La patience mise à l’épreuve

Le Bol d’Or Mirabaud 2009, qui s’est déroulé les 13 et 14 juin derniers, a été marqué par l’absence de vent pendant une bonne partie de la course. Seuls 64 concurrents sur les 532 partants ont pu rejoindre la Société Nautique de Genève dans les temps. Il a en effet fallu 19h33’26’’ au D35 Foncia d’Alain Gautier et Michel Des joyeaux pour s’imposer d’une petite minute sur Smart Home et Okalys-Corum. Le premier monocoque a quant à lui passé la ligne d’arrivée en fin de matinée après 24h46’32’’. Il s’agit du Taillevent de Nicolas Engel qui termine en tête après une superbe bagarre avec les Psaros 40 dans le Petit lac. 
Malgré un départ prévu une heure plus tard que d’habitude pour permettre aux airs de se poser, le lac est resté d’huile au moment du coup de canon et la flotte désespérément immobile. Les Ventilo M2 Safram, Rhône Gestion et DFI sont les seuls à avoir réussi à s’extirper du reste du paquet dans les premières minutes de course, à l’extrémité de la ligne rive droite. À noter que le bateau mené par Arnaud Psarofaghis et son père prend une pénalité de 50 minutes pour départ prématuré.

Le D35 Zen Too de Guy de Picciotto s’élance également trop tôt et écope de la même sanction. Proche d’eux, Alinghi 1 se démarque un peu, mais rien ne bouge réellement pendant un bon moment. Côté monocoques, le Toucan Aquanautic se retrouve rapidement dans les leaders, talonnés par le Luthi Miss Tfy, Full Pelt et les deux Psaros 40. Le Mirabaud LX rejoint le groupe de tête dans les minutes qui suivent la libération des voiliers.
Un semblant de Séchard se lève fi nalement une petite heure après le coup de canon, permettant aux premiers de bénéficier de ce souffl e salvateur. Vers 12h30, la flotte du Bol d’Or est clairement scindée en quatre parties, avec de nombreux bateaux toujours à proximité de la ligne de départ, d’autres dans la région de Bel-levue et à la Pointe à la Bise; et les multicoques déjà bien en avance en direction de la sortie du Petit lac. TeamWork, Parmiggiani, Tilt et le nouveau M1 Gonet, mis à l’eau le matin même, ferment à ce stade, le peloton des catas. Une heure plus tard, les D35 Okalys-Corum, Romandie.com, Zebra 7, Ladycat et Alinghi 2 passent au large de Nernier avant de rejoindre leurs concurrents plus ou moins encalminés dans un Grand lac qui ressemble beaucoup à un miroir.
La plupart des multicoques choisit la côte suisse pour poursuivre la course. À tort ou à raison, puisqu’Alinghi 1 et 2, Ladycat et le M2 Safram tombent dans une bulle sans vent, dans laquelle ils restent prisonniers près de 5 heures. Les premiers monocoques leur passeront même devant durant de la nuit. Zebra 7, TeamWork et Gonet tentent un passage côte française, au large de Thonon. L’option qui paraît douteuse au début, semble toutefois payer un peu et les trois multis se glissent sous ceux d’en face, jusqu’à l’embouchure de la Dranse. À la hauteur de St-Prex, Banque Populaire, Zen Too, Julius Baer et Okalys-Corum, qui est revenu aux avant-postes, mènent les débats. Veltigroup et Foncia poursuivent le groupe de très près, accompagné de Rhône Gestion. Même si les airs ne sont pas vraiment posés, les bateaux évoluent à des vitesses relativement acceptables. Vers la fin de l’après-midi, la tête de course passe au large de Lausanne, alors que le gros de la flotte des monocoques sort à peine du petit lac. De nombreux concurrents font d’ailleurs le choix d’abandonner à ce moment, réalisant qu’il devient impossible de terminer dans les temps avec une prévision qui n’annonce rien de mieux pour le reste de la journée et la nuit.

Vers 20 heures, les premiers entrent dans le Haut lac et peuvent enfin envisager le mi-parcours. La flotte est menée par Banque Populaire, suivi d’Okalys-Corum, de Zen Too et de Julius Baer. Les M2 TeamWork, DFI et Fresh naviguent en embuscade et croisent à plusieurs reprises avec leurs grands frères. En passant la barge du Bouveret à l’heure du coucher du soleil, les concurrents offrent aux spectateurs massés sur la digue à terre des images féeriques. Le trio de tête se permet en plus une petite bataille de virement de bord qui ne gâche rien, avant de tourner autour de la marque et s’élancer vers Genève. Julius Baer, Smart Home et Banque Populaire marquent dans l’ordre le tiercé de ce premier et unique point de passage. Cent cinquante trois bateaux seulement franchissent cette marque, le dernier à passer, le 2Minutes de Bernard Picceni, entame courageusement son retour à 9h03 le dimanche matin. Le serveur qui devait permettre de visualiser la course en temps réel sur internet étant tombé en panne avant le départ et les informations de l’organisation quasi inexistantes, les options que les concurrents ont suivies pendant la nuit restent leur secret. Personne ne saura non plus comment Alinghi a réussi sa prouesse, en revenant sur la tête, après avoir été en très mauvaise posture en début de nuit. Ce n’est donc qu’au lever du jour que les cartes se dévoilent à nouveau. On reconnaît à l’aube quelques D35 au large de la SNG : Foncia, Smart Home, Julius Baer, Okalys-Corum et Banque Populaire. Les M2 apparaissent égale ment : Genolier et TeamWork qui n’a rien lâché depuis son passage au Bouveret. Les airs sont toujours aussi faibles, Foncia tente la cuillère par la rive droite, traverse, et coiffe Smart Home au poteau, sur la bouée d’entrée. Le M2 Genolier, barré par Philippe Durr, passe la ligne en 6e position, devant TeamWork et Alinghi 1. Le Versoisien qui n’était pas revenu sur cette course en multi depuis 1993, et qui participait pour la première fois au Bol d’Or avec son fi ls Jérôme, mentionnait, heureux, à la distribution des prix : «Je souhaite à tous les papas de vivre cette expérience».