Mirabaud, journal de bord du mardi 4 janvier 2011

Le Mirabaud dans le bon wagon au sortir de la Méditerranée

Dominique Wavre et Michèle Paret ont franchi la nuit passée le détroit de Gibraltar, à la troisième place du classement provisoire. Ils comptaient environ 30 milles de retard sur le leader Paprec Virbac de Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron, soit environ 5 heures de décalage étant donné la faible vitesse des voiliers ; une paille après 4 jours de course.

« Nous sommes contents même si notre parcours au large du Maroc a été affecté par des péripéties qui n’ont rien à voir avec la régate», raconte Dominique en faisant allusion à la fouille à laquelle le voilier a été soumis hier par les douanes marocaines. « Le bateau marche bien et nous avons désormais acquis un rythme qui nous convient parfaitement. Nous n’allons pas nous laisser abattre. »

Les quatre premiers jours ont été riches en rebondissements. Tout a débuté par un départ en demi-teinte, dû à une difficulté à relancer le bateau dans le tout petit temps après avoir débarqué l’équipe technique.

« Nous n’étions vraiment pas contents », racontait Michèle peu après. « C’était un moment frustrant, mais ça n’a heureusement pas eu de conséquences sur la suite de la course. »

La nuit du Réveillon n’a pas donné lieu à de grandes festivités à bord du Mirabaud, Michèle racontant que « les bateaux qui étaient en contact par radio VHF se sont souhaité bonne année. Et nous avons fait une petite pause pour manger des sandwiches.» En revanche, les co-skippers du Mirabaud ont très bien géré les difficultés météorologiques qui se dressaient sur leur chemin, recollant rapidement au groupe de tête pour ne plus le quitter.

Les difficultés se sont succédées au fil de la Méditerranée, mais la pire d’entre-elles n’était pas au programme des éventualités : Dominique et Michèle ont en effet été abordés lundi après-midi par une vedette des douanes marocaines. Agressifs et autoritaires, les douaniers sont montés à bord; ils ont effectué une fouille en règle du voilier, jetant les sacs à terre, éventrant des sachets de nourriture lyophilisée, crevant les emballages sous vide soigneusement préparés ces dernières semaines. Les douaniers sont repartis une demi-heure plus tard après avoir reçu un appel radio.

Contacté par téléphone satellite peu après l’incident, Dominique se montrait philosophe. « On garde le moral, on est en train de ranger le bateau et de tout remettre en place. On va essayer de ne pas se laisser abattre par cet événement.» Michèle Paret a commenté l’incident en détail ; son message figure sur le site Internet www.dominiquewavre.com.

Partis il y a cinq jours de Barcelone, Dominique et Michèle naviguent désormais dans l’Océan Atlantique. Les prochaines étapes intéressantes seront la traversée des Canaries, celle du Pot au Noir et de l’Atlantique en direction de l’ouest afin de contourner l’anticyclone de Sainte Hélène, puis enfin l’entrée dans les 40èmes rugissants, prémisse à 40 jours de froid et de vent fort en direction du Horn. Mais ça, c’est une autre histoire.

Premier bilan après quatre jours de course

Quatre jours, c’est à la fois peu et beaucoup. Totalement privé de références jusqu’au départ de la Barcelona World Race, le Mirabaud – entièrement reconditionné le printemps et l’été passés – n’avait pas encore eu l’opportunité de se mesurer à ses adversaires et de valider les modifications effectuées ; c’est désormais chose (partiellement) faite.

« C’est vrai que nous avons passé pas mal de temps au contact d’autres voiliers depuis le départ de la course », raconte Dominique. Et nous avons donc pu constater que le Mirabaud marche très bien. Par contre nous n’avons connu qu’un échantillon de conditions très restreint ; essentiellement du petit temps et du médium. Dans ces conditions, pas de soucis, nous sommes au niveau des meilleurs.»

Point de vue vitesse pure, rien à redire donc en ce début de course : le Mirabaud est dans le coup et les différences au classement s’expliquent principalement par les choix stratégiques adoptés par les différents équipages. « Par contre c’est clair qu’on peut toujours mieux faire avec plus de temps à disposition », précise Dom. « Nous avons choisi de privilégier la performance et de ce point de vue là, tout va bien. En revanche, nous n’avons pas mis en place de solutions permettant de faciliter et d’accélérer le matossage, à l’inverse de certains de nos concurrents. Nous devons en assumer les conséquences, et tout particulièrement en Méditerranée, où les conditions sont très changeantes et irrégulières et ou il faut donc constamment s’adapter. C’est physique ! »

Dominique a aussi eu la confirmation que le Mirabaud était un voilier très technique et sensible. « Il requiert beaucoup d’attention de notre part », raconte-t-il. « Il va vite mais il exige que l’on tienne la barre un maximum, et qu’on le règle en permanence. C’est le prix à payer mais on est très contents de le faire. »

Les co-skippers du Mirabaud n’ont pas encore quitté leurs fourrures polaires même si la température se réchauffe à l’approche de l’Afrique. « Le manque de sommeil et la nourriture irrégulière accentuent la sensation de froid », explique Dominique. « Nous restons donc couverts pour l’instant, mais la température va rapidement monter ces prochains jours. »