Mirabaud, journal de bord du vendredi 11 janvier 2011

Premier coup dur au large des Îles du Cap Vert

Remarquable depuis le départ de la Barcelona World Race, le Mirabaud a souffert ce matin d’une avarie pénalisante au niveau du classement.

« Nous naviguions à pleine vitesse par 25 noeuds de vent lorsque le brêlage du gennaker a lâché, entraînant la chute de la voile», raconte Dominique. En d’autres termes, la pièce qui retient l’énorme voile d’avant en tête de mât n’a pas supporté la charge et elle s’est rompue.

« Le gennaker est passé à l’eau, et nous avons eu besoin de deux heures pour le ramener à bord. C’était une lutte terrible et nous sommes épuisés. »

Le Mirabaud navigue désormais sous spi léger, toujours par 25 noeuds de vent, ce qui constitue évidemment une importante source de soucis pour les co-skippers du Mirabaud, cette voile étant trop légère par rapport à la force du vent. « Nous atteindrons le Pot au Noir d’ici deux jours et si nous avons une période de calme, ce qui n’est pas certain, nous en profiterons pour réparer le gennaker. Il faudra ensuite le renvoyer en tête de mât et l’enrouler, ce qui est indispensable pour la suite mais pas du tout évident .»

Depuis cet incident, la cavalcade folle a repris, Dominique et Michèle se relayant à la barre toutes les heures, le pilote automatique n’étant d’aucune utilité lorsque le voilier est poussé dans de telles extrémités.

« Nous avons un ris et le grand spi en tête de mât », raconte Michèle. « Estrella Damm et Mapfre sont passés assez près de nous, mais nous n’avons pas eu de contact visuel avec eux, c’est dommage. La mer est bien trop grosse, l’horizon n’est pas bien éloigné… »

La majorité des concurrents de la Barcelona World Race bénéficie toujours d’alizés de Nord-Est soutenus, de 20-25 noeuds voire plus et les vitesses sont toujours aussi impressionnantes : près de 18 noeuds de moyenne ces dernières heures pour le peloton ! Mais le ralentissement après l’archipel du Cap-Vert se fait déjà sentir pour les leaders, qui ne sont plus les plus rapides tandis que les retardataires affichent de belles moyennes.

Les conditions difficiles de ces derniers jours affectent toutes les équipes : le voilier de Jean Le Cam, Président, a démâté tandis que Michel Desjoyeaux et François Gabart (Foncia) vont devoir faire escale au Brésil pour réparer leur étrave endommagée. Le règlement stipule que les concurrents n’ont pas de pénalité s’ils font escale avant la latitude de l’Australie ; cet incident ne devrait donc pas coûter trop cher à l’actuel second du classement général.

« Gare aux poissons volants ! »

L’arrivée dans les mers chaudes coïncide aussi généralement avec l’apparition d’une faune maritime passionnante à observer, très riche au large des îles du Cap Vert.

« On va voir de plus en plus d’animaux », se réjouit Michèle. « Ces derniers jours on a déjà vu quelques bancs de dauphins, mais pas encore de baleines. »

Les deux co-skippers du Mirabaud doivent par contre garder l’oeil bien ouvert pour se protéger des… poissons volants. « Il y en a beaucoup à cette latitude », raconte Michèle. « Des fois ils volent haut, et très vite, et ils peuvent représenter un réel danger si on en prend un dans la tête. Il faut être très attentifs ! »

Parallèlement à la faune, l’aspect du ciel va radicalement changer ces prochains jours, avec la chute du vent dans la zone de convergence intertropicale ( le Pot au Noir ), là ou les alizés du nord-est et ceux du sud-est se télescopent et tendent à s’annuler, créant une zone de calmes très mobiles d’un jour à l’autre, le tout sous un ciel plombé et turbulent, régulièrement zébré d’éclairs. Une zone géographique qui coïncide avec le changement d’hémisphère ; un événement qui ne donnera pas lieu à des débordements spectaculaires à bord du Mirabaud : ses co-skippers en ont vu d’autres !

Michèle ne dit pas « pouce »

Opérée du pouce quelques jours avant le départ de la course, Michèle Paret s’est bien remise et la situation est en bonne voie de rétablissement.

« Dominique m’a enlevé mes points de suture à l’entrée de l’Atlantique et l’état de la cicatrice m’a réconforté : la blessure est assez bien refermée. Je porte toujours un pansement par mesure de précaution, mais je n’ai pas mal et il semble que la cicatrisation se passe correctement. En tout cas, je n’ai aucun problème pour barrer et pour bien manoeuvrer. »