La flotte des M2: homogène et affûtée comme jamais

Une des plus grandes flottes de multicoques d’Europe – les M2 – se porte bien, tant par le nombre que par la qualité d’un bateau, manifestement bien né. Cette année, ils ne sont pas moins de 23 à participer au SAFRAM M2 Speed Tour 2009, une compétition forte de huit étapes, trois en début de saison sur le lac de Neuchâtel et cinq sur le Léman. Clou des régates : le Bol d’Or Mirabaud qui a vu la participation record d’une meute de 26 M2.

A la tête de l’Association des propriétaires de M2 (AM2), Rodolphe Gautier est un jeune président heureux. A double titre : en premier lieu « parce que la crise n’a pas touché l’enthousiasme des équipages. Par chance, la série existe depuis cinq ans déjà, et il est possible de limiter quelque peu les investissements annuels, en raison notamment d’une jauge très stricte qui bride la course à l’accastillage » ; en second lieu « parce que la flotte n’est désormais composée que de Ventilo 28 pieds (une ancienne unité a été vendue à l’étranger), ce qui assure une monotypie totale à la série. La compétition n’en est que plus acérée, d’autant que deux nouveaux bateaux – Victorinox et Genolier – ont rejoint le SAFRAM Tour ».

Tombé dans le filet des multicoques dès sa prime enfance, d’abord en Hobie Cat, puis en Ventilo 20, Rodolphe Gautier apprécie plus que tout ces joutes lacustres au couteau que permettent les M2. « En tête de la fl otte, les écarts se sont resserrés, alors que dans le même temps le niveau des équipages ne cessait de progresser. Ainsi, lors du Bol d’Or de Neuchâtel, mi-mai, le premier des vingt M2 engagés (Teamwork d’Etienne David) est arrivé après 4h21 de course et le dernier après 4h40, soit 19 minutes plus tard. Même constat à l’occasion d’un Genève-Rolle-Genève très venté, les sept premiers sont arrivés en 5 minutes (SAFRAM l’a emporté avec 14 secondes d’avance sur le second. ndlr) et l’écart n’était que de douze minutes entre le premier et le 14e». Etonnant vu les conditions à certains moments « infernales » dans les grains; six M2 ont chaviré.

De telles performances en disent long sur le niveau toujours plus élevé des équipiers où ne figure pourtant aucun régatier professionnel, mais en revanche, sur certaines unités, des professionnels de la branche. Mais elles révèlent, sans doute encore plus, les qualités lacustres de ce bateau, initié par Rodolphe Gautier et dessiné avec talent par Christian Favre du chantier naval Ventilo, à Rolle.

Ainsi, Michel Paquet, co-propriétaire avec Anouk Ferrario de Fribourg Attitude, ne tarit pas d’éloges sur sa nouvelle monture. Après avoir barré pendant vingt ans un Toucan, il souhaitait connaître de nouvelles émotions ; il est servi. « La conception de ce bateau est absolument géniale. Pour des amateurs comme nous, il est à la fois simple à mettre en œuvre et tolérant pour nos erreurs de débutants car le M2 enfourne peu grâce à des fl otteurs offrant une bonne portance à l’avant ». Côté sensations, Michel Paquet exprime tout le bonheur qu’il a eu de passer d’un monocoque à un multicoque. La vitesse notamment : « Nous sommes deux à trois fois plus rapide qu’un Toucan, soit 12 nœuds au près et 18-20 nœuds au portant : c’est grisant ». Corollaire : « Tout va également très vite à bord où il faut anticiper les manœuvres en permanence. La tension est parfois vive et l’adrénaline en ébullition. C’est pourquoi on essaie de s’entraîner le plus souvent possible, lorsque nos agendas nous en laissent le temps ». Ils sont sept à naviguer à tour de rôle sur le bateau, dont Anouk S’il demeure accessible aux purs amateurs, le Ventilo M2 n’en poursuit pas moins de hautes ambitions. Comme celle de battre un jour, à la régulière, les D35. Lors du Bol d’Or 2008, Team Parmigiani avait failli créer la sensation en se hissant à la deuxième place, à moins de 30 minutes du vainqueur Zebra 7. En 2009, l’objectif était la victoire, avec un allié – le petit temps – et un atout – un nombre de bateaux deux fois plus élevé que les D35, soit la possibilité de pouvoir harceler les adversaires sur l’ensemble du plan d’eau. Finalement, ces facteurs n’ont pas eu le succès escompté. Comme souhaité, le Bol dOr a été marqué par un petit temps.