LE PEAGE DE SAINTE HELENE

Vendredi 30 octobre 2009

Francis Joyon bute depuis hier à la barrière de péage d’un anticyclone de Sainte Hélène en villégiature au coeur de l’Atlantique Sud. La route du grand trimaran IDEC vers les forts courants d’ouest se trouve en ce 14ème jour de course, obstruée par une vaste zone de calme qui a toute la nuit dernière considérablement freiné l’allure tenue par Francis depuis le passage de l’équateur.

Passage obligé vers les grandes latitudes Sud, la négociation des hautes pressions de Sainte Hélène présente à chaque tour du monde un visage différent. Pour IDEC en route vers l’île Maurice, il s’agit cette année d’accepter de traverser une zone déventée, au près et sur une grosse houle résiduelle qui bouscule le trimaran géant. Joyon, tout à la découverte de nouveaux horizons, se démène avec l’énergie qu’on lui connait pour se frayer un chemin vers les dépressions qui cavalent en son sud, moins par impatience de redonner à son coursier tout le carburant vélique dont il raffole, que par agacement de voir son beau voilier balloté par la houle.
La page connue du contournement de Sainte Hélène devait être tournée dès demain. Francis entrera alors dans la phase vierge du chapître inédit en cours de rédaction vers l’Afrique du Sud et la remontée de l’océan Indien. Une perspective qui pique la curiosité du recordman du tour du monde à la voile, mué en découvreur d’océan, et qui se réjouit comme un enfant à l’idée d’apercevoir, peut-être, les îlots aux noms enchanteurs et mystérieux de Tristan da Cunha, « Inaccessible » et « Nightingale ».

Virements à répétition
« S’il est une chose que je déteste, c’est bien de voir claquer mes voiles ». Du Joyon dans le texte. L’homme le plus rapide autour de la planète n’est effectivement pas marin à lambiner et à rêvasser quand nulle pression vient, comme ce fut le cas cette nuit, gonfler ses voiles et tendre ses écoutes. Francis, loin de subir l’anticyclone avachi sur sa route, est au combat. Un combat bien pacifique, livré par un marin serein, lucide, et tout au plaisir de la découverte d’une nouvelle route vers l’Afrique du Sud, mais qui s’emploie pourtant sans évoquer la prise d’aucun repos, à placer son grand trimaran dans les fugitives et erratiques veines de vent. « Je suis vent debout pour l’instant, et sur une mauvaise houle levée loin dans mon sud par les forts flux d’ouest » raconte t’il avec sa placidité coutumière. « Il n’y a pas de contournement possible de l’anticyclone de Sainte Hélène et il me faut traverser cette zone de calme pour accrocher les vents d’ouest. » Toujours aussi peu avare de ses efforts, aussi herculéens soient ils, Joyon multiplie ainsi les virements de bords, exercice ô combien physique à bord du géant IDEC, « afin d’appuyer toujours et encore le bateau sur le peu de vent existant, et maintenir une vitesse de progression tantôt à l’est, tantôt au sud. » Il peut en ces heures peu propices à parler record, se féliciter de l’excellent comportement de son plan Cabaret Irens. « Le bateau, plus léger que lors du tour du monde, car mois chargé en nourriture, parcours oblige, me semble plus véloce dans ces zones intermédiaires que nous avons rencontrées depuis le départ. » explique t’il, « Et puis je l’utilise aussi différemment, le poussant peut-être un peu plus que pour un tour du monde où on a plus à l’esprit la nécessité de s’inscrire dans la durée. Ces deux éléments combinés font que je ne m’en sors pas trop mal dans la pétole. »

Au ralenti jusqu’à demain…
Une pétole dont Francis souhaite naturellement s’extraire au plus vite. Il sait devoir patienter au moins jusqu’à demain samedi en milieu de journée. Il accélérera alors aux allures portatives plein est vers la pointe australe de l’Afrique. « A la différence d’un tour du monde, je n’ai pas besoin de plonger radicalement au sud. Je vais rester sur des latitudes intermédiaires et dans des vents forts avec pour stratégie un bon placement lors du passage sous l’Afrique du Sud ». Les échanges téléphoniques avec Jean-Yves Bernot à terre vont bon train ; « Jean-Yves est devenu, au fil de nos courses, un complice avec lequel il est toujours agréable d’échanger, et pas seulement pour quémander de l’info. » L’ordre du jour n’est en effet pas à la cogitation. A 100% de sa forme selon le dernier « check up » effectué par « docteur Joyon », IDEC doit se déhaler, sortir de cette zone bien tristounette que baigne un « crachin breton », et gagner au plus vite les latitudes, les lumières et les flux du Grand Sud.

Repères :
La Mauricienne, record en solitaire France-Ile Maurice
Départ : Port Louis (Bretagne)
Arrivée : Port Louis (Ile Maurice)
Distance orthodromique : 8 000 milles