La folle enchère d’un circuit en mal de crédibilité

La rumeur qui planait aux Bermudes en octobre s’est transformée en réalité lors du World Yacht Racing Forum de Monaco, en décembre 2009. Le ticket d’entrée du World Match Racing Tour (WMRT) n’est pas seulement payant, mais trois places ont été mises aux enchères tandis que trois autres ont été attribuées sans aucun critère sportif. Cette procédure étonnante ne fait que confirmer que le circuit censé représenter l’élite de la discipline peine à trouver son identité et surtout sa crédibilité vis-à-vis des coureurs. 

 

A la décharge de l’organisation, on ne peut que constater que la question des invitations sur le World Tour relève du casse-tête. Les leaders charismatiques comme Coutts, Spithill, Barker ou encore Cayard n’y trouvent pas l’intérêt financier qu’ils convoitent et ne s’intéressent pas à ce circuit. Le bébé du Swedish Match Tour et du championnat du monde a dès lors permis à une nouvelle génération de match-racer de se démarquer. Mais ces derniers demeurent encore dans l’ombre du star system car, même si des prize money avec cinq zéros peuvent paraître alléchants, ils ne sont que modérément attrayant, envisagés comme unique revenu annuel pour un équipage de cinq personnes. Le WMRT cherche depuis sa création à attirer des skippers médiatiques pour se faire remarquer et intéresser les sponsors. Cependant, la solution aujourd’hui envisagée ainsi que l’opacité de l’attribution des places pour 2010 interpelle, particulièrement pour un championnat couru sous l’égide de l’ISAF, la fédération mondiale. 

 

Un modèle supposé clair et transparent 

Pour résumer le processus, les organisateurs du WMRT disposent de neuf Tour Cards qui donnent accès à six des huit régates de la saison (l’accès à la Monsoon Cup, la neuvième régate et finale du Tour, est déterminée par le classement des autres manches). Ces places sont attribuées de la manière suivante : les trois premières aux trois leaders de la saison précédente soit Adam Minoprio, Torvar Mirsky et Ben Ainslie. 

 

Si Minoprio est gracieusement invité, les seconde et troisième cartes sont vendues respectivement 5 000$ et 10000$. Trois autres cartes sont ensuite mises aux enchères, alors que les trois dernières sont octroyées « à bien plaire » par le World Tour. À noter que le montant final d’acquisition n’est pas divulgué et si l’on sait aujourd’hui que Peter Gilmour, Mathieu Richard et Ian Williams ont obtenu leurs sésames par ce biais, personne ne connait le prix qu’ils ont payé, ni le nombre de skippers restés sur le carreau après avoir misé. Un professionnel pourrait probablement miser plus de 50000$, compte tenu du gain potentiel en prize money sur six manches. Chacun doit faire son calcul pour espérer s’y retrouver. Pour l’organisation du World Tour, ce système est parfaitement justifié, car il est simple et clair pour tous. Il autorise en plus les équipes à organiser leur programme et à en faire la promotion auprès de leurs sponsors, ce qui n’était effectivement pas évident avec une formule d’invitation au coup par coup. 

 

Une bonne intention 

Si l’intention semble bonne, le résultat est aujourd’hui contesté par de nombreux acteurs de la discipline. Marc Bouet, entraîneur de l’équipe de France, fait part de son mécontentement, d’autant que les trois Tour Cards à disposition du Word Tour ont été remises sans aucune justification à Francesco Bruni, Björn Hansen et Bertrand Pacé, respectivement classés 7e, 22e et 56e. « Ma position n’a rien à voir avec l’amitié et le respect que je porte à chacun de ces coureurs, mais je ne comprends pas ce choix», déclare le multiple sélectionné olympique. Et d’ajouter : « Damien Iehl, 3e au classement mondial ISAF aurait largement sa place sur le tour. Il n’a même pas été approché. » 

 

Éric Monnin, match-racer suisse bien connu, tient de son côté un propos plus modéré: «La solution n’est de toute façon pas simple. L’attribution des places sur des critères purement sportifs n’est pas forcément une garantie de succès, nous l’avons vu lors de précédents évènements mondiaux. La question de la mise aux enchères est par contre plus discutable et verrouille clairement l’accès au Tour pour de nombreux équipages.» Le Suisse, 32e au classement mondial, ajoute : « Chacun défend évidemment son bifteck. Les titulaires de Tour Cards trouvent le système approprié, alors que ceux qui n’y sont pas restent frustrés.» Il n’en demeure pas moins que l’ouverture à de jeunes talents est encore plus limitée qu’avant et qu’il devient difficile de compter sur des wild cards pour accéder ponctuellement au World Tour, d’autant que les clubs n’en possèdent généralement que deux.