Le doublé de Roland Jourdain, vainqueur en monocoque

Après Franck Cammas (Groupama 3) grand vainqueur de la Route du Rhum-La Banque Postale, on connaît le deuxième champion de cette 9e édition. Roland Jourdain (Veolia Environnement) a réalisé un doublé historique après sa première victoire en 2006 dans la catégorie Imoca des monocoques 60 pieds. Moins de huit heures plus tard, à 14h08 (heure de Paris), Armel Le Cléac’h s’adjugeait pour la troisième fois de sa carrière une deuxième place remarquée après la Transat Anglaise 2008 et le Vendée Globe 2009. Dimanche après-midi, la bagarre tournait au match-racing pour la dernière place du podium entre Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) et Marc Guillemot (Safran), bord à bord le long de Basse-Terre. Le suspense est également total chez les Multis 50 où Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne), toujours leader, voit revenir dans son sillage Lalou Roucayrol (Région Aquitaine-Port Médoc). Idem chez les Classe 40 ! Thomas Ruyant (Destination Dunkerque), en tête depuis 12 jours, est de plus en plus menacé par Nicolas Troussel (Crédit Mutuel de Bretagne) revenu de 205 à 38 milles en quelques jours, grâce à son option sud. Chez les Ultime, le prochain concurrent attendu en Guadeloupe, Philippe Monnet (La Boîte à Pizza) s’accommode de son régime chips/olives/dattes. Il espère atteindre Pointe-à-Pitre demain…

 

 

Ultimes : Philippe Monnet (La Boîte à Pizza) attendu demain

A 140 milles de l’arrivée à Pointe-à-Pitre, ça sent le Ti punch pour Philippe Monnet. Exploitant les lignes de grains qui font son quotidien en ce moment, le skipper de La Boite à Pizza engrange les milles aux abords de la Guadeloupe. Mais les 15 à 20 nœuds de la nuit risquent fort de déserter les rangs dans les prochaines heures, réservant ainsi au solitaire un tour de l’île dans des vents erratiques et un finish sous le sceau de la pénibilité. En attendant, Monnet devrait couper la ligne d’arrivée à la mi-journée demain aux Antilles. Derrière, le marquage continue entre Gilles Lamiré (Défi Cancale) et Servane Escoffier (Saint-Malo 2015), le premier disposant toujours d’un ascendant de 60 milles sur la jeune femme qui aura pourtant tout tenté pour lui échapper, quitte à plonger dans le Sud à deux reprises la nuit dernière, essayant de faire la différence pendant le black out des positions. Bénéficiant de conditions de navigations plus favorables à sa monture, le Cancalais et son trimaran tirent profit de la situation. Derrière, Servane et son catamaran poursuivent leur belle aventure jusqu’au bout.

 

Philippe Monnet (La Boîte à Pizza) : « Quand on est en course on a toujours envie d’arriver mais moi j’ai beaucoup galéré depuis deux ans pour remonter un projet . Aujourd’hui, c’est vrai que la Route du Rhum c’est un peu un challenge de dernière minute mais j’ai quand même réussi à être au départ. C’est aussi un panorama qui s’ouvre sur quatre ans de navigation intense et c’est vrai que je suis particulièrement heureux d’abord d’être en mer deuxièmement d’avoir avec La Boite à Pizza un bateau qui est tout ce que je désirais. »

Imoca : match-race pour le podium, grosse galère pour Christopher Pratt

Jean-Pierre Dick ou Marc Guillemot. Les deux concurrents sont littéralement bord à bord le long de la côte ouest de Guadeloupe. Un mano a mano entre deux concurrents certainement épuisés par les derniers jours de navigation. L’issue de ce duel intense pour la troisième marche du podium sera connue en milieu ou fin de nuit (en métropole). Derrière, Christopher Pratt (DCNS) a fait part d’une panne générale d’énergie depuis jeudi. Le benjamin des concurrents Imoca, qui participe à sa première course en solitaire en 60 pieds, n’a plus qu’un téléphone de secours et un GPS portable pour finir sa course. Il est obligé de barrer plus de 20h sur 24 et espère en terminer avec cette grosse galère dans les deux jours.

Multi 50 : Six bateaux pour un podium

A la veille de l’arrivée à Pointe-à-Pitre, les écarts se resserrent considérablement entre les six premiers bateaux de la flotte. A un peu plus de 150 milles de l’arrivée, au nord-est de la Guadeloupe, le duo de tête composé de Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne) et de Lalou Roucayrol (Région Aquitaine – Port Médoc) progresse toujours au gré des grains, sous la pluie. L’arrivée d’un vent d’est faible ne devrait pas favoriser dans un premier temps leur vitesse. Il leur faudra en effet patienter encore un peu avant le renforcement au nord-est avant d’accélérer. Au nord, Philippe Laperche (La mer révèle nos sens) qui a réalisé une très belle remontée ces dernières 24 heures – s’offrant même la satisfaction de pointer 2e à 4 heures – arrive dans une zone de calme sous une perturbation très atténuée. Cette période, plus ou moins durable, fera néanmoins place à la rentrée d’un léger flux favorable pour aborder demain l’approche vers l’arrivée. De quoi lui permettre de rester dans le match. Enfin, les sudistes, qui bénéficient d’un alizé toujours présent, remontent rapidement vers la tête de la flotte, en particulier Loïc Féquet (Maître Jaques) qui pointe désormais à 134 milles du premier après avoir été le concurrent le plus rapide ces dernières 24 heures (220 milles parcourus, soit plus de deux fois le nombre de milles réalisés par Lemonchois). Leurs vitesses pourraient toutefois être légèrement freinées par la baisse partielle de l’alizé et sa rotation vers l’est. Demain, ils seront six, au lever du jour, à proximité de l’île. De quoi garantir le suspense pour les terriens et des dernières heures de course sans haute tension pour les marins, partagés ce dimanche, entre angoisse de tout perdre et espoir de gagner.

 

Philippe Laperche (La mer révèle nos sens) : « C’est le sens de la patience qu’il va devoir développer aujourd’hui. On le savait, c’était marqué sur les fichiers. Maintenant, le truc, c’est de savoir combien et temps ça va durer et en fonction de ça, est-ce qu’il va passer un sudiste, deux sudistes, trois sudistes… Il va se passer encore des choses mais puisque j’arrive d’une route totalement différente par rapport aux autres »

Lalou Roucayrol (Région Aquitaine – Port Médoc) : « Comment décrire ce truc de malade, la pétole, le petit temps, la molle, le manque de vent, le fait de manquer d’air ? C’est peut-être un peu ça la sensation d’étouffer et de n’y rien pouvoir. Dans la pétole, vous vous débattez, vous passez les voiles d’un coté d’un autre, vous vous agitez, vous vous énervez pour rien… pour ne pas avancer ou si peu. C’est un peu si vous aviez une voiture de sport flambant neuve mais plus une goutte de carburant sauf que dans ce cas,  vous pouvez descendre et pousser… Sur l’eau c’est beaucoup moins efficace de pousser ! »

Classe 40 : « Rhumaniements » dans l’air ?

C’est dans l’air par les temps qui courent ! Et dans le camp des Class 40 en route pour Pointe-à-Pitre, entre les animateurs aux avant-postes en lice pour les places d’honneur, peut-être plus encore. Après deux semaines de course marquées par la domination sans partage en tête de flotte de Thomas Ruyant (Destination Dunkerque), le bras de fer qui l’oppose à Nicolas Troussel (CMB) à 700 milles de l’arrivée s’intensifie d’heure en heure, de bord en bord. Au dernier pointage, moins de 40 milles séparent ces deux prétendants à tous les lauriers dans les eaux guadeloupéennes. Dans leurs sillages, Jorg Riechers (Mare.de) a volé la politesse en 3è position à Yvan Noblet (Appart City) qui, lui, déplore la casse de son étai et doit redoubler de vigilance pour ne pas risquer le démâtage dans des vents contraires…

Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) : « La fin de course est super dure, la météo et avec Nico (Troussel) pas loin, ce n’est pas évident. On aurait aimé mieux en fin de course. Je viens juste de me prendre un grain ; c’est monté à 30 nœuds, avec un vent d’ ouest / sud-ouest avec une mer assez courte et désordonnée. Le bateau tape beaucoup, je n’aime pas faire mal à un bateau comme ça, mais il faut y passer.
 Je me concentre vraiment sur les conditions d’arrivée. J’ai fait mon bord vers le sud beaucoup plus tôt que ce que je prévoyais. Je voulais préserver mon bateau pour arriver avec le matériel entier à Pointe-à-Pitre. »

Nicolas Troussel (CMB) : « Thomas (Ruyant) est en train de se recaler vers le Sud. Je me rapproche un peu, en distance au but, il doit avoir la pression, mais il faudrait qu’il fasse une erreur pour le rattraper. Je vais essayer de bien naviguer jusqu’au bout.  Ce n’est pas très marrant parce que on est au près, en général quand on se rapproche des Antilles, c’est au portant sous spi… »

Jean Edouard Criquioche (Groupe Picoty) :  « On est dans la machine à laver, on a la mer en plein dans le nez. On a des phénomènes météo assez particuliers pour une Route du Rhum. Hier, je n’étais vraiment pas bien car j’avais prévu un bon petit coup, mais en fait je me suis retrouvé empetolé : quand tu te bagarres pour trouver une bonne position, que tu te prends un grain et que tu perds tout le latéral, ça fait mal. Et dans l’effort on est hyper sensible ! Au delà des conditions météo, il y  vraiment une belle bagarre dans cette  Class 40. Nicolas (Troussel) fait une belle trajectoire, Thomas (Ruyant) va avoir du mal à redescendre … Maintenant, je regarde la grosse bulle au large de Pointe-à-Pitre, et ils vont toucher la bulle bien avant nous donc il y aura du jeu jusqu’à l’arrivée. »

La Class 40 et Rhum

Si la distance entre Andrea Mura (Vento di Sardegna) et Luc Coquelin (Pour le Rire Médecin) reste stable – autour de 150 milles depuis ces quatre derniers jours – derrière en revanche des écarts se creusent. La flotte s’étire maintenant sur près de 800 milles. Forcément, tous les bateaux n’évoluent plus des les mêmes systèmes météo.  Pour les leaders, actuellement au près, la persistance de la dépression  au nord-est des Bermudes engendre toujours un flux perturbé de sud à sud-ouest très instable. La mer est formée avec houle croisée. Ca tape, ça penche et ça va durer pratiquement encore deux jours. La situation est radicalement différente pour Yves Ecarlat qui ferme la marche dans cette catégorie. Le skipper de VALE Nouvelle Calédonie continue sa progression sous un alizé faible et irrégulier. Une situation qui le contraint à mettre un cap assez sud et rallonge sa route.

 

Luc Coquelin (Pour le rire Médecin) : « C’est moins confort que le vent dans le dos mais on s’adapte à vivre penché et secoué. A bord c’est très humide, il fait chaud et c’est impossible d’ouvrir un capot. Le pont est couvert d’embruns voir de paquets de mer… Côté course, je n’arrive pas à partir dans une option différente de celui qui est devant et finalement je reste dans sa roue… Patience. J’y crois et bien sûr que j’attaque… »