Le grand virage à droite d’ici à 24 heures

Complexe et inattendue : ce sont incontestablement les mots les plus adéquats pour définir la situation que rencontrent les 25 duos de la Transat AG2R LA MONDIALE actuellement sur l’Atlantique. Depuis deux jours, les fichiers météo – français et américains – se contredisent et sont souvent bien loin de la réalité sur l’eau. Pour l’heure, cela fait les affaires des centristes Antoine Koch et Joseph Brault (Gaspé 7), désormais aux commandes de la flotte.

« Depuis trois jours, nous naviguons à l’aveugle, à l’ancienne. En termes de stratégie, nous nous concentrons donc sur les éléments et la route. Cela enlève la pression des classements puisque nous ne les recevons plus. En revanche, nous ne pouvons pas anticiper » commentait Antoine Koch, ce matin. Privé de ses outils d’analyse, le skipper de Gaspé 7 a donc élaboré sa stratégie à partir des fichiers reçus il y a 72 heures et y a ajouté son expérience de marin talentueux et polyvalent. Un mal pour un bien en quelque sorte, puisqu’il se trouve à présent en tête du classement dans une situation intermédiaire, entre le groupe du Nord empêtré dans des petits airs instables et les partisans du Sud qui continuent de rallonger considérablement leur route en progressant à 60° de la route directe. Une situation qui lui permet d’afficher, ce lundi, la vitesse de rapprochement par rapport au but (VMG) la plus élevée de la flotte. « Nous avons entre 10 et 13 nœuds de vent. Nous jouons avec les grains. Ca avance bien et nous ne sommes pas mécontents » lançait Joseph Brault, cet après-midi, non satisfait, par ailleurs, de retrouver enfin ses instruments en état de marche. «Cela fait du bien de savoir à nouveau où on en est mais maintenant, on se pose davantage de questions ! (rires). Selon l’ordinateur, notre situation n’est pas si confortable ».

 

« La météo, une science inexacte »

 De fait, si l’on en croit les « fameux » fichiers, Antoine et Joseph devraient être moins rapides que leurs adversaires descendus plus bas dans les cartes. Mais les conditions qu’ils rencontrent actuellement sont pourtant identiques à celles des Sudistes Nicolas Lunven (Generali) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) qui avouaient, à la mi-journée, bénéficier, aux aussi, d’un flux de Nord-est Est de 10-13 nœuds et jusqu’à 15 nœuds sous les nuages. « C’est assez incroyable et c’est une bonne surprise. Il était totalement impossible de prévoir que Gaspé 7 parviendrait à s’extirper aussi facilement du front passé sur sa route la nuit dernière. Il est rapide et fait une route assez directe sur Saint-Barth. C’est en tous les cas la preuve que la météo est tout sauf une science exacte », a spécifié Jean Maurel, le directeur de la course. Et le témoignage de Nicolas Lunven, skipper du Figaro le plus extrême Sud, à la mi-journée, confirmait ce constat : « Les fichiers nous feraient empanner maintenant mais nous préférons attendre de sentir un meilleur moment pour le faire car il existe un vrai décalage entre ce qui est annoncé et ce que nous avons dans les voiles ». Vous l’avez compris, il subsiste de nombreuses incertitudes dans la tête de chacun des marins, que ce soit au Sud, au centre ou au Nord, ce qui laisse la place au doute… mais aussi à l’espoir. En tous les cas, s’il est un fait, c’est que dans les 24 prochaines heures, tous auront mis le clignotant à droite pour, enfin, mettre le cap sur Saint-Barth.

 Trophée de la performance du jour AG2R LA MONDIALE :

Le Trophée de la performance du jour AG2R LA MONDIALE est attribué à Groupe Bel. Kito de Pavant et Sébastien Audigane ont parcouru 136,1 milles en 24 heures.

   Ils ont dit :

 Sébastien Audigane, co-skipper de Groupe Bel : « Ca va pas mal, on vient de virer de bord, ça rentre au Sud-ouest. On a pris la décision d’aller dans le Nord pour faire le tour du col barométrique … Depuis, les fichiers ont évolué et au final, on va devoir le traverser. C’est un peu dur. On vire pour essayer de trouver le trou de souris… On a une petite chance de passer pour attraper le portant au Sud, après on va finir sous spi dans un vent plus faible que les Sudistes. L’option n’aurait sans doute pas été plus fructueuse pour nous dans le Sud. On n’a pas de regret, on a joué ce qu’on avait décidé après le stop aux Canaries. On a joué le coup, un peu au dernier moment. Ca a été payant jusqu’à aujourd’hui ! »

 

Bernard Stamm, skipper de Cheminées Poujoulat : « Ca ne va pas trop mal, à part qu’on n’a pas réussi à se connecter donc on n’a pas d’infos sur notre positionnement par rapport aux autres, on est un peu dans le flou. On est resté à gauche pour descendre le plus possible pour gagner en pression mais on n’est pas sûr que ça ait fonctionné. On aimerait bien tourner à droite, ça commence à chatouiller… On approche, on a de l’air mais à un moment faut faire du cap. L’anticyclone est vraiment changeant, parfois on a du vent, parfois rien du tout. On n’est pas calé. On est talonné par un gros grain, un gros nuage qui nous suit. Il ne faut passer casser de voile, donc s’il s’approche trop, on manœuvrera ! »

 

Nicolas Lunven, skipper de Generali : « On retouche du vent, entre 13 et 15 nœuds. Depuis hier après-midi on a repris du vent satisfaisant pour nous permettre de progresser… d’une part vers le Sud avant de faire route vers l’arrivée ! Entre maintenant et demain soir, on va potentiellement faire du tribord amure pour aller vers St Barth. Le vent n’est pas tout à fait comme le fichier météo donc on attend de sentir le bon moment pour empanner. La dead-line c’est demain soir je pense. Notre jeu, c’est de faire le mieux possible à fond. Si on empanne maintenant ça ne va pas améliorer les choses car on va perdre du vent, ce qu’on vient chercher ici. De passer en mode furtif, j’y ai pensé tout à l’heure, mais je ne sais pas trop quoi en penser : nos collègues savent très bien qu’on va empanner… On n’est pas en train de jouer une grande option et on n’a rien à cacher. »

 Ronan Treussart, skipper de Lufthansa : « Les nouvelles sont comme les trois derniers jours : on contourne une bulle anticyclonique pour aller chercher du vent plus fort … il faut être patient, pas tirer les cartes trop vite. C’est un peu la carotte devant l’âne ! On n’a pas trop de visibilité précise, mais pour aller vers St Barth, c’est un bord avec du vent et on veut rattraper notre retard ! C’est la première fois que je descends aussi bas sur une Transat, mais à cette période, c’est sûrement le seul endroit où on pouvait espérer récupérer du vent. On essaye de calculer comment ça va se passer pour la suite. A 8/9 jours de l’arrivée on est à fond dans le match. D’ici 24h, on va tous mettre le clignotant à droite. »

 Sylvain Pontu, co-skipper de iSanté: « On a toujours un peu de vent, ça permet de se rapprocher d’un objectif d’empannage pour reprendre la route directe. On a 10-12 nœuds de vent, avec une mer agréable et on est en tee-shirt. On a croisé un cargo hier soir, qui nous a fait penser qu’il y avait encore de la vie humaine dans le coin ! On est bien reposé et parés pour la suite après nos aventures d’il y a trois ou quatre jours. On n’avait pas pensé faire la même chose que nos illustres prédécesseurs, mais en fait on a la même route et les mêmes objectifs. Ca se passe plutôt pas mal, on est au delà de nos objectifs, on pensait avoir 150 milles de retard. Dans le match, on est forcement plus motivé et concentré, donc on va continuer à gagner en vitesse et des places je l’espère ».

 Eric Péron, skipper Macif 2009: « Le temps est un peu couvert et limite pluvieux, donc c’est très lourd. On a passé une nuit assez sympa, sans problèmes de grains. Ca filait dans le bon sens. On est toujours dessus, au taquet, on cravache car c’est loin d’être fini ! On va bientôt tourner à droite.

On a une petite idée sur les empannages, il y en aura sûrement plusieurs. On va dégainer aujourd’hui, en espérant passer devant tout le monde ! On voit énormément d’animaux, des baleines, requins… c’est vraiment quelque chose qui rend la transat magique ! »

 

 

Pierre Canevet, co-skipper de Maisons de l’Avenir Urbatys : « On lutte pour échapper à la bulle qui nous poursuit. On est bien par rapport à certains et dès qu’on sera dessus on tournera à droite, car ça été un peu long. J’espère la nuit prochaine. Côté moral, c’est un peu un cap… C’est la 3ème semaine, on est écrasé par la chaleur ! Dès qu’on aura trouvé du vent et on n’est pas les plus mal lotis. On savait qu’on avait un alizé pas brillant. Quand on a fait les grandes glissades au Maroc, on s’imaginait presque arrivé ! En fait l’alizé n’est pas bon, donc ça prendra du temps ! Mais l’essentiel c’est qu’on prend du plaisir à faire marcher le bateau ! »

 Jeanne Grégoire, skipper de Banque Populaire : « Je ne vais pas tarder à aller faire une petite sieste ! Mais tout se passe bien sur Banque Populaire ! On va essayer de gérer ça au mieux ! On va jouer au chat et à la souris pendant 24/48h ! Le mode furtif évidemment on y pense… Mais il y a beaucoup d’autres choses à faire … Passer en furtif si on est bord à bord avec quelqu’un, c’est dommage. Mais on y pense, ça va jouer un peu ! »