Journée sportive et stratégique vers les Canaries

De la brise fraîche, du près, de la mer et des embruns : c’est le présent des Rois Mages aux 14 monocoques de la Barcelona World Race qui s’ébrouent enfin au large de Madère. Leur préoccupation du moment : passer le front, virer de bord et glisser enfin en direction des Canaries.

Hugo Bossa franchi le détroit de Gibraltar ce matin à 5h30. La flotte navigue donc au grand complet en Atlantique. Et pour la première fois depuis le départ de la Barcelona World Race, elle navigue dans la brise. Au près, la conjoncture n’est pas propice aux records de vitesse mais au moins, les bateaux avancent et cela a des répercutions directes sur le moral des ménages. A bord des 60 pieds, la plupart des marins affichent une bonne humeur de circonstance. Contactées en visio-conférence, les filles de Gaes Centros Auditivos riaient à gorge déployée devant la caméra, un bonnet à leur effigie vissé sur la tête. Pourtant, les conditions de navigation sont loin d’être confortables. Les équipages font cap à l’ouest dans un vent de sud-ouest de 25 nœuds et une mer formée, dans l’attente du front qui leur permettra de piquer plein sud en direction des Canaries.

Au classement de 15h00, après avoir poursuivi leur bord jusqu’à Madère, Virbac-Paprec 3 et Foncia étaient les seuls à avoir viré. Dans les prochaines heures, à mesure qu’ils ouvriront les voiles, leur vitesse devrait franchement accélérer. Dans les prochaines heures aussi, leurs poursuivants vont les imiter et glisser tout schuss vers le sud.

Voilà six jours en tout cas que dure le pas de deux entre les tandems Dick/Peyron et Desjoyeaux/Gabart, deux équipages armés de bateaux nouvelle génération. Mais dans le sillage de ces deux échappés, la course est palpitante à tous les échelons du classement.

Duo, quintets et autres formations

A 50 milles du tableau arrière de Foncia, Mirabaud et Estrella Damm, respectivement 3e et 4e, se livrent un sacré duel à 25 milles l’un de l’autre. Derrière, c’est encore plus serré au sein du club des cinq composé de Président, Neutrogena, Mapfre, Gaes Centros Auditivos et Groupe Bel. Ce quintet régate à vue et s’échange les places à chaque pointage. «Naviguer au contact rend les bateaux rapides », admet Jean Le Cam à la vacation. Et les marins plus alertes. Même chose pour le dernier peloton de la flotte, de Central Lechera Asturiana à FMC, soit quatre bateaux dans un rayon de 20 milles.

En dernière position, seul Hugo Boss est un peu esseulé. Heureusement, les conditions météo actuelles sont davantage adaptées au profil de ce 60 pieds puissant. Le Néo-zélandais Andy Meiklejohn et son coéquipier hollandais Wouter Verbraak (remplaçant d’Alex Thomson) devront en profiter. Car d’ici 24 heures, un vaste anticyclone supplantera la zone de basse pression.

Dès samedi, à la latitude des Canaries, les leaders de la course devraient déjà filer dans les alizés. La route pourrait être beaucoup plus laborieuse et lente pour les retardataires.

Le classement du 06 janvier à 15 h :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 23702,8 milles de l’arrivée

2 FONCIA à 34,9 milles des leaders

3 MIRABAUD à 81,3 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 106,5 milles

5 PRESIDENT à 144,3 milles

6 NEUTROGENA FORMULA NORUEGA à 144,4 milles

7 MAPFRE à 146,4 milles

8 GAES CENTROS AUDITIVOS à 148,7 milles

9 GROUPE BEL à 157,7 milles

10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 232,7 milles

11 RENAULT Z.E à 240,6 milles

12 WE ARE WATER à 245,6 milles

13 FORUM MARITIM CATALA à 253,3 milles

14 HUGO BOSS à 299,4 milles

Ils ont dit :

Ryan Breymaier (USA), Neutrogena: “Notre début de semaine a été agréable, le milieu affreux et maintenant nous travaillons aussi dur que possible pour essayer de rester devant nos trois poursuivants. Il y a des bateaux qui sont plus neufs que le nôtre, et sûrement plus rapides en ce moment. Les équipages qui nous précèdent sont tous très bons. Cela va être très dur de rester au contact.”

Michèle Paret (FRA), Mirabaud : « Le bateau tape beaucoup. C’est la vie au près : être mouillés et vivre penchés. Nous avons hâte que cela mollisse, de retrouver le soleil et des conditions un peu plus gentilles. D’ici 24 heures je pense. Aujourd’hui nous avons environ 18-21 nœuds de vent. Le ciel commence à s’éclaircir. Il fait doux. Le pilote barre le bateau à 50% du temps et il le fait bien. Nous ne voulons pas nous épuiser non plus. Il y a toute une flopée de bateaux derrière qui nous collent aux basques. Il faut être réactif et le régler à chaque variation de vent. Nous sommes contents de notre place. Tout va très bien. »

Jean Le Cam (FRA), Président : « L’Atlantique n’a plus rien à voir avec la Méditerranée : il y a vraiment du vent. Nous allons chercher la bascule comme nos petits camarades. Nous avons 20-25 nœuds au près rapide en bâbord. Nous sommes dans un petit groupe avec Mapfre, qui a dû faire un peu de cap cette nuit, Groupe Bel, Gaes et Neutrogena. Cela fait une course dans la course. Il y a des groupes qui se sont formés à la sortie de la Méditerranée. Le fait d’être serré est assez motivant. Quand tu es plusieurs bateaux comme cela, forcément tu vas vite.»

Liste des 14 équipages engagés