L’amour du détail de l’Oberland Bernois

« Je ne sais pas si à l’avenir il sera possible d’atteindre encore un tel niveau
pour un Championnat du monde de Tempest. L’infrastructure, l’organisation sur l’eau et les animations étaient tout simplement géniales. Partout, on a ressenti l’amour du détail si caractéristique de l’Oberland bernois », se réjouit Bastian Nussbaumer, le président de la série suisse des Tempest. Sous la houlette de Hanspeter Zimmermann, le président du comité d’organisation et du club, les organisateurs du YC Spiez n’ont pas fait les choses à moitié. « Il y a deux ans, nous avons créé le comité d’organisation, mené à bien le Championnat suisse de Tempest l’année dernière en guise de répétition générale pour, enfin, démarrer à fond à l’automne dernier. Le budget de la manifestation se monte tout de même à 100’000 francs. C’est une somme considérable qui n’était pas facile à rassembler », précise-t-il. Finalement, tout a bien fonctionné et la fl otte internationale des Tempest a su apprécier ces efforts à leur juste valeur. Avec 63 bateaux de sept nationalités différentes dont 19 équipages suisses, le lac de Thoune a enregistré la meilleure participation à un Championnat du monde dans toute l’histoire des Tempest. Tous les groupes d’âges étaient représentés et les équipages mixtes étaient nombreux. « C’est l’image de marque de notre série, relève Bas-tian Nussbaumer. Un quillard qui présente les caractéristiques d’un dériveur est idéal pour de nombreux navigateurs et plus rapide qu’on ne le pense. »

Les petits suisses très rapides
Daniel Brun, président du comité de course, s’est dit enchanté des expériences faites avec les navigateurs sur Tempest : « Ils ont fait preuve de beaucoup de discipline et de patience sur l’eau », souligne-t-il, abordant ainsi un sujet qui lui a valu quelques sueurs. « La météo était très bonne, ajoute-t-il. Mais on a vraiment joué de la malchance avec le vent. Il faisait beaucoup trop chaud, empêchant ainsi le thermique de s’établir. Nous avons par contre réussi à utiliser la moindre petite fenêtre de vent pour faire courir l’ensemble des neuf manches prévues, même si la plupart se sont déroulées par petit temps. » Heureusement, le suspense n’est pas l’apanage des vents soutenus. En effet, les airs de demoiselles ont réservé quelques moments passionnants, notamment grâce aux bonnes positions des Suisses. Dans les premières manches déjà, trois équipages avaient annoncé la couleur : l’ancien vice-champion du monde Mario Suter du SC Hallwil avec son équipier Andreas Hochuli, Cornelia Christen avec son mari et secrétaire général de Swiss Sailing, Ruedi Christen de l’YC Thun, ainsi que le fabricant de voiles Stefan Fels avec Timo Näf de l’YC Arbon. Pour ces derniers, il ne s’agissait que de leur troisième régate sur Tempest après les championnats suisses des deux dernières années. Et ce sur un bateau loué pour l’occasion affichant le vénérable âge de 33 ans ! « Les haubans ne sont pas réglables; par vent fort, on sent que la coque est légèrement plus souple et j’ai eu quelques difficultés avec le système des écoutes de spi, mais autrement, tout allait bien », racontait Timo Näf au terme du championnat. Les résultats lui donnent raison. A l’issue de sept manches et après avoir pointé en tête, les deux navigateurs de la Suisse orientale affichaient une avance considérable sur leurs concurrents tout comme le champion du monde en titre, l’Allemand Frank Weigelt, et le Français Philippe Boite. Une médaille leur semblait donc quasiment assurée. Restait à déterminer laquelle…
La 8e manche allait être décisive. Après un départ réussi, les trois premiers du classement général se sont rapidement hissés en tête dans un vent faiblissant, se livrant des duels hitchcockiens. Le regard scotché sur ce spectacl de match-race, le reste de la fl otte a eu de la peine à se concentrer sur sa propre course. Peu avant l’arrivée, le team Fels/Näf pointait en tête avant de se faire dépasser par le Français Philippe Boite dans le dernier bord de près. Frank Weigelt termine troisième. Avec ce résultat, l’ordre du classement général est respecté.
La dernière manche courue tôt le lendemain par un vent plus soutenu n’y change plus rien, les places sur le podium restent inchangées et les Suisses Fels/Näf décrochent la médaille d’argent. Les deux autres équipages suisses mentionnés ne sont pas en reste : ils terminent également dans le haut du tableau. Mario Suter et Andreas Hochuli s’adjugent le 5e rang, le couple Christen le 7e. Finalement, la victoire de Philippe Boite ne surprend personne. Personne, à part Daniel Brun : « Dans le passé, j’ai navigué contre lui dans la série des 505. A l’époque, il ne connaissait pas grand chose à la navigation par petit temps. Il semble l’avoir apprise depuis. »