelques milles au nord-est pour croiser au large du phare des Baleines notre petit frère, le Neel 45. Le vent a un peu baissé, nous pouvons enfin établir toute la toile !