JFA : rien que pour vos yeux

JFA Yachts fait partie de ces chantiers quelque peu confidentiels, qui par delà les aléas des marées de l’économie nautique, ont su conserver l’art du sur mesure français dans la durée. Nous nous sommes immergés dans l’univers de cette PME singulière, à peu près aussi authentique que les ruelles du vieux Concarneau qui l’ont vue naître.

Alors que la grande tendance des constructeurs penche du côté de la standardisation et de la production en série, il s’agit de l’un des derniers chantiers français à proposer des unités 100 % custom, de la poupe à la proue. Ce chantier lancé par deux Frédéric, Jaouen et Breuilly, il y a maintenant 26 ans a su cultiver sa différence et gagner ses lettres de noblesse pour son savoir-faire : la construction mixte aluminium et/ou composite d’unités de 20 à 50 mètres.

Laisser mûrir une idée

28 bateaux en 26 ans et autant de projets sur lesquels le chantier a dû se réinventer, se questionner, sans pour autant hypothéquer l’expérience acquise au fil des ans. C’est là toute la difficulté du sur-mesure, car il est aisé de perdre le nord face à des projets comportant tous leur part d’excentricité, où les souhaits et désirs du futur propriétaire ont vocation à être exaucés. Bien entendu, on ne parle pas ici du bateau de Monsieur tout le monde, mais bien de yachts exceptionnels qui mettent à l’épreuve architectes, bureau d’étude et chantier pour arriver au résultat le plus fidèle aux attentes du commanditaire.

Et c’est là qu’intervient l’inextricable paradoxe de la construction custom : « On rêve souvent du catamaran de croisière léger et rapide, mais on ne pense pas toujours à ce qu’implique de voyager vite avec un bateau et à l’inconfort qui va avec. Notre rôle est d’accompagner le client dans le développement de son projet et pas simplement de céder au coup de coeur », explique Frédéric Jaouen. À l’heure de la consommation instantanée, construire avec JFA c’est s’impliquer dans un processus moyen de deux ans, un temps indispensable pour proposer un produit unique, fiable et marin. « Chez JFA, le client peut même venir faire les premières soudures lui-même », précise Frédéric Jaouen pour souligner l’importance de la relation entre le chantier et les futurs propriétaires. « Il y a une énorme implication humaine à tous les niveaux de la réalisation, on construit le bateau de quelqu’un et pour quelqu’un », ajoute ce dernier. Un bateau, un challenge pourrait-on résumer.

Pièces uniques

Une maxime qui s’est vérifiée lors de notre visite où nous avons pu entrevoir le Long Island 78’ Power en construction ainsi que trois unités qui n’avaient absolument rien en commun, si ce n’est leur coque alu et leur belle et heureuse gestation issue de JFA. Nous y avons rencontré Hortense, un original Motor Sailor de 90 pieds, capable d’ajouter la force de son gréement à la puissance de sa salle des machines. Depuis son baptême, il y dix ans, il n’a pas chômé avec plus de 120’000 milles au compteur ! Une barre symbolique des 100’000 milles par ailleurs franchie par cinq des unités issues des hangars du chantier concarnois.

Chez JFA, les clients veulent voyager loin et il n’est pas rare d’en croiser sous des latitudes extrêmes. C’est d’ailleurs le futur proche des deux autres spécimens fraîchement mis à l’eau, le Long Island 85 prénommé NDS Evolution et le plan Finot-Conq de 70 pieds FC2 70’. Le premier a deux coques et révèle des qualités insoupçonnées. Qui l’aurait cru ? Ce bel enfant né dans l’aluminium présente un devis de poids extrêmement serré, « seulement » 56 tonnes pour 85 pieds. Un poids plume dans sa catégorie à mettre au crédit de son pont en composite qui vient considérablement alléger la bête, de même que l’ensemble des fournitures intérieures, boiseries et inox fabriquées maison, conçues extra light. Niveau performance, on atteint facilement les 11 noeuds au près par 15 noeuds de vent réel. Il ne s’agit donc pas d’un Gunboat, mais il n’en a pas l’ambition, car comme aime le répéter Frédéric Jaouen : « La vitesse n’est pas systématiquement l’amie de la croisière ». Les JFA sont d’abord de grands croiseurs extrêmement fiables. D’ailleurs, ce même catamaran NDS Evolution, à l’instar des bateaux les plus performants de course au large, est pourvu de capteurs permettant d’alerter l’équipage en cas de charge trop importante dans le gréement.

Le dernier bateau de notre visite présente des dimensions plus « raisonnables ». Le FC2 70’ est un monocoque en aluminium avec pont et cockpit en infusion verre époxy. Sur le pont, nous rencontrons son propriétaire affairé à fignoler son bébé au moment de sa première révision au chantier. Désespérément amoureux de son voilier, ce dernier a passé des mois au chantier pour concevoir main dans la main avec JFA le bateau de sa vie, le bateau de ses rêves. On se prend d’ailleurs à rêver d’une navigation au long cours sur ce grand monocoque. À profiter de la puissance offerte par ses 280 m2 de voilure et par son plan antidérive exceptionnel de 4,4 m. Pas d’inquiétude, la quille est pivotante et fait place à un tirant d’eau de 2 m pour rentrer au port ou au mouillage. Sa carène à bouchains, son arrière élargi, son gréement en carbone des pieds à la tête font du FC2 70’ une pure merveille.

Que cela soit clair, chez JFA on ne vend pas du rêve, on le construit. Et si ce dernier n’est accessible qu’à un public naviguant dans d’autres sphères, il permet en revanche au patrimoine naval français de dévoiler tout son savoir-faire et sa créativité.