La nuit tous les grains sont gris

La perturbation orageuse traversée par la flotte est en voie de dissipation mais ce matin, les concurrents de la Transat Bénodet ��“ Martinique se trouvent toujours dans des conditions instables. Car si l’on attendait un flux de nord-est d’une quinzaine de n�“uds, sur l’eau les solitaires doivent composer avec un vent de 8-10 n�“uds et des grains parfois violents qui ne leur permettent pas, pour l’heure, de faire route directe vers la Martinique et ralenti leur progression vers les Antilles.

 

Depuis hier soir, le vent s’est installé au nord-est et donc dans l’axe de la route des Figaristes les obligeant à manœuvrer régulièrement. « On empanne et ré-empanne. On joue avec les oscillations du vent pour tenter de gagner un peu de terrain, mais on est dans le même tempo alors on reste bord à bord », a expliqué Fabien Delahaye ce matin à la vacation. De fait, le jeune skipper de Port de Caen Ouistreham, Erwan Tabarly (Nacarat) et Thomas Rouxel (Bretagne – Crédit Mutuel Performance) qui composent le trio de tête depuis plusieurs jours continuent de progresser au même rythme vers l’arrivée. Pour preuve, ces dernières 24 heures, ils affichent une vitesse moyenne exactement identique de 7,4 nœuds et, par conséquent, le même nombre de milles parcourus. « On est sur un mode proche de celui d’une Solitaire du Figaro. On doit tout regarder, être à l’affût en permanence et ne pas faire d’erreur » a détaillé Erwan Tabarly qui déplorait par ailleurs le manque de vent ce matin. En effet, si les fichiers météo annonçaient 15 nœuds de vent à partir du début de nuit, la réalité est toute autre sur l’eau. « On a entre 8 et 10 nœuds. C’est même descendu plus bas à un moment. On ne fait pas le bon cap car on ne descend pas assez. Ce serait bien que ça rentre comme prévu pour abattre et faire une route plus proche de la route directe » a poursuivit le leader. Comme lui, ses deux adversaires directs ne cachent pas leur impatience de voir l’alizé s’installer à l’est nord-est et s’établir autour de 20 nœuds comme le prédisent les fichiers météo mais pour l’heure, ils doivent composer avec les grains. Des grains parfois violents et difficiles à anticiper dans la nuit noire et, par moment, sous une pluie battante. « On ne voit pas les nuages arriver et quand ça passe de 10 à 30 nœuds, ça fait un peu bizarre ! » avouait le skipper de Nacarat qui parvient à conserver 2,8 milles d’avance au pointage de 5 heures ce lundi. La situation devrait toutefois devenir plus stable dès la mi-journée.

Ils ont dit :

Erwan Tabarly (Nacarat) : « On est sur un mode proche de la Solitaire du Figaro. On doit tout regarder, l’arrivée n’est pas si loin que ça finalement. On devrait arriver dans une journée et demie. Il ne faut pas faire d’erreur. Plus ça va avancer, plus ça va être dur. Hier, les conditions étaient assez faciles donc le pilote a bien barré pendant que je réglais le bateau. J’en ai profité pour dormir la nuit, manger, faire la navigation. Cette nuit on a eu deux grains dont un il y a une demi-heure avec une pluie battante dans une nuit noire. On ne les voit pas arriver car la lune ne s’est pas levée. Il a beaucoup plu, je n’ai pas eu le temps de mettre mon ciré, c’est passé de 10 à 32 nœuds. Ca fait bizarre ! J’ai vu les deux autres bateaux à 12 nœuds puisqu’avec les AIS on les voit sur l’écran. Je me suis dit « ouhlalala » il va se passer quelque chose ! Ils carburaient comme des ânes et moi aussi je suis parti. Là, on navigue encore de nuit, j’espère qu’on ne va pas en avoir trop des comme ça. Ca empêche de dormir ! C’est sûr je ne vais pas lâcher le morceau, j’aimerai bien l’accrocher cette victoire. Je vais faire le maximum. Il va y avoir de la tension jusqu’au bout. Je suis toujours devant c’est le principal. On n’a pas beaucoup de vent. Dix nœuds peut-être. On ne fait pas le cap tout de suite, on ne descend pas assez. Ce serait bien que ça rentre comme prévu pour abattre et faire une route plus proche de la route directe. Ca devrait être en début de matinée. La course n’est pas finie ! »

Thomas Rouxel (Bretagne – Crédit Mutuel Performance) : « Hier, on a eu une journée un peu pourrie avec peu de vent, des grains. On a bien séché au soleil, ce n’était pas très agréable. On attendait qu’une chose, c’est que le vent annoncé rentre et finalement, 15 heures plus tard, on attend toujours et on s’impatiente sérieusement ! On vient de prendre un grain il y a 30 minutes alors qu’on était à la VHF avec avec Erwan et Fabien. Le vent est monté à 30 nœuds en 5 minutes : c’était sport ! On ne pensait pas qu’il serait si intense que ça. On s’est amusé mais après ça a bouchonné à 5 nœuds. C’est marrant mais ça ne va pas nous faire arriver rapidement vers la Martinique. Cette nuit Fabien était devant puis on s’est retrouvé côte à côte. J’espère qu’on va se lâcher avant l’arrivée ! Je serais bien dans l’optique de faire chacun sa route et se retrouver ensuite… je trouve ça tôt pour commencer à faire du marquage à la culotte. Pour la météo, j’ai du mal à comprendre ce qui génère cette zone foireuse dans laquelle on est, mais pour le moment je n’ai pas de réponse avec les fichiers. On nous annonce du vent fort qui nous amène en route direct mais ça n’arrive pas. Là on est lofé et la route n’est pas directe. Si ça finit par rentrer, on devrait aller quasiment directement avec un vent Est. On espère en milieu de journée mais c’est un peu tôt pour savoir. C’est bien la première fois que les fichiers nous annoncent un truc à la hausse. Il doit y avoir un système ou une zone de transition qu’ils ne prennent pas en compte. Dès qu’on aura retrouvé un flux classique, ca repartira. »

Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) : « Avec Thomas (Rouxel), on est bord à bord. On a eu un grain à plus de 30 nœuds il y a moins d’une heure. On a tous les deux empanné ensemble. On se suit. On est très proches. On se regarde beaucoup. On empanne et ré-empanne, on joue les oscillations pour gagner un peu de terrain mais on est dans le même tempo. Hier dans l’après-midi, Erwan (Tabarly) avait 3 milles d’avance, mais avec les grains on s’est resserré un tout petit peu. On regarde ceux de derrière, ça s’éparpille. J’espère que l’issue sera bonne. Pour le moment, le vent ne veut pas rentrer. On n’avance mais pas où et comme on voudrait mais bon, le fait d’avancer en paquet, ça aide à faire marcher le bateau, c’est dynamique. Dans mon baluchon de Pâques j’ai trouvé un petit mot un gros tube de M&Ms mais il a fait tellement chaud que j’ai tout mangé ! »