L’appel de l’archipel

La descente vers l’archipel des Canaries et les alizés n’est pas un chemin pavé de roses. Une partie de la flotte est actuellement piégée dans les vents faibles de l’anticyclone qui barre la route aux monocoques. Devant, le duel entre les tandem Dick/Peyron et Desjoyeaux/Gabart redouble d’intensité.

Sus aux alizés ! Mais au préalable, il faudra doubler un obstacle qui dresse ses terres abruptes sur la route des marins : l’archipel des Canaries. Trois voies sont possibles pour parer ces sept îles volcaniques au relief parfois vertigineux (plus de 3500 mètres pour le sommet de Tenerife). A l’Ouest, autrement dit au large ; à l’Est, le long des côtes Sahariennes ou bien au centre, à zigzaguer entre les cailloux.

Gare cependant aux immenses dévents que peuvent générer ces îles ! A moins d’une météo particulièrement favorable, les navigateurs préfèrent en général laisser l’archipel espagnol le plus loin possible sur bâbord. C’est d’ailleurs ce que tente de faire une bonne moitié des concurrents, de Virbac-Paprec 3 à Gaes Centros Auditivos.

Duel au soleil

En tête depuis quatre jours, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron n’ont plus que 12 milles de marge sur Michel Desjoyeaux et François Gabart (pointage de l’après-midi) qui ont bien cravaché ces dernières 48 heures, profitant souvent de la nuit et de l’absence de classement pour revenir sur leurs prédécesseurs. Étonnamment, Jean-Pierre Dick se trouvait pratiquement dans la même position trois ans auparavant : juste avant les Canaries, il pointait en tête avec 15 milles d’avance sur ses adversaires de l’époque : Vincent Riou et Sébastien Josse.

Quoi qu’il en soit, le match-racing océanique entre les deux plans VPLP-Verdier est passionnant et il va l‘être encore plus dans les heures qui viennent. Car les conditions de navigation à 70 milles de La Palma (île la plus occidentale des Canaries) sont devenues très délicates depuis ce matin. A la lisière d’un anticyclone, les monocoques progressent au portant dans un vent extrêmement variable en direction et en intensité. Les vitesses font le yo-yo, quand elles ne sont pas quasi nulles. La partie de la flotte la plus touchée par les vents faibles est le groupe de chasse passé à l’Est de Madère, constitué dans l’ordre de Président, Mapfre, Groupe Bel, Neutrogena et plus loin Gaes Centros Auditivos. Décidemment, ces cinq-là, déjà échaudés par les calmes en Méditerranée, semblent abonnés aux épisodes de pétole. Cet après-midi, leurs vitesses oscillaient entre 2 et 6 nœuds…

La queue du peloton qui navigue encore sous l’influence du front n’est pas encore touchée par ce phénomène. Mais elle ne devrait pas tarder à ralentir à son tour. Il sera intéressant de surveiller la trajectoire de ce groupe qui pourrait bien se frayer un passage à l’intérieur de l’archipel.

Mais au moment où elles slalomeront entre les îles, les premiers auront déjà attrapé les alizés !

Alizés bien ordonnés

Virbac-Paprec 3 et Foncia sont attendus à la latitude de La Palma cette nuit. Quelques heures plus tard, ils devraient commencer à sentir les prémices des alizés. Ces derniers sont réguliers et bien installés, nous confirment Marcel Van Triest et son équipe, en charge de la météo de la Barcelona World Race. A mesure que les bateaux gagneront dans le sud, ces vents de nord-est propices aux allures rapides, se renforceront. Aux alentours du 22° Nord, ils dépasseront les 22 nœuds moyens.

Le classement du 07 janvier à 15 h :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 23490,4 milles de l’arrivée

2 FONCIA à 12,4 milles des leaders

3 MIRABAUD à 69,9 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 79,5 milles

5 PRESIDENT à 124,7 milles

6 MAPFRE à 148,2 milles

7 GROUPE BEL à 149,3 milles

8 NEUTROGENA FORMULA NORUEGA à 153,6 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 162,9 milles

10 RENAULT Z.E à 245,4 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 272,7 milles

12 WE ARE WATER à 273,4 milles

13 FORUM MARITIM CATALA à 279,3 milles

14 HUGO BOSS à 331,5 milles

Carnet Rose

Le skipper britannique Alex Thomson, en attente de réintégrer le bord d’Hugo Boss, vient d’être papa d’un petit garçon baptisé Oscar, né autour de 16 heures ce vendredi 7 janvier. Félicitations !

Ils ont dit :

Jean-Pierre Dick – Virbac-Paprec 3 :

« Le bilan de la première semaine de course est positif. Nous sommes dans les bons coups et devant, que demander de plus ? Si, on aurait aimé avoir un peu plus de réussite cette nuit à Madère. Sinon, je me suis fait enguirlander par Loïck car je dors avec la Petzel allumée sur le front (rires). L’ambiance est bonne à bord de Virbac-Paprec 3 ! »

François Gabart, Foncia :

« Depuis le départ, les conditions de régate n’ont pas été faciles : beaucoup de manœuvres avec des choix stratégiques importants notamment hier pour aller chercher le front. Mais je suis content car on a plutôt bien navigué, même si on n’est pas en tête. On va tout faire pour rattraper les copains de devant ! L’organisation à bord marche sur la complémentarité. On a trouvé un bon équilibre. Nous fonctionnons sur des quarts de 3 heures. Mais beaucoup de phases se vivent à deux, les manœuvres (j’essaie de faire du copier-coller de ce que fait Michel qui connaît bien son bateau), les réflexions stratégiques. Le confort du double, c’est aussi de pouvoir dormir sur ses deux oreilles pendant que l’autre fait marcher le bateau « .

Dominique Wavre, Mirabaud, à propos des réserves de frais à bord :

« Nous avions embarqué des fruits frais, quelques légumes, du saucisson, du pain pour les premiers jours de mer. C’était très agréable, mais nous avons quasiment tout mangé. Nous sommes secoués comme dans un shaker, donc on ne pense pas vraiment à manger. Le lyophal est très pratique pour ça : on met de l’eau chaude dessus et on l’engouffre. »

Anna Corbella, GAES Centros Auditivos : « Nous sommes un peu déçues ce matin de notre position. La nuit dernière, nous avons pris du temps à prendre une décision tactique alors que nous souhaitions passer à l’ouest de Madère. Nous avons réalisé trop tard que ce n’était pas possible. Nous avons alors croisé trop près de Madère où nous sommes tombées dans des calmes qui nous ont ralenti. »