Jacques Rogge

Grand compétiteur de voile, joueur de l’équipe nationale belge de rugby, médecin du sport et chirurgien, le nouveau président du Comité International Olympique est membre actif du CIO depuis 1991.

L’engouement des Suisses pour la voile vous étonne-t-il ?
Leur niveau m’a toujours impressionné dans les compétitions que j’ai pu faire, et j’ai beaucoup de respect pour eux. Là d’où je viens, en Belgique, la mer du Nord offre toujours un minimum de 15 nœuds ; on peut s’y entraîner tous les jours dans de bonnes conditions. Ici, les occasions sont beaucoup plus rares. Et pourtant, les Suisses sont parvenus à un degré de maîtrise remarquable.

Comment aimeriez-vous voir évoluer la voile olympique ?
Je pense que nous avons atteint un bon équilibre. Le choix des séries est à mon sens juste, et je ne vois pas de raison à ce stade de le faire évoluer. Naturellement, on peut toujours souhaiter plus de nations participantes, mais ceci est du ressort de la Fédération Internationale.

Quelles relations avez-vous avec Swiss Sailing ?
J’en ai eu beaucoup du temps où je régatais encore; c’était l’époque des Fehlmann, Favre ou Bally, mais je n’ai plus de raison d’en entretenir aujourd’hui. C’est en fait avec le Comité National Olympique que nous avons des contacts.

De quel avantage bénéficie la Suisse en accueillant le siège du CIO ?
Si je me réfère à une étude universitaire menée il y a 3-4 ans, les avantages sont assez nombreux. On pourrait notamment citer les quelque 150 millions de francs suisses de retombées financières directes, une visibilité internationale, ou encore le fait que la présence du CIO ait attiré plus de vingt sièges de fédérations internationales sportives.

Que faudrait-il de plus à la candidature suisse pour pouvoir enfin obtenir un jour l’organisation des J.O. d’hiver ou d’été ?
Toute candidature est une compétition avec une dizaine de villes qu’il faut surclasser. Celle de Berne-Montreux s’avère être de qualité, mais elle doit sortir du lot comme étant la meilleure ; et dans cette perspective, il faut persuader les membres du CIO.

Qu’il s’agisse d’individuels, d’équipes ou d’événements, les entreprises suisses sont parfois perçues comme étant relativement frileuses en matière de sponsoring, que leur diriez-vous pour les motiver ?
Il m’est difficile de répondre, car je ne connais pas toutes les données en matière de sponsoring en Suisse. Dans certains pays, par exemple, le sponsoring fait bénéficier l’entreprise d’avantages fiscaux. Je ne suis là que depuis neuf mois et je ne dispose pas de tous les tenants et aboutissants. Mais s’il n’y a pas assez d’apport du monde commercial vers le monde sportif, peut-être que ce dernier ne s’est pas montré non plus assez convaincant.

Quel regard portez-vous sur le défi suisse de l’America’s Cup ?
C’est une compétition de très haut niveau et je suis heureux d’y voir un défi suisse performant, vu la qualité des hommes réunis par M. Bertarelli. Mais une régate n’est jamais gagnée d’avance !

De quelles victoires êtes-vous le plus fier parmi toutes les régates auxquelles vous avez participé ?
Vous savez, c’est à un navigateur de bon niveau dans les compétitions européennes que vous vous adressez, mais tout de même pas à un grand champion. J’ai des bons souvenirs en Finn, en F40 et dans les 1/4 et 1/2 Ton de l’Admiral’s Cup ; mais je ne suis pas du genre à m’attarder sur le passé et les victoires qui sont loin derrière.

Trouvez-vous du temps pour pratiquer encore la voile, où et sur quel bateau ?
Pour l’instant malheureusement pas encore, mais j’ai reçu des propositions très sympathiques pour sortir le week-end et profiter un peu du lac, alors je pense que je vais saisir l’occasion. Les «Pirates d’Ouchy» me verront sûrement sur leur vieux bateau aux voiles latines, et je vais aussi essayer de répondre favorablement à l’invitation d’Alinghi (sur le lac) et de Taillevent, peut-être à l’occasion de la semaine du soir de Pully.

Sur quelle mer préféreriez-vous passer vos vacances en navigation ?
Cela ne m’est jamais venu à l’esprit et je crois bien que cela ne me tente pas du tout. Je n’ai jamais fait de plaisance. J’ai régaté de 10 à 44 ans, en sortant pendant certaines périodes tous les jours de l’année ; quand je suis sur un bateau, c’est pour en dépasser un autre. J’ai bien participé à l’Antigua Sailing Week sur un 50 pieds, il y a quelques années, mais l’esprit était plus sportif que festif. Pas comme à l’origine de cette manifestation qui était au départ très axée sur l’after.