L’internationale des solitaires

Un Allemand, un Français, un Italien : le podium provisoire de cette première étape des Sables – Les Açores – Les Sables donne bien le ton de cette classe Mini. Huit nationalités différentes au départ témoignent de l’engouement des navigateurs étrangers pour ces drôles de petits bateaux.

  

L’internationalisation de la classe Mini est une réalité maintenant depuis plus de dix ans. Le mouvement amorcé dans les années 90 est devenue une réalité. Mais, là où la participation des navigateurs étrangers relevait souvent d’un caractère encore anecdotique, force est de constater qu’aujourd’hui, la plupart vient avec l’ambition de faire un podium, voire de remporter la course. Jörg Riechers, solide leader depuis le départ des Sables d’Olonne, en est l’exemple le plus frappant. Sur un prototype préparé aux petits oignons, le navigateur germanique s’est imposé à deux reprises dans les courses d’avant saison, lors du Trophée Marie-Agnès Péron et du Mini-Pavois. Tout le monde attendait de voir ce qu’il donnerait sur la durée : la preuve est faite que la haute mer ne l’inhibe pas.

Andrea Caracci (Speedy Maltese) est, quant à lui, un habitué du circuit. Il a déjà participé par trois fois à la Transat 6,50 et demeure un des principaux animateurs du circuit Mini de Méditerranée. Parti plutôt prudemment, il a haussé régulièrement le ton pour venir s’emparer de la troisième place et revenir un peu sur les deux leaders de la course. D’autres ne sont pas en reste comme Milan Kolacek (Follow me), citoyen de Brno qui, après avoir bourlingué d’Irlande en Nouvelle-Zélande a construit lui-même son plan Manuard mis à l’eau la semaine du départ de la Transat 6,50 à La Rochelle en 2009. Sans oublier les autres concurrents néerlandais, britanniques, américain ou bien encore chinois.

Pour assurer la sécurité de ce petit monde, l’organisation de la course a dû s’adapter : traduction en anglais des briefings pour les concurrents non francophones, émission d’un bulletin de prévisions météo bilingue, équipiers capables de correspondre même sommairement en anglais sur les bateaux accompagnateurs.

 

Aux deux tiers

Partie depuis quatre jours, la flotte laisse dans son sillage les deux tiers du parcours et pourrait bien battre le record de l’épreuve : en 2006 Adrien Hardy, vainqueur de la première étape, avait mis sept jours et 21 heures pour parvenir jusqu’aux Açores. Il faudrait donc que le premier bateau franchisse la ligne d’arrivée devant l’île de Faial avant lundi 8h30, ce qui, au vu des prévisions météorologiques, est tout à fait possible. L’anticyclone reste à peu près stable, malgré le développement d’une petite dorsale dans son sud-ouest qui pourrait engluer la flotte sur les derniers milles. On sait ce qu’il en est des mouvements des masses d’air : malgré une connaissance de plus en plus pointue des modèles, Eole aime encore jouer avec les nerfs des navigateurs en insérant quelques ingrédients imprévisibles, surtout entre les îles de l’archipel où les reliefs se plaisent à brouiller les cartes. Il y aura des concurrents piégés dans une bulle sans vent, des navigations peu inspirées à lutter contre le courant dans un goulet entre deux îles, des remontées miraculeuses et des attentes insupportables à quelques mètres à peine de la ligne. C’est aussi le charme des Açores de se mériter…

 

Tampon

En tête de flotte, les leaders commencent à tamponner, à buter sur la dorsale en cours de formation. Avec comme première incidence, un regroupement partiel de la flotte qui devrait s’opérer dans les prochaines heures. Quand les quatre premiers sont tous redescendus en deçà de la barre des huit nœuds, leurs poursuivants emmenés par Vincent Barnaud (NorthStar) continuent de flirter allègrement avec des vitesses à deux chiffres.

En série, la bataille fait rage entre Davy Beaudart (Innovea Environnement) et Xavier Macaire (Starter). Dans leur sillage, Jean-Marc Allaire (Baker Tilly AG2R La Mondiale), auteur d’une remontée spectaculaire, récolte les dividendes de sa route sud et s’empare de la troisième place. Bruno Simonnet (El Nono) a d’ailleurs quelques soucis à se faire pour sa quatrième place, fortement menacée par Hugo Lavayssière (Hervé Sail Design). L’orthodromie a beau être la route la plus courte sur la carte, il est parfois bon de savoir emprunter les chemins de traverse.