Journée à grains

Petit à petit, les effets de la dépression orageuse qui s’active à mi-chemin entre les Antilles et les Bermudes se font sentir par les concurrents de la Transat Bénodet-Martinique. Depuis hier soir, le vent devient de plus en plus instable et les choses vont considérablement se corser dans la matinée de ce samedi avec l’entrée des solitaires dans une zone orageuse synonyme de vents violent et de fortes pluies.

Thomas Rouxel (Bretagne – Crédit Mutuel Performance), Erwan Tabarly (Nacarat), Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) : voilà l’ordre du tiercé de tête au pointage de 5 heures ce matin. Le chassé-croisé se poursuit donc, preuve de toute l’intensité de la régate qui se joue depuis plusieurs jours sur l’eau. A bord des Figaro Bénéteau, chaque nouveau classement est attendu avec impatience puis scruté et décortiqué. Les moindres petites différences de cap, de vitesse sont analysées. Epiées pourrait-on dire. Ainsi, Erwan Tabarly s’interrogeait ce matin, lors de la vacation, sur le « pourquoi du comment » du ralentissement de Fabien Delahaye hier en fin de journée. Un tour de vent ? Une défaillance technique ? Les suppositions allaient bon train pour tenter d’identifier la baisse de régime de Port de Caen Ouistreham. De fait, 14 milles de perdus en une poignée d’heures posent des questions, surtout quand le vent souffle relativement régulièrement entre 20 et 25 nœuds. « J’ai eu un black-out électronique complet. Un instrument de la chaîne est tombé en panne. Résultat : plus rien ne marchait. J’ai dû affaler mon spi sans pilote avant de réparer et ça ne s’est pas très bien passé » a raconté l’intéressé ce matin. Blessé aux pieds et surtout au dos lors des différentes manœuvres sur le pont, le jeune skipper ne cachait pas sa déception d’avoir perdu son avance et vu Thomas Rouxel le dépasser au vent. « A présent, tout est rentré dans l’ordre. Je suis de nouveau en mode course. Je suis content car je vais vite et récupère peu à peu de mon retard » a-t-il poursuivit. Mais lui comme ses adversaires le savent, aujourd’hui, aller vite ne suffira pas. De fait, les grains vont se multiplier au fil de la journée. Il faudra passer du temps à la barre, slalomer au mieux entre les grains, ne pas rester trop longtemps scotché derrière un nuage ou, à l’inverse, partir en vrac dans une bouffe de vent un peu plus violente que les autres au risque de casser du matériel et de compromettre sa fin de course. « Cette journée risque bien d’être un peu stressante » prédit Thomas Rouxel. A suivre.

Ils ont dit :

Thomas Rouxel (Bretagne – Crédit Mutuel de Bretagne) : « Il y a eu une bonne journée hier avec un angle de vent plus serré où c’était sympa de barrer. J’ai eu la bonne surprise de voir Fabien passer sous le vent. Il a eu un problème d’électronique, on en a discuté à la VHF. Ce matin, il est juste derrière. On n’a pas encore commencé à sentir les grains, ca va arriver d’ici une heure ou deux. Le vent n’est pas stable et du coup ce n’est pas la meilleure nuit qu’on ait passé. Je n’ai pas beaucoup dormi, c’est regrettable. Ca ne va pas s’améliorer dans les prochaines heures. Actuellement, il y a 15/20 nœuds de vent, on est au largue serré. Le vent oscille régulièrement de 15° depuis hier soir, donc pour ne pas zigzaguer il faut régler régulièrement le bateau. Dans les heures qui viennent, c’est la transition avec des nuages et ça va durer toute la matinée. On va vraiment être à la barre, à slalomer entre les grains pour ne pas se retrouver derrière où il n’y a pas de vent et pouvoir affaler sous un grain s’il le faut. C’est la phase stressante de la journée. Apres le ciel devrait se dégager et le vent mollir en fin de journée. »

Erwan Tabarly (Nacarat) : « J’ai passé une nuit calme au niveau des gains, tant mieux ! Visiblement les autres aussi ne se sont pas arrêtés. Je les ai bien évité. Heureusement car il vaut mieux ne pas rester scotché dedans. On a plus de vent que ce qu’annoncent les fichiers : 21/22 nœuds de vents. Ca avance ! Au niveau du classement rien n’est fait. On est trois bateaux sur la même ligne, c’est bien serré cette histoire ! Les grains, impossible de les éviter, on ne va pas assez vite pour ça. Ce n’est donc pas en lofant ou en abattant de 10 ou 20 degré qu’on va changer les choses. Ils sont tellement gros qu’ils nous passent dessus ! On va croiser les doigts pour que ça se passe au mieux. La route est assez directe jusqu’à l’arrivée mais il y aura sans doute un coup à faire car le vent va adonner. Sur le papier c’est simple mais il y a toujours des choses à faire. Il faut avoir une bonne trajectoire, une bonne vitesse. J’ai bien dormi cette nuit et je suis prêt à attaquer aujourd’hui. »

Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) : « J’ai eu un black out complet électronique, plus de pilote. Un instrument de la chaine est tombé en panne. Je me suis retrouvé dans 20 nœuds au largue serré avec plus rien qui ne marchait. J’ai affalé le spi et sans pilote, ça ne s’est pas très bien passé. Il m’a fallu un petit moment avant de pouvoir récupérer un pilote. L’installation de secours de marchait pas bien. Je me suis mis face au vent pour réparer et je suis reparti. J’ai pris du temps pour me soigner un peu, je me suis ouvert les deux pieds et fait un hématome dans le dos. J’ai du mal à m’assoir et à m’allonger mais je suis reparti en mode course. Même si les pieds me font mal je peux refaire les bandages, mettre des chaussettes étanches et mes bottes. C’est plus le dos qui m’embête, mais ça va. C’est bon signe, je suis bien revenu, je vais me mettre à barre et revenir encore plus. Il faudra se méfier dans les grains, être à la barre, ne pas se laisser surprendre sous pilote et partir en vrac. Passé de 20 à 40 nœuds d’un coup, ça fait bizarre. »