Le coup du sombrero.

A environ 1 000 milles du cap Horn, les conditions de navigation sont assez sportives avec plus de trente noeuds de secteur Nord-Ouest, mais surtout avec une mer assez chaotique. L’obligation de détourner la route en opérant une courbe qui a fait remonter Groupama 3 sur le 47° Sud, a fait perdre une grande partie de l’avance acquise en milieu d’océan Pacifique.

Près de 750 milles sur l’eau ces dernières 24 heures, mais seulement 575 milles sur la route directe : le détour par-dessus une dépression, pas si pacifique que cela, est fortement pénalisant au point que ce sont près de 350 milles qui ont été retirés du compteur d’avance en trois jours ! Normalement, la perte va se tasser ces prochaines heures car Orange 2 avait dû lui aussi se détourner la veille de son passage au cap Horn, mais comme le vent va mollir à l’approche du Chili, avec une mer encore bien agitée, il sera difficile pour Franck Cammas et ses hommes de conserver même un petit coussin de marge après ce troisième cap du tour du monde.

« Le soleil est en train de se lever : nous avons tout de même gagné pas mal de milles dans l’Est et le jour commence plus tôt. Depuis cinq heures, le front s’est bien approché et le vent est très instable en force : on a réduit à trois ris dans la grand-voile et trinquette… Il y a des rafales à quarante noeuds et nous sommes obligés de naviguer sous-toilé. Heureusement, la mer n’est pas trop mauvaise et le bateau ne force pas trop. » indiquait Franck Cammas à la vacation radio de 12h30 avec le PC Course parisien de Groupama.

Moins froid, moins agité

Même sur un trimaran de trente mètres de long, l’état de la mer peut rendre la vie à bord difficile à supporter : humidité permanente, embruns violents, coup d’arrêt brutal dans une vague, ciel plombé, pluie et grains, le tout associé au froid, sont le lot des cap-horniers. Ces dernières heures, Franck Cammas et ses neuf équipiers ont toutefois bénéficié d’un petit répit en remontant sur le 47° Sud où la température avoisinait les 12°C… Mais les houles croisées dues à la combinaison des vents de secteur Sud-Ouest et Nord-Ouest ont rendu la trajectoire parabolique et donc moins efficace pour rallier le détroit de Drake… Et les vagues pyramidales ont imposé de réduire la vitesse pour ne pas rentrer violemment dans les murs d’eau.

« Le front va passer sur nous bientôt et nous allons empanner, direction Sud-Est vers le cap Horn. Le vent va alors progressivement mollir et nous devrons renvoyer de la toile : c’est le programme de cette fin de journée… On est de plus en plus affûté sur les manoeuvres, mais nous restons toujours très prudents pour ne pas casser du matériel : c’était la première fois que nous prenions le troisième ris depuis le départ de Ouessant ! Nous n’avons jamais eu autant de vent sur ce tour du monde… Et c’est plutôt désert en ce moment : il y avait encore des albatros hier, mais aujourd’hui, plus personne. C’est grand, le Pacifique ! Surtout que nous avons fait beaucoup de chemin : le temps passe plus lentement. Et c’est un océan qui n’a pas été facile, au contraire de l’Indien. »

Deux voies possibles

Le cap Horn pourrait ne pas marquer un véritable changement dans les conditions de navigation de Franck Cammas et ses hommes. Si le vent s’échappe par-devant, Groupama 3 aura encore un grand détour à opérer pour passer très au large de l’archipel des Malouines… Le cap au Nord et le clignotant à gauche, ce n’est pas pour tout de suite.

« Le vent que nous allons essayer de garder derrière cette dépression va avoir tendance à partir devant nous. Nous risquons de devoir prendre une route atypique qui nous ferait passer très loin dans le Sud du cap Horn pour continuer vers l’Est pendant 24 heures supplémentaires dans les mers du Sud : il y a un anticyclone entre la Terre de Feu et les Falkland qu’il faudrait contourner… Autre possibilité : raser l’Amérique du Sud, mais nous aurons à affronter du vent contraire et fort ! Nous choisirons demain mercredi… Nous n’allons peut-être pas pouvoir faire des photos du cap Horn. »

 

Tableau de marche de Groupama 3
(départ le 31 janvier à 13h 55′ 53 » TU)

 Nombre de milles parcourus par rapport à la route optimale du Trophée Jules Verne)

Jour 1 (1er février 14h TU) : 500 milles (retard = 94 milles)
Jour 2 (2 février 14h TU) : 560 milles (avance = 3,5 milles)
Jour 3 (3 février 14h TU) : 535 milles (avance = 170 milles)
Jour 4 (4 février 14h TU) : 565 milles (avance = 245 milles)
Jour 5 (5 février 14h TU) : 656 milles (avance = 562 milles)
Jour 6 (6 février 14h TU) : 456 milles (avance = 620 milles)
Jour 7 (7 février 14h TU) : 430 milles (avance = 539 milles)
Jour 8 (8 février 14h TU) : 305 milles (avance = 456 milles)
Jour 9 (9 février 14h TU) : 436 milles (avance = 393 milles)
Jour 10 (10 février 14h TU) : 355 milles (avance = 272 milles)
Jour 11 (11 février 14h TU) : 267 milles (retard = 30 milles)
Jour 12 (12 février 14h TU) : 274 milles (retard = 385 milles)
Jour 13 (13 février 14h TU) : 719 milles (retard = 347 milles)
Jour 14 (14 février 14h TU) : 680 milles (retard = 288 milles)
Jour 15 (15 février 14h TU) : 651 milles (retard = 203 milles)
Jour 16 (16 février 14h TU) : 322 milles (retard = 375 milles)
Jour 17 (17 février 14h TU) : 425 milles (retard = 338 milles)
Jour 18 (18 février 14h TU) : 362 milles (retard = 433 milles)
Jour 19 (19 février 14h TU) : 726 milles (retard = 234 milles)
Jour 20 (20 février 14h TU) : 672 milles (retard = 211 milles)
Jour 21 (21 février 14h TU) : 584 milles (retard = 124 milles)
Jour 22 (22 février 14h TU) : 607 milles (retard = 137 milles)
Jour 23 (23 février 14h TU) : 702 milles (avance = 60 milles)
Jour 24 (24 février 14h TU) : 638 milles (avance = 208 milles)
Jour 25 (25 février 12h TU) : 712 milles (avance = 365 milles)
Jour 26 (26 février 14h TU) : 687 milles (avance = 430 milles)
Jour 27 (27 février 14h TU) : 797 milles (avance = 560 milles)
Jour 28 (28 février 14h TU) : 560 milles (avance = 517 milles)
Jour 29 (01 mars 14h TU) : 434 milles (avance = 268 milles)
Jour 30 (02 mars 14h TU) : 575 milles (avance = 184 milles)

 Record WSSRC de la traversée de l’océan Pacifique (du Sud de la Tasmanie au cap Horn)
Orange 2 (2005) : 8j 18h 08′

L’équipage et l’organisation à bord de Groupama 3

 Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës

  • Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
  • Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff
  • Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres
  • Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart de repos total

• Chaque quart dure trois heures sauf entre 12 et 18 heures TU ou ils ne durent que 2 heures

Le record à battre

Détenu depuis 2005 par Bruno Peyron sur Orange 2 en 50 jours 16 heures 20 minutes à 17,89 noeuds de moyenne. Étaient à bord : Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës.