Jean-Loup Gabayet

Avez-vous quitté la présidence du Bol d’Or Rolex dans le but de rejoindre la Fédération Suisse de Voile ou est-ce un concours de circonstances ?
Il y a un peu des deux en fait. D’une part, on m’avait proposé en septembre de poser ma candidature auprès de Swiss Sailing, d’autre part, j’en étais à ma septième année à la présidence du Bol d’Or (dont deux ans en co-présidence avec Patrick Lier) et le moment me paraissait venu de passer la main. Enfin, le tout était devenu difficilement compatible avec la progression de ma carrière professionnelle. L’automne passé j’ai donc fait part au Cercle de la Voile de la Nautique de mon intention de quitter ce poste après l’édition 2005, afin d’assurer une transition dans de bonnes conditions. Parallèlement, fin novembre, j’étais élu à l’unanimité au poste de vice-président de la fédération.

Comment se passe la transition avec la future équipe de direction du Bol ?
Tout s’opère dans la continuité car le futur président du Bol d’Or Rolex n’est autre que le vice-président actuel, Thierry Chappatte, ainsi que nous allons l’officialiser lors de l’assemblée générale du Cercle de la Voile. Comme nous avons une équipe efficace et qui s’entend bien cela aurait dommage d’en changer, et par ailleurs il était important d’avoir non seulement un chef, mais qui soit aussi un «chef indien»: à ce poste il faut être capable d’intervenir soi-même dans tous les domaines, qu’il s’agisse de pose de bouée, de management ou de communication.

Justement, interviendrez-vous encore d’une manière ou d’une autre, au niveau opérationnel ou sponsoring notamment, avec les champagnes Taittinger que vous représentez par ailleurs ?
Il est évident que je reste à disposition, je suis resté en très bons termes avec l’organisation. Je baigne dans les arcanes du Bol depuis 1989 et il est vrai que j’ai accumulé un certain de nombre de connaissances à ce sujet, mais l’équipe en place est tout à fait préparée. Quant au sponsoring, en tant que Key Account Manager de HOWEG (importateur Taittinger) j’aimerais bien entendu continuer l’aventure, mais les négociations sont en cours avec Grand Chelem Management* et elles n’ont pas encore abouti.

Quel bilan tirez-vous de vos 7 années à la présidence du Bol d’Or Rolex ?
Avant tout je suis fier de l’équipe que j’ai pu constituer et heureux d’avoir pu maintenir le nombre de voiliers participants au-dessus des 500 unités. Ensuite, je suis content d’avoir pu vivre l’internationalisation du Bol d’Or Rolex, qu’il s’agisse de la couverture médiatique (qui a certes bénéficié de l’effet Alinghi) ou de l’arrivée de grands skippers océaniques, ainsi que la participation des Décision 35. Par ailleurs, nous avons pu mettre en place un site internet qui tient la route et qui dépasse les 200 000 contacts sur un mois, éditer un livre commémoratif, multiplier le budget sponsoring par trois en six ans, et instaurer de nouvelles mesures de sécurité, pour ne citer que quelques exemples. D’autres pistes de développement sont encore à l’étude.

Concrètement quel est votre rôle au sein de Swiss Sailing ?
En tant que vice-président de Swiss Sailing, je représente d’une part la Suisse romande, et j’appuie d’autre part mon président dans son action, Roger Staub**. C’est un homme clairvoyant, à l’écoute et ensemble nous aimerions faire évoluer les mentalités et tendre vers une professionnalisation du sport olympique, ce qui ne peut s’effectuer que par étape.

Vous êtes-vous fixé des objectifs et des échéances ?
L’objectif ultime est donc la professionnalisation du sport olympique, ce qui implique bien évidemment une augmentation de son financement, notamment par le biais des fonds privés. Pour y parvenir le comité directeur de la fédération doit non seulement apprendre à travailler de manière plus efficace, quitte à modifier ses statuts, mais doit également accroître le poids de la fédération auprès d’entités telles que Swiss Olympic ou la fondation à l’aide sportive suisse. Cela passe notamment par l’augmentation du nombre de licences, et il reste un gros potentiel de développement en Suisse alémanique où tous les navigateurs n’en sont pas forcément titulaires. Nos deux échéances sont donc Pékin en 2008 et Londres en 2012

Vous êtes l’un des trois seuls Romands au comité central, est-ce un handicap ?
Au contraire, cela me donne l’occasion de me remettre à l’allemand! Mais sur le fond l’important est que j’adhère totalement au programme de Roger Staub et que nous ayons pu lancer ces chantiers ensemble.

Etes-vous satisfait des retombées de l’Alinghi UBS Swiss Tour ?
Il est encore un peu tôt pour se prononcer, même si l’engouement des participants fait vraiment plaisir à voir.

D’après vous, aujourd’hui quelles sont les principales motivations des juniors et des nouveaux membres de Swiss sailing ?
La première consiste sans doute à assouvir sa passion dans de bonnes conditions, c’est-à-dire dans un club. Les futurs champions bénéficient d’un encadrement, d’entraînement, de suivi. Peut-être doit-on également songer à améliorer l’image de cette licence et à mieux expliquer à quoi elle sert vraiment afin de responsabiliser d’avantage les navigateurs, ainsi qu’avaient tenté de le faire Charles Riera et Francis Stockbürger. En achetant leur licence, les membres permettent aux clubs de fonctionner et aux jeunes d’être formés. Cette approche est bien entrée dans les moeurs en Suisse romande mais peine encore outre-Sarine.

* L’entreprise spécialisée dans le sponsoring et l’organisation d’événements qui gère notamment les droits de la SNG et du Challenge Ferrier Lullin (voir www.gcmsa.ch)
** voir son interview dans le Skippers n°15 ou sur www.skippers.ch