J-1 : vingt-quatre heures chrono

Barcelone terre de contraste. Alors qu’autour du village, règnent une certaine bonhommie et une décontraction toute méditerranéenne, les skippers de la Barcelona World Race commencent à compter le temps qui passe et leur file entre les doigts avant le départ. Un dernier coup de collier semble devoir être au menu du jour.

Plus qu’une demi-journée. Pour toutes les équipes techniques, l’objectif est d’avoir bouclé la préparation du bateau ce soir. Pouvoir dormir l’esprit tranquille est aussi le meilleur moyen de se préparer sereinement au départ. Et ce, même si les sollicitations se bousculent pour les navigateurs qui peinent à trouver quelques moments de tranquillité dans ce maelström : rencontres avec les partenaires, nième vérification des check-lists, interviews, difficile dans ces conditions pour les navigateurs de trouver un moment de repos.

A bord de certains bateaux on s’active. C’est le cas notamment des trois concurrents qui reviennent de la Route du Rhum. Temps de préparation écourté, remises à niveau techniques avérées nécessaires au vu d’une traversée de l’Atlantique, les équipes techniques de Foncia, Bel et Virbac-Paprec 3 n’ont pas chômé à Barcelone. Pour d’autres projets montés plutôt tardivement comme Président ou Neutrogena, il existe encore quelques calages à faire. Et puis, il y a ceux que la chance n’a pas épargnés comme Central Lecheria Asturiana, qui a démâté lors du convoyage sur Barcelone. Retrouver un nouvel espar, travailler sur les modifications qu’entraîne le changement de gréement, sont autant de tâches supplémentaires pour l’équipe de Juan Mederiz et Fran Palacio.

Pour tous les équipages, c’est aussi la routine d’avant course. Voler quelques instants de repos et d’intimité avec la famille, passer chez le coiffeur pour aborder les trois mois de course avec une allure digne des bénédictins ou des commandos de marine, c’est selon.

Météo clémente et rendez-vous qui compte

Une chose est certaine. Les concurrents de la Barcelona World Race vont bénéficier de conditions clémentes pour le départ et les trois jours suivants qui devraient les amener vers Gibraltar. Un vent de nord à nord-est d’une dizaine de noeuds est attendu sur zone, ce qui devrait permettre à la flotte de partir dans les meilleures conditions. Les voiliers quitteront le ponton à partir de 9h30… Chaque équipage se dirigera ensuite vers la Rambla del Mar devant la colonne de Christophe Colomb. Au passage, ils remettront symboliquement leur amarre au Maire de Barcelone Jordi Hereu. La flotte sortira ensuite en parade devant la plage.

Pour certains, le départ de la Barcelona World Race est l’occasion de venir humer l’air du temps sans pression. On a pu ainsi croiser sur les pontons Lionel Lemonchois, le récent double vainqueur de la Route du Rhum, Alain Gautier, Brian Thompson, Yves Parlier, Guillermo Altadill ou bien encore Guillaume Verdier, architecte des bateaux de Michel Desjoyeaux, Jean-Pierre Dick et Kito de Pavant.

Une solution pour Hugo Boss ?

L’équipe d’Hugo Boss, quant à elle, est en train d’imaginer une solution pour que son voilier porte-drapeau puisse participer à la course. Alex Thomson se rétablit à l’hôpital de Barcelone, mais il semble très improbable qu’il puisse prendre le départ demain matin. A chaque cas ses spécificités : l’équipe a soumis une requête à l’organisation pour étudier l’éventail des possibilités. Un communiqué spécifique à venir résumera l’historique de cette décision.

Ils ont dit :

Guillaume Verdier, architecte : « Quand des bateaux que j’ai dessinés partent sur ce type de course, disons que je suis sur mes gardes. En général, je dors avec le téléphone à côté de moi, si vous voyez ce que je veux dire. Ca vient de quelques traumatismes que j’ai vécus en arrivant chez Finot en fait. Mais bon, je ne suis pas inquiet en permanence non plus. C’est surtout quand je sais que la météo est mauvaise et que les gars se trouvent dans des coins du monde où il est difficile d’aller les chercher.»

Kito de Pavant, (Groupe Bel) : « Je vais essayer de me mettre à l’abri pour travailler sur la course, la météo. Parce que finalement, on n’a pas eu le temps de se poser. Je crois qu’on ne réalisera qu’on part sur un tour du monde qu’une fois qu’on sera sur l’eau, dégagés de Barcelone. C’est assez curieux comme sensation. On sait qu’on part pour un truc difficile, mais on n’a pas encore réalisé. Mais nous n’avons pas de stress, nous sommes très sereins et nous voyons les choses du bon côté.»

Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 1992-1993 : « Barcelone est une belle ville et c’est plutôt sympathique de faire d’une pierre deux coups. C’est l’occasion de faire un peu de tourisme et de dire au revoir aux copains. J’ai eu des propositions il y a trois ans pour co-skipper des bateaux, mais j’ai décliné rapidement. 90 jours en double, ce n’est pas mon truc. Mais cela ne m’empêche pas de respecter grandement ceux qui le font car c’est une très belle aventure. »