La Fédération Française des Ports de Plaisance veut élargir la Méditerranée avec Odyssea.

La FFPP organisait hier à Paris une conférence réunissant des représentants des Ministères du tourisme des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient – l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la République Libanaise et la Lybie -, des délégations du Ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi et de la FFPP. Objectif : confédérer ces pays du Sud de la Méditerranée pour développer leurs activités nautiques de façon harmonieuse, propre et cohérente. Ou comment le programme Odyssea peut élargir l’horizon des 7 millions de plaisanciers méditerranéens vers le sud ?

«  Cette première rencontre a pour vocation de fédérer ces différents pays du bassin Méditerranéen  qui n’ont, pour certains, aucune expérience de la plaisance. Chacun d’entre eux a clairement fait part de son intérêt pour nos activités. Tous ont pour objectif de développer la plaisance dans leurs pays en collaboration avec la Fédération Française des Ports de Plaisance. Ils souhaitent profiter de son expérience et de son savoir-faire en termes de capitalisation sur les équipements, de modernisation et de développement territorial durable. Pour certains, ce dernier paramètre n’était jusqu’ici, absolument pas pris en compte », expliquait Grégory Goddard, Délégué Général à la FFPP, avant le sommet.

En rencontrant de nouveau les représentants Algériens, Marocains, Tunisiens, Libyens et Libanais, la Fédération Française des Ports de Plaisance affiche une nouvelle fois son rôle moteur dans le développement de la plaisance, en Méditerranée notamment. Persuadée depuis longtemps que le tourisme est un levier de développement économique et social mais aussi un facteur de rapprochement, de compréhension, de tolérance et de paix entre les peuples, la Fédération est déterminée à promouvoir la coopération et la solidarité entre les deux rives de la Méditerranée par un partenariat très ambitieux. Son atout : Odyssea, le programme territorial stratégique de développement durable associant découverte des patrimoines, implication des Hinterlands et hautes technologies.

Labellisé par l’Union pour la Méditerranée, reconnu programme prioritaire par l’Union Européenne, Odysséa est le premier modèle de développement intégrant le culturel et l’économie locale à la plaisance. Il fait du port une porte d’entrée attirante d’un territoire, au lieu d’un parking à bateaux plus ou moins privatisé.

Le président de la FFPP, Serge Pallarès, rappelait que le rendez vous avait été pris durant le dernier Salon Nautique et se réjouissait que tous les acteurs avaient tenu leur promesse en se retrouvant à Paris pour jeter les bases de cette confédération.

L’Algérie, tout reste à faire.

Le représentant de l’Algérie formulait alors l’espoir de son pays que cette réunion aboutisse à des faits concrets : « L’Algérie s’intéresse à la plaisance pour le tourisme, l’économie, la formation, l’épanouissement humain et aussi de son littoral. Nos voisins marocains et surtout tunisiens ont déjà beaucoup de choses, mais l’Algérie n’a rien. Elle ne pourra pas s’ouvrir à la plaisance sans l’appui fidèle des Etats de Méditerranée. Le statut du littoral algérien, très préservé, fait actuellement l’objet de toutes nos attentions. Nous devrons ensuite structurer une filière nautique, améliorer nos équipements et nos services. Nous avons par exemple plus de trente ports de pêche qui pourraient être adaptés. »

Le Maroc, un pays de pêcheurs.

Le Maroc intervenait ensuite : « Nous avons très peu de ports en Atlantique, qui pourraient pourtant être des escales magnifiques. Mais pour nous, la priorité est de développer la plaisance chez les nationaux marocains. Nous sommes un pays de pêcheurs, pas de plaisanciers’. Après la présentation du programme Odyssea, les marocains s’enthousiasment : ‘C’est évident, il faut remettre la Cité et ses richesses culturelles au centre de la plaisance. Remettre l’histoire des grandes routes maritimes à l’honneur aussi ; Au Maroc, on voit la mer côté terre mais notre histoire méditerranéenne est extraordinaire. » A propos de la reconversion des ports de pêche, les marocains sont clairs : «  Concrètement, transformer un port de pêche en port de plaisance n’a aucun sens pour nous, ce n’est pas intéressant. On préfère coupler les deux, cela permet de faire vivre les ports toute l’année, de leur donner un vrai ancrage économique et d’ouvrir notre culture à la plaisance ». Toutes les autres nations approuvent cette analyse, Serge Pallarés rappelant d’ailleurs qu’Odyssea préconise d’organiser une filière de vente aux particuliers dans les ports de plaisance. Il devient trop souvent difficile de trouver du poisson frais dans les ports ! Gilbert Le Corre, vice-président, insiste ensuite sur la qualité de la main d’œuvre issue de la pêche et du monde professionnel, une ressource stratégique et très qualifiée pour les pays qui souhaitent développer rapidement une filière plaisance…

La Tunisie, en plein boom.

Le représentant de la Tunisie prenait alors la parole pour insister sur l’importance de la coopération entre les rives de la Méditerranée. « D’ici 2016, nous aurons multiplié par cinq le nombre de places disponibles dans nos ports. Rien qu’à Bizerte, nous passons de 120 à 800 places, et installons 10 hectares de services. Ce développement rapide a fait appel à Créocean, une société d’ingénierie française, et nous pouvons témoigner de l’importance de la coopération dans ce domaine. Nous avons également constaté que l’absence de textes était très nuisible à notre développement. Depuis 2009, nous avons enfin une réglementation adéquate. Le littoral, très différent au nord et à l’est de la Tunisie, est valorisé et balisé. Chaque port doit être intégré à un ensemble, raccordé à une cité et offrir tous les services. Nous transformons aussi des ports de pêche pour la plaisance, mais chaque nouveau port doit comporter au moins 15% de places réservées au pêcheurs. La Tunisie a identifié plusieurs niches pour sortir un peu du tourisme de masse : L’éco-tourisme, le tourisme saharien et bien sûr la plaisance. Sur la plan économique, c’est l’Etat tunisien qui a donné l’impulsion en construisant les premières infrastructures, mais aujourd’hui ce sont des investisseurs privés qui financent les nouveaux ports. » La Tunisie fait donc figure de modèle pour beaucoup de pays riverains.

Le Liban, un cas à part.

Les libanais exposaient leurs particularités. « Pour nous, il n’y a pas de problème de place, avec plus de 2000 anneaux, et le Liban est trop petit pour pouvoir construire d’autres marinas. Notre problème, c’est que nos installations sont souvent venues en complément de complexes immobiliers de luxe. Donc coupées des libanais, du territoire. » Odyssea est donc une réponse concrète à ce problème, en faisant du port la vitrine de sa culture et de son territoire. Et le Liban est tellement chargé d’histoire !

La Lybie, observateur attentif.

Le représentant lybien clôturait le tour de table en affirmant que son pays a la ferme intention de s’ouvrir à la plaisance rapidement, et que les navigateurs sillonnant la Méditerranée pourront sans doute un jour pousser plus à l’Est leur cabotage africain…

Les représentants du Ministère Français du Tourisme insistaient de leur côté sur plusieurs caractéristiques d’Odyssea : « C’est un programme moteur, de convergence, capable de bouger tous les acteurs vers des intérêts communs. Sa dimension est universelle, pas seulement maritime. Odyssea permet à chaque pays, collectivité ou Cité de se développer à son rythme. Et enfin, le programme mets en valeur la Cité dans son ensemble, pilier de la vie et de l’histoire méditarranéenne ».

Serge Pallarès concluait cette conférence : « Ce qui nous unit, c’est la Mediterranée, qui restera malgré les conflits et les tensions Mare Nostrum. La France, avec ses 30 années d’expérience, ne doit pas être directive mais agir comme un conseiller avisé. Parce que notre expérience s’est construite aussi sur des erreurs, et que nous avons toujours des problèmes dont certains ne pourront se résoudre sans l’aide de nos partenaires…Notre intérêt à travers cette confédération, c’est de faire bloc autour d’un confrère lybien, libanais ou marocain lorsqu’il devra affronter une difficulté dans son projet. Il faut faire bouger la flotte des 7 millions de plaisanciers méditerranéens, qu’ils circulent plus largement, plus loin vers de nouveaux rivages. La Méditerranée, c’est 150 millions d’habitants qui accueillent chaque année 200 millions de visiteurs. A nous, professionnels, de lui donner les moyens de le faire en intelligence avec notre mer. Odyssea est aujourd’hui notre meilleur outil, qui doit faire plus et mieux naviguer, réconcilier les territoires avec leur littoral, répondre aux problèmes de saturation au Nord et de développement au Sud, de formation et de reconversion. Ce que nous lançons aujourd’hui c’est un chantier sur les 50 prochaines années, on creuse un sillon.»