Le petit journal de Cheminée Poujoulat : Jour 1 à 7

 Jour 1 : ambiance concentration max pour ce départ dans peu de vent et avec beaucoup de public sur l’eau comme à terre ; le cap Fréhel bondé de la route du rhum sera bientôt remplacé par la mythique pointe du Cabellou !

Nous nous sortons en bonne posture de la baie pour attaquer le côtier le long du pays bigouden. Quand nous quittons la terre devant Lesconil nous sommes 3e, en route au 250. Tout allait bien quand l’ordi se met à fumer et sentir le plastique, s’en est fini pour lui, va falloir gérer autrement, du coup on a passé la première nuit à bricoler pour installer l’ordi de spare qui ne fonctionne pas correctement.

Jour 2 : bord de vitesse sous spi pour aller chercher le point d’empannage dans l’ouest et faire route vers le large du cap Finistère. Au contact depuis le départ avec le bernik de nevez (luisina), Cercle vert est désormais revenu au contact, nous sommes 4e en soirée à l’approche du contournement du cap, 50 milles au large pour limiter le dévent. Dans la nuit c’est largue serré dans un vent mollissant, peut-être un peu trop prés du cap et de son dévent. On découvre petit à petit les victuailles du garde manger. Les repas sont préparés dans des sachets journaliers numérotés pour gérer au mieux la durée de la course et les poids embarqués, et oui pas de frigo ni de supermarché sur la route, c’est d’ailleurs le cas pour tout, gasoil, fringues…

Jour 3 : Toujours du largue serré, ça déboule sous petit spi mais la vitesse n’est pas terrible ; les safrans décrochent souvent et on part au tas comme on dit dans le jargon. Europ. assistance et cercle vert nous décrochent un petit peu dans le vent forcissant mais on s’accroche bien et on revient au contact le soir quand ca mollit de nouveau. On est content d’être là au contact des meilleurs pour notre première course ensemble et la première de Bernard en Figaro. Une bulle dépressionnaire sans vent se profile sur la route, il faut dés maintenant se placer pour celle-ci et pour l’anticyclone qui nous concernera plus tard. Dans la nuit cercle vert choisit l’ouest, Poujoulat  le centre et Europ assistance l’est, la vraie course au large est lancée, les concurrents ont disparu autour de nous. Les routages prévoient 10 jours du départ aux canaries, un record de lenteur à ma connaissance.

Jour 4 : Savéol est sous notre vent par le travers à environ 3 milles au lever du jour alors que nous faisons route au sud en bâbord amure, le soir il est 3 milles devant alors que le bateau marche bien, nous n’avons simplement pas les mêmes conditions de vent. Le vent stable nous permet d’utiliser le pilote et de se concentrer sur les réglages. La bulle arrive en début de soirée et il faut la gérer au mieux afin de gagner vite la pression de vent qui revient par le sud. Toute la nuit c’est la bataille dans des vents erratiques et instables.

Jour 5 : Le pointage de 5 h nous confirme nos craintes Savéol s’est barré et possède désormais 11 milles d’avance, la situation devient délicate à gérér dans la journée d’autant que le vent de NE diffère du vent de NO annoncé par les fichiers météo. C’est dans ce contexte que les gars de l’ouest et savéol creusent l’écart alors que nous nous creusons la tête pour savoir quel oiseau de malheur peut apporter un tel vent. On lève la tête et là un rapace paumé au large perché sur notre tête de mât, c’est pas possible, il va nous flinguer notre girouette électronique en plus mille milliards de mille sabord! Les cartes fax auraient peut-être pu nous éclairer sur ce vent mais il faut en faire le deuil suite à nos soucis d’informatique. Par-dessus le marché c’est la croix et la bannière de faire fonctionner l’iridium pour obtenir les fichiers gribs, Bernard y passe souvent 3 bonnes heures de bidouilles diverses pour récupérer 2 pauvres fichiers pas du tout conformes à la réalité en ce qui nous concerne, pas besoin de vous faire un dessin sur le niveau de fatigue et de stress que cela engendre.

Jour 6 : De pire en pire, la pétole, la pétole, la pétole jusqu’en début d’après midi. Et rien à faire pour sortir de là,  Savéol se barre toujours, 88 milles d’avance sur nous malgré la même trajectoire centrée, simplement rageant ! l’après midi le vent revient, on se sent soulagé car ça sent la porte de sortie de cette foutue bande de molle, au portant avec le vent qui rentre régulièrement. Aspect sympa et rassurant de notre métier de navigateur, nous voyons depuis notre départ beaucoup d’animaux de toute sorte : dauphins, baleines, oiseaux, tortues ; et même des oiseaux qui viennent visiter l’intérieur du bateau dans ses moindres recoins.
Moment de détente dans la soirée, on échange en VHF avec Gwen Riou et Eric Péron, l’occasion rêvée de se raconter quelques blagues Bigoudènes dont je vous tairais le contenu ici. 

Jour 7 : c’est la grande glissade sous spi, au moment même où j’écris nous sommes à 450 milles des canaries à la vitesse moyenne de 10-11 nœuds droit vers le but. Nanar est à la barre, il fait bronzer son corps d’athlète avant que la chaleur alizéenne ne nous le proscrive totalement ! Un petit brin de toilette sommaire pour pouvoir se supporter et on va profiter ensemble du thon à l’huile d’olive connétable réservé pour les dimanches de fêtes ! On profite désormais de la vitesse, on fera les comptes sur les concurrents plus tard.

Bonne lecture à tous!

Nanar et Gildas