Jamais deux sans trois

Jusqu’à ce matin, le podium était encore bancal. Mais l’arrivée de Renault ZE, le bonheur irradiant de son équipage apportent la note complémentaire qu’il fallait. On les attendait en tout début de matinée, mais les derniers milles ont considérablement ralenti Pachi Rivero et Antonio Piris qui ont dû aller chercher le moindre souffle pour enfin franchir la ligne d’arrivée à 8h 47mn 36s.

La suite n’a été qu’une litanie d’explosions de joie et d’embrassades…

C’est peu dire qu’ils étaient contents. Antonio Piris et Pachi Rivero semblaient sur une autre planète en débarquant sur le ponton d’honneur du port de Barcelone. Entre effusions, embrassades, bourrades complices entre les deux navigateurs, leur bonheur transpirait à grosses gouttes. Que ce soit sur le pont du bateau, sur le podium ou lors de la conférence de presse, nulle amertume ne perçait, bien au contraire. Cette place de troisième, les deux navigateurs de Renault Z.E. voulaient la goûter avec avidité.

Un départ à l’envers

Il faut dire qu’ils savent d’où ils reviennent. Partis, on ne peut plus mal, les deux complices se laissaient engluer dans des calmes au large des Baléares… Tentant de refaire son retard, le long de la côte espagnole, Renault ZE ne faisait qu’aggraver la punition quand les premiers filaient à raser les côtes d’Afrique du Nord. Résultat : douzièmes à Gibraltar, Pachi et Antonio avaient déjà brulé quelques cartouches. Toute la descente de l’Atlantique ne fut dès lors qu’une remontée progressive aux avant-postes : onzièmes aux îles du Cap Vert, neuvième à l’heure de franchir l’équateur, ils entrent dans l’océan Indien en cinquième position après le démâtage de Foncia. Devant, en ligne de mire, les deux bateaux rouges Estrella Damm et Groupe Bel sont à 150 milles. Hélas pour eux, la météo ne leur est pas favorable dans l’océan Indien et à la hauteur du cap Leeuwin, leur retard monte à 400 milles sur Groupe Bel et 700 Milles sur Estrella Damm. C’est d’ailleurs là que se révèle toute la solidité du tandem Pachi Rivero – Antonio Piris. Sans véritable adversaire derrière, hors de portée de leurs prédécesseurs, les deux hommes continuent de mener leur bateau comme s’l s’agissait d’une régate au contact.

Ateliers de bricolage

Ils ne sont pas épargnés non plus par les avaries. Mais, Pachi a été à bonne école durant la Transat Jacques Vabre avec Yves Parlier. Chaque jour, le navigateur français établissait une check-list des points à vérifier, des travaux d’entretien à faire. Pachi a donc appliqué à la lettre les recettes apprises au contact de Yves. Chaque jour ou presque, Pachi Rivero prépare sa petite liste de menus travaux. Fort du vécu de constructeur naval d’Antonio Piris et de l’inventivité de Pachi Rivero, l’équipage fait des miracles. Cet entretien quotidien, cette capacité à résoudre les équations matérielles les plus complexes fait qu’à l’heure d’arriver dans le détroit de Cook, Renault Z.E. n’a pas besoin de faire escale. Devant lui, seul MAPFRE n’a pas fait le détour par Wellington. Les deux navigateurs saisissent l’occasion de s’emparer de la troisième place aux dépends de Groupe Bel et d’Estrella Damm. Ils ne la lâcheront plus. Quand ils franchissent le cap Horn, leurs poursuivants sont à presque 500 milles de distance. Mais la remontée de l’Atlantique sud se révèle complexe puisque à quelques journées de l’arrivée dans le Pot au Noir, Estrella Damm est revenu à 80 milles. Mais le Pot au Noir puis la remontée de l’Atlantique nord vont permettre au duo de Renault Z.E. de creuser à nouveau l’écart.

Alboran vaut bien Gascogne

Les grands tours du monde océaniques qui finissent à Brest ou en Vendée ont le golfe de Gascogne comme ultime juge de paix. Barcelone a Gibraltar et la mer d’Alboran. A moins de 500 milles de l’arrivée, Pachi et Antonio vont vivre leur pire journée de navigation depuis le départ de ce tour du monde. Des vents d’est montant jusqu’à 60 nœuds, une mer hachée avec des vagues pyramidales provoquées par le vent buttant contre le courant général d’ouest en est, entre Atlantique et Méditerranée, un trafic dense entre les différentes routes de cargos, Renault Z.E. va vivre une sorte d’enfer avec, en filigrane, la crainte de l’avarie matérielle qui pourrait tout remettre en cause. Ce n’est qu’hier, une fois le vent calmé, quand les deux complices ont pu vérifier qu’Estrella Damm n’avait plus les moyens de revenir, que Pachi et Antonio ont pu enfin savourer ce podium qui les attendait.

Cinq à quai dimanche soir ?

Deux autres équipages peuvent encore espérer franchir la ligne avant la fin de semaine. Alex Pella et Pepe Ribes, à bord d’Estrella Damm sont attendus demain matin, quand Neutrogena pourrait arriver dans la nuit de dimanche à lundi, voire dimanche soir, si le vent daigne se montrer bon garçon.

Les filles de GAES Centros Auditivos espèrent, quant à elles, franchir le détroit de Gibraltar avant l’échéance d’une nouvelle semaine. A bord d’Hugo Boss, on n’a pas ces états d’âme. Wouter Verbraak et Andy Meiklejohn ont finalement ouvert le paquet de jambon retrouvé dans les fonds du navire. Verdict positif : la charcuterie peut-être un bienfait de l’âme.

Classement du 7 avril à 11 heures (TU+2) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 en 93j 22h 20mn 36s

2 MAPFRE en 94j 21h 17mn 35s

3 RENAULT Z.E à 97j 18h 47mn 36s

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 125 milles de l’arrivée

5 NEUTROGENA à 311,3 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 756,3 milles

7 HUGO BOSS à 2210 milles

8 FORUM MARITIM CATALA 2768 milles

9 WE ARE WATER à 5302,5 milles

10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 10870,4 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

ABN MIRABAUD

Ils ont dit :

Antonio Piris, Renault Z.E.

« La Barcelona World Race est un défi incroyable. Lorsque Pachi m’a appelé il y a un peu plus d’un an je lui ai demandé : Il n’y a pas meilleur que moi ? J’ai passé 97 jours inoubliables. J’ai énormément apprécié les bons et les mauvais moments, je ne vais garder que les meilleurs… et grâce à Pachi nous sommes venus à bout de toutes les réparations.

Peut-être faudrait-il plus pénaliser les arrêts techniques. L’organisation voulait sûrement que la flotte reste au contact, que la régate soit plus spectaculaire. Ou alors il faudrait tout simplement créer un prix spécial pour celui qui réalise un tour du monde sans s’arrêter. Le plus intéressant avec ces arrêts possibles, c’est que nous sommes plus nombreux à l’arrivée à Barcelone.

Les bateaux sont très exigeants. Il y a beaucoup de travail à fournir pour venir à bout de toute leur puissance : gérer les voiles, déplacer les poids… S’il y a une classe difficile à appréhender, c’est bien celle-là ! Pachi m’a beaucoup appris. C’est, de plus, un véritable Mac Gyver. Il sait tout réparer et ne va jamais au lit sans avoir suivi la job-list. C’est un crack. Il a même réussi à réparer les safrans dans les calmes en plein Pacifique. C’était compliqué, mais nous ne voulions pas nous arrêter pour cela. Nous avons rencontré des problèmes, mais nous les avons tous résolus..»

Pachi Rivero, Renault Z.E.

« Pour nous, la Barcelona World Race est un objectif atteint. C’est une très belle expérience. Avec Toño nous avons vécu ensemble sans arrêt pendant de longs mois. Lors de ma première Barcelona World Race les quarts étaient assez stricts. Cette fois-ci nous les avons plutôt faits ensemble. De même pour les décisions stratégiques, les mauvais choix et les bonnes options !

Depuis la Nouvelle-Zélande nous avons assuré notre troisième place. Les règles sont les mêmes pour tout le monde. Virbac-Paprec 3 les a bien utilisées et en plus ils ont décroché le record de distance sur 24 heures. La force des Français est d’avoir une continuité dans leurs projets. Demain nous n’aurons plus de bateau. Il faut chaque fois repartir de zéro.

À cause des portes des glaces, nous n’avons pas connu le vrai océan Indien. Mais c’est mieux pour la sécurité. Nous avons plongé au sud une seule fois et nous avons vu deux icebergs proches de nous. Nous avons dû affronter des tempêtes, mais ce sont les choses de la vie ! Tout est bien organisé, bien fait. Tout est sous contrôle et très sécurisé. Nous avons toujours été informés. L’organisation nous a vraiment couvés..»