J-3 : le dernier sprint des équipes techniques

Au sein des équipes techniques, l’impatience gagne. Les derniers jours sont toujours difficiles à vivre entre la gestion du compte à rebours et l’envie de passer à autre chose. Pendant les trois prochains mois, les hommes à terre vont devoir gérer le stress et rester en veille.

La course contre la montre est engagée. C’est le dernier coup de collier au sein des équipes techniques. Avec pour tous, le même objectif : faire que la monture de leur tandem soit en parfait état de marche, tout au long des trois mois de course. Même si chacun sait que peu d’équipages échapperont aux inévitables petits bobos.

La clé : bien se connaître

Pour Jean-Paul Roux, directeur technique de Foncia, ce nouveau départ pourrait presqu’apparaître comme une routine. Il est aux côtés de Michel Desjoyeaux depuis son premier Vendée Globe victorieux et les deux hommes se connaissent sur le bout des doigts. Mais l’habitude, c’est justement le piège qu’il faut éviter à tout prix. Cette équipe a déjà connu bien des situations, depuis le départ différé du Vendée Globe 2000 où il avait fallu, une semaine durant, gérer une situation d’attente, au retour précipité de Michel dans l’édition 2008. Entre les deux hommes, la relation de confiance permet de trouver aussitôt les solutions adaptées en cas de gestion de crise.

Ce n’est pas Magali Paret qui pourra prétendre l’inverse. La fille de Michèle Paret va donc suivre Mirabaud tout au long de ce tour du monde. Situation inédite pour un équipage d’ores et déjà atypique, la relation familiale est ici un atout pour déceler le moral de l’équipage et se parler sans faux-semblants.

Sans escale

A bord de Président, Michel Ollivier, directeur technique du projet s’occupera de l’ensemble des questions concernant les problèmes techniques, quand Nicolas Lunven devrait veiller la course des autres concurrents de manière à donner les informations pertinentes au duo Jean Le Cam – Bruno Garcia. Pas de dispositif d’assistance particulier prévu pour cette équipe, une fois le départ donné. « On n’a pas prévu de faire escale… »

Harry Spedding, project manager de GAES Centros Auditivos est sur la même longueur d’onde. Le dispositif d’assistance restera en place tant que le monocoque de Dee et d’Anna n’aura pas franchi le détroit de Gibraltar. Ensuite l’équipe s’adaptera si une escale se révèle obligatoire. Mais le but du jeu est de faire que le bateau boucle son tour sans assistance, ce qui permettrait à Anna Corbella de devenir la première navigatrice espagnole à avoir réalisé un tour du monde en course sans escale.

« On a hâte qu’ils s’en aillent… » cette réflexion récurrente au sein des équipes techniques n’est pas l’expression d’un quelconque ras-le-bol. C’est juste qu’à quelques heures du départ, tous ont envie de passer à autre chose. Quand on est au bord du gué, comment ne pas vouloir arriver au plus vite sur l’autre rive ?

Relations publiques

Pour tous les navigateurs, la participation à l’ouverture du Congrès International de la Voile et de l’Environnement va d’évidence être un moment fort de cette semaine. Avec en prélude un hommage, ce mardi 28 à 19h, à Eric Tabarly en présence des skippers de la Barcelona World Race et de quelques personnalités majeures de la course au large tels Marc Guillemot, l’architecte Guillaume Verdier ou bien encore Philippe Jeantot, fondateur du Vendée Globe.

Ils ont dit :

Jean-Paul Roux, directeur technique de Foncia « Mon rôle consiste à mettre en place le suivi de la course, faire le lien entre le bateau, les équipes techniques, la communication. Mais ma mission prioritaire, c’est la sécurité. Chaque bateau a donné à la Direction de Course le nom d’un responsable sécurité joignable 24h/24 où qu’il soit sur la planète. Cela implique une disponibilité de tous les instants. Tous les jours je fais une veille communication, j’écoute les vacations, je suis tout ce qui est raconté sur la course et je fais un rapport au bateau dès que cela est nécessaire. En ce qui concerne notre équipe technique, le but, une fois que le départ sera donné, est aussi de mettre en repos les hommes à tour de rôle, car ils ont enchaîné la construction du bateau, les préparations à la Route du Rhum puis à la Barcelona World Race. Ils restent cependant joignables pour répondre à toute demande technique urgente émanant du bateau… »

Michel Ollivier, responsable technique de Président : « Pour cette course, on a disposé d’un temps tr ès court pour prendre en main le bateau. On a donc travaillé à l’aide de prises de vues des différentes pièces maîtresses, des circuits de câblage, de manière à ce qu’en cas de souci technique, je puisse bien visualiser ce dont on parle… Sur l’ancien bateau, je connaissais tout par cœur, c’était donc différent. Pour cette course, les relations seront un peu différentes puisque Nico Lunven sera aussi en relation fréquente avec Jean… »

Magali Paret, responsable technique de Mirabaud: « Pendant trois mois, on finit par développer pas mal d’anxiété par rapport au téléphone, surtout si l’on sait que la météo est mauvaise en mer. Le téléphone est à la fois notre ami mais aussi un objet que l’on regarde avec méfiance. Notre vie s’adapte forcément à cette exigence de veille : vérifier que l’on a du réseau, ne jamais être loin de l’ordinateur… Sur le fait d’être la fille de Michèle, j’avoue que je l’assume mieux maintenant mais pour moi, ce n’était pas très confortable d’être « la fille de ». C’est vrai que c’est un peu la fille qui veille sur la mère, mais en même temps, nous avons développé des rapports qui sont plus fraternels que des rapports classiques mère/fille… »

Harry Spedding, project manager de GAES Centros Auditivos: « Pour tout ce qui concerne la marche du bateau, c’est Joff Brown, le boat captain, qui reste le premier contact. Pour Joff, ce sera plus facile peut-être parce que Dee a engrangé de l’expérience, mais dans le même temps je sais qu’elle sera plus en confiance et poussera plus le bateau. L’un dans l’autre… En moyenne, Dee m’appelle tous les trois jours. On essaye de mettre en place des communications plus fréquentes entre l’équipage et Joff de manière à ce qu’il puisse mieux anticiper d’éventuels problèmes techniques à venir. Sinon, je lui envoie des nouvelles du monde de temps à autre, mais comme je n’ai pas la télévision à la maison, ce sera plutôt succinct. Quoique des nouvelles du Tournoi des Six Nations ?

Liste des 14 équipages engagés

Central Lechera Asturiana: Juan Merediz (ESP) – Fran Palacio (ESP)
Mapfre : Iker Martínez (ESP) – Xabi Fernández(ESP)
Estrella Damm Sailing Team: Alex Pella (ESP) – Pepe Ribes (ESP)
Foncia: Michel Desjoyeaux (FRA) – François Gabart (FRA)
Fòrum Marítim Català: Gerard Marín (ESP) – Ludovic Aglaor (FRA)
GAES Centros Auditivos: Dee Caffari (GBR) – Anna Corbella (ESP)
Groupe Bel: Kito De Pavant (FRA) – Sébastien Audigane (FRA)
Hugo Boss: Alex Thomson* (GBR) – Andrew Meiklejohn (NZL).
Mirabaud : Dominique Wavre* (SUI) – Michèle Paret* (FRA)
Neutrogena: Boris Herrmann (GER) – Ryan Breymaier (USA)
Président : Jean Le Cam (FRA) – Bruno García (ESP)
Renault : Pachi Rivero* (ESP) – Antonio Piris (ESP)
Virbac-Paprec 3: Jean-Pierre Dick* (FRA) – Loïck Peyron (FRA)
We Are Water : Jaume Mumbrú (ESP) – Cali Sanmartí (ESP)

* deuxième participation