La partie de cache-cache Atlantique va débuter

Depuis hier, la flotte de la Transat AG2R LA MONDIALE a entamé la toute dernière partie de son parcours entre Concarneau et Saint-Barth. L’heure est donc à l’élaboration de la tactique finale et à ce jeu là, on ne peut qu’imaginer que les attaques vont fuser de toutes parts. A 800 milles de l’arrivée dans le port de Gustavia, dans des vents de 15 à 20 noeuds, le fameux groupe des quatre tient toujours la corde ; Armel Le Cléac’h et Fabien Delahaye (Brit Air) devançant Jeanne Grégoire et Gérald Véniard (Banque Populaire) et Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert). Mais derrière, pas question de relâcher la pression et jusqu’au bout les poursuivants se donneront les moyens d’espérer.

 

 

 

 

Plus les jours s’égrènent sur le calendrier de la dixième édition de la Transat AG2R LA MONDIALE et plus le suspense gagne en intensité. Ainsi, aux avant-postes, si quatre bateaux semblent pourvoir légitimement prétendre aux lauriers à Saint-Barth, il est difficile d’envisager avec certitude à quel tandem sourira la victoire. En tête, le duo Armel Le Cléac’h et Fabien Delahaye joue la discrétion côté communication et poursuit sa démonstration de vitesse et de maîtrise. Malgré un différentiel d’expérience au départ de Concarneau, les hommes de Brit Air semblent en être arrivés à une belle alchimie et quel que soit le résultat dans les jours à venir, le co-skipper du « Chacal » aura toutes les raisons d’être fier de sa prestation sur sa première course transatlantique. Derrière ces deux marins de talent, la menace n’a rien d’une plaisanterie. Trois milles après les leaders, Jeanne Grégoire et Gérald Véniard sont fermement décidés à venir contrecarrer leurs plans. Positionnés légèrement plus au Nord, les marins de Banque Populaire savent que la différence se fera sur ces petits riens qui au final donnent vie aux plus grands rêves. Ceux-là entendent bien profiter de toutes les opportunités qui s’offriront à eux pour avoir le dessus, jouant des débuts et des fins de nuit pour prendre la poudre d’escampette si l’occasion se présentait. A peine plus loin, Gildas Morvan et Bertrand de Broc recollent doucement mais sûrement sur la tête de la flotte, n’ayant pas hésité ces dernières heures à prendre la tangente pour mieux revenir. Compte tenu de la somme des expériences réunie à bord de Cercle Vert, on imagine aisément que jusqu’au bout il faudra compter avec eux pour la plus haute marche. Enfin, en quatrième position, à une dizaine de milles des premiers, Romain Attanasio et Samantha Davies (Savéol) entament eux aussi les derniers jours de course avec de jolis espoirs.

 

 

 

Garder un oeil dans le rétroviseur

 

 

Mais si ces quatre bateaux ont pris depuis peu une belle option sur la victoire finale et les places d’honneur, il ne faut pas pour autant reléguer les poursuivants que sont Nicolas Troussel et Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne) et Nicolas Lunven et Jean Le Cam (Generali) au rang de figurants. En position d’attaque, ces marins redoutables pourraient en effet représenter une sérieuse menace pour les premiers d’ici à l’arrivée et Bertrand de Broc lui-même ne cachait pas maintenir la vigilance, ayant à l’esprit que « derrière ils ne lâchent rien et on n’est jamais à l’abri d’un retour ». Il leur sera certes difficile de venir tutoyer les sommets, mais devant, on garde un oeil avisé dans le rétroviseur tant on sait que la marge dont ils disposent pourrait ne pas peser si lourd face à une succession d’épisodes de pétole aux abords de l’arc antillais et à proximité de Saint-Barth. Quoi qu’il en soit, pour tous il conviendra de soigner la partie de cache-cache qui consistera à tenter les échappées nocturnes à la faveur d’empannages inspirés et de peaufiner son approche sur les Antilles en les négociant du bon côté. Autant dire qu’à tous les niveaux, la somme de travail reste colossale et que les jeux sont loin d’être faits !

 

 

 

Au coeur de la course à bord d’Ocean Alchemist

 

 

Statu Quo

 

 

 

Après une journée de labeur, Cercle Vert  a repris sa troisième place au classement général. Jouant le rôle de mouche du coche auprès de ses trois adversaires directs, le tandem Morvan / de Broc ne se trouve plus qu’à 8.3 milles du leader Brit Air, après avoir tapé dans le coin Sud du plan d’eau et être revenu le plus Nord du quatuor de tête.

 

Avoir le privilège de se déplacer aux quatre coins de la zone permet d’observer la qualité des quatre tandems qui animent depuis plusieurs jours la tête de la flotte. La concentration du skipper durant son quart de barre et la décontraction de l’autre posté dans la descente la VHF à la main, montrent à quel point ces quatre-là ne vont rien lâcher. Ils connaissent parfaitement leurs adversaires pour régater toute l’année ensemble à Port-La-Forêt et tentent chaque jour à la VHF, lors de causeries sur le canal 72, de les déstabiliser. Même si tous connaissent la technique, il faut rester concentré et vigilant à la barre lorsque l’on écoute ces « drôles » de vacations où « l’info » et « l’intox » ne font que se croiser.

 

 

Même s’ils gardent un œil sur leurs poursuivants emmenés par la paire Troussel/Rouxel sur Crédit Mutuel de Bretagne qui grappille chaque jour quelques milles, la bataille à l’avant fait rage de jour comme de nuit. Les conditions de navigation restent toujours tendues dans un alizé instable, oscillant entre 15 et 20 nœuds, et une Lune décroissante qui tarde de plus en plus à se lever.

 

 

 

Ils ont dit…

 

 

 

Gérald Véniard – Banque Populaire (2e du classement à 5h)

 

 

« La nuit est très noire, c’est difficile de barrer, on ne voit pas grand-chose. C’est incroyable d’être quatre bateaux à vue depuis le départ. On voit les trois feux de Brit Air, Cercle Vert et Savéol. On est en position centrale et on a un peu la pression. On s’applique pour ne pas être les plus lents du paquet ni perdre de place au classement. On se relaye beaucoup avec Jeanne car la nuit est fatigante parce qu’on n’a pas de lumière, il fait vraiment noir et le bateau part dans des surfs qui ne sont pas énormes mais comme le vent varie beaucoup en force et en direction, entre 14 et 22 nœuds, du coup on marche entre 7 et 13 nœuds. C’est difficile de placer l’étrave correctement, le bateau n’est pas très tolérant, il a tendance à être sur le nez. Il faut être très vigilant. C’est difficile de rester concentré deux heures et on se relaye plu souvent. On sent que les derniers jours vont être éprouvants, mais le moral est excellent et on va tout donner pour essayer d’accrocher la plus belle place du podium.

Il y a encore des empannages à faire. On serre les fesses parce que les vitesses sont tellement proches et on tient quand même à garder nos places. La faible avance qu’on a sur Cercle Vert, elle est mine de rien importante et on ne veut pas la voir se réduire. Devant, Brit Air a réussi à nous mettre 4-5 milles et ce n’est pas du tout évident de lui reprendre donc on s’accroche ! Il va y avoir quelques ouvertures dans les prochains empannages, c’est le moment de prendre les gens par surprise au lever du jour ou à la tombée de la nuit. On peut toujours empanner et se barrer sans que les autres ne puissent s’en rendre compte parce qu’on est quand même très loin. On peut se perdre de vue. Donc il y a du jeu encore, il y a pas mal de stratégie, on s’amuse bien.

On se penche sérieusement sur la manière dont on va aborder l’île pour l’arrivée. : par le Nord, par le Sud, en laissant d’autres îles des Antilles sur notre droite ou en coupant aux travers des archipels, ce n’est pas impossible…  On regarde attentivement, on est toujours dans la course et on n’imagine pas encore ce qu’il va se passer après !

Cercle Vert est très rapide et difficile à semer. Mais il fait beaucoup d’erreurs sur l’eau ou il prend des risques qui ne payent pas forcément. Cependant, il n’a jamais plus de 10 milles d’écart avec nous. On a eu chaud hier lorsqu’ils se sont déplacés de 30 milles dans le Sud… »

 

 

 

Bertrand de Broc – Cercle Vert (3e au classement de 5h)

 

 

« Nous avons de belles conditions, un vent d’environ 20 nœuds, une belle nuit étoilée, on ne va pas se plaindre c’est magnifique !

C’est la première fois que Savéol est derrière nous au classement, les choses se mettent en place. On est allé au Sud pour voir ce qu’il y avait et du coup la flotte s’est décalée au Sud. Grâce à ce petit recalage on a pu reprendre quelques petits milles. Il reste encore plein de petits coups à jouer. Les choses vont se décoincer la nuit prochaine ou la nuit d’après.

On attend le coucher  du soleil pour feinter et enclencher la vitesse supérieure. La nuit on est un peu moins vigilant, on en a profité pour lofer, ce qui nous a permis de  passer devant Savéol. Il nous reste encore de la route, mais c’est toujours plus agréable de ne pas être trop loin.

Il faut se battre des journées entières pour gagner ou regagner un ou deux milles. C’est fatiguant donc on se relaye beaucoup à la barre et aux réglages. Derrière, ils ne lâchent rien, grappillent quelques milles par-ci, par là. Il faut être d’autant plus vigilant jusqu’à l’arrivée que Crédit Mutuel de Bretagne et Generali sont juste derrière et on n’est pas à l’abri d’une molle par devant sur les Antilles. Même s’ils ont 40 milles de retard, on ne sait jamais. Cette après-midi ça va adonner, on va pouvoir empanner avant eux. Dans une Transat Est-Ouest, on a tous les phénomènes en premier et ça aide un petit peu.

J’aime bien naviguer un peu dans mon coin, c’est pour ça que quand on est parti un petit peu dans le Sud on était plutôt pas mal, on a bien fait marcher le bateau et puis on est revenu nous chercher ! Le bord à bord est aussi intéressant et motivant. Ca va se jouer sur pleins de petites choses, Brit Air a sept milles d’avance, il faut déjà revenir sur lui et sur Banque Populaire. Ensuite il faut bien manœuvrer, faire une bonne approche sur les Antilles et être du bon côté quand le vent va basculer, attaquer le dernier bord … Il faut vraiment tout bien calculer surtout mieux qu’eux parce que pour l’instant on est derrière ! »