Les « métres » du temps

Les Voiles de Saint-Tropez – 26 septembre,  4 octobre 2009

Yachting – Voiliers classiques et modernes

10ème anniversaire des Voiles de Saint-Tropez

C’est un spectacle hors norme, hors du temps, et à nul autre pareil qu’ont offert aujourd’hui les 296 voiliers engagés à Saint-Tropez. Sous un chaud soleil, le petit vent de Sud Ouest qui baignait dès le milieu de matinée les côtes Varoises, a eu le bon goût d’investir une grande partie du Golfe. Prompts à réagir, Georges Korhel et toute son équipe de la direction de course se sont empressés de lancer sur trois parcours distincts et parfaitement ventés voiliers Modernes, grands Wally et yachts classiques. Pour leur entrée dans cette semaine de régates festives, les voiliers classiques ont une nouvelle fois participé à enchanter le golfe, cinglant toutes voiles dehors dans une éclatante lumière et sur une eau scintillante de mille feux, sous l’écume des innombrables étraves des embarcations spectateurs. Les duels annoncés ont tenu toutes leurs promesses, chaque voilier dans sa catégorie respective mettant un point d’honneur à donner le meilleur de lui-même et à marquer de son sceau cette exceptionnelle journée de régates…

 

Le vent du large…

Si peu avant 13 heures, le vent sur la ligne de départ des voiliers classiques n’excédait guère les 5 nœuds, il montait régulièrement en pression au fur et à mesure que les voiliers lancés sans coup férir par l’excellent Marc Renoult, sortaient au près légèrement débridé du golfe en direction de la pointe des Issambres. Dans le sillage des petits auriques, puis des petits et grands marconis, s’élançaient les grands auriques. Mariska (Fife 1908), vantée et admirée pour sa première participation aux Voiles depuis sa refonte totale aux chantiers des Charpentiers Réunis de La Ciotat, se montrait à la hauteur des flatteurs qualificatifs dont on l’affuble déjà. Bien dégagée en bout de ligne, le joli côtre prenait rapidement l’avantage et serrait avec élégance un vent allant forcissant. C’est précisément cette montée en pression du flux de Sud Ouest qui allait favoriser le retour des habitués des podiums des Voiles. Moonbeam IV sonnait le réveil des grandes unités et emmenait dans son sillage les grandes goélettes, Elena, Eleonora et le ketch Thendara particulièrement à l’aise, sans oublier  le grand 23 m J Cambria (Fife 1928) toujours prompt à s’envoler dès que le vent tutoie les dix nœuds et plus.

Passée la Sèche à l’huile, bouée cardinale en bordure du golfe, le vent prenait franchement de la droite et c’est très appuyé sur tribord que la flotte partait au large pour un long bord débridé de tous les plaisirs. Chaque voilier était alors au maximum de son potentiel, les équipages concentrés au rappel, barreurs et numéros Uns échangeant malgré le tumulte des vagues écrasées par les lourdes étraves, les informations essentielles aux réglages des voiles intermédiaires, flèche, clinfoc, grand foc, faux foc, petit foc ou misaine… la puissance parlait et livrait un verdict sans appel. L’immense goélette Elena (Herreshoff 1911) plaçait très vite une accélération qui lui donnait une confortable et irrattrapable avance. Elle donnait des idées d’envol débridé à Thendara (Mylne 1937) et à Eleonora  (Herreshoff 1910), sublime de limpidité dans les 12 à 15 nœuds de vent en cours d’établissement au plus haut du parcours.

 Le duel des 15 m

 L’affrontement si attendu et dont on n’a pas fini de parler entre Tuiga (Fife 1909) et son quasi sistership Mariska (Fife 1908) a failli tourner court, le centenaire voilier amiral du yacht Club de Monaco ayant quelque peu manqué son départ, lent à trouver ses marques au bateau comité. Mariska, suivi de près par un autre Fife (Moonbeam IV, Fife 1920) trouvait vite du vent frais et s’échappait un moment dans les petits airs. La course poursuite du cadet (Tuiga numéro de voile D3) derrière l’aîné (Mariska D1) était de toute beauté. La palme revenait à l’expérience et c’est parfaitement réglé dans ses lignes que le skipper Monégasque Bernard d’Alessandri remontait patiemment Bernard Tarrès pour le passer imperceptiblement lors du long bord de largue vers Saint-Tropez et le Portalet.

 

 Au bonheur des Métriques*

Les petits airs du départ et des allures très éloignées du lit du vent ont fait le bonheur des légers et toilés Classes métriques ; 8 m JI, 12 m JI et même 6 m JI ont ainsi tiré le meilleur parti du parcours et des conditions du jour. Le petit coup de pétole sur la lige d’arrivée ajoutait  du piment à la régate, favorisant le retour des lâchés dans la brise, et engageant les équipages dans une bagarre de virement de bord à quelques encablures de la ligne.

 

*Les 5.5mJI, 6 mJI, 8 mJI comme les 12 (Coupe de l’America de 1958 à 1987) et d’autres classes qui n’ont pas perduré, découlent tous de la jauge métrique imaginée en 1906 à Londres. Dès 1907, les plus grands architectes se penchent sur cette jauge et en particulier sur les « Eights » qui, avec leurs quatorze mètres de long, leurs 80 m2 de voilure au près et leurs neuf tonnes, permettent de jouer sur nombre de paramètres pour trouver la bonne équation. Les Ecossais Alfred Mylne et William Fife, les Norvégiens Johan Anker (le père du Dragon) et Bjarne Aas, les Anglais Morgan Giles et Charles Nicholson, l’Américain Olin Stephens, les Français Thierry Guédon, François Camatte, André Mauric… s’essayent sur cette classe olympique de 1908 à 1936 ! À partir de 1958, ce sont les 12mJI qui font le spectacle grâce à leur adoption par la Coupe de l’America et le bois fait place à l’aluminium puis aux matériaux composites (à l’exclusion du carbone).

 Du vent à Lardier

Ils espéraient de l’air, et ils n’ont pas été déçus. Le long parcours (23,7 milles) proposés aux voiliers Modernes a favorisé le déroulement d’une régate spectaculaire et en tous points complète et diversifiée. Bords de près, de largue et de reachings, ont permis aux équipages de passer une large revue de leurs capacités à gérer les mille et une facéties du vent, avant le grand final d’un long sprint de portant sous spis, et l’arrivée jugée comme pour les yachts classiques sous le Portalet. 12 noeuds au départ, et des « baffes » à près de 18 nœuds ont comblé ( et rincé) les régatiers.

 Y3K impitoyable

L’impression de froide puissance et d’absolue maîtrise qu’il déploie sur l’eau se confirme au tableau d’affichage ; le grand Wally de plus de 100 pieds Y3K ne compte pas laisser beaucoup de lauriers à ses concurrents. Il s’est imposé sans contestation aujourd’hui au terme des 23 milles du parcours. Le tout récent Wally 130 fait des merveilles, en vain pourtant, pour lui ravir un peu de sa superbe. Ils laissent tous deux en retrait les deux Wally de 29 mètres Magic Carpet et Open Season.

 Recordmen

Ils sont deux équipiers détenteurs du fabuleux record fraîchement établi sur l’Atlantique Nord entre New-York et Cape Lizard par le maxi-trimaran Banque Populaire IV de Pascal Bidégorry à naviguer aux Voiles. Le Breton Sébastien Audigane, grand barreur devant l’Eternel, et détenteur du record du Tour du monde à la voile avec Orange, navigue sur le magnifique Moonbeam  of Fife. Marcel van Triest, Néerlandais bon teint et navigateur de son état a lui posé son sac sur le grand Wally Open Season. Et puisque l’on parle d’orange et du Tour du Monde, notez aussi que Bruno Peyron navigue sur Lady Trix.

 

4myPlanet, un défi au service de l’environnement, par Alexia Barrier.

Présente comme chaque année aux Voiles, la jeune navigatrice antiboise Alexia Barrier lance un projet original, qui combine ambition sportive, avec une participation au prochain Vendée Globe 2012-2013, et un important volet écolo-pédagogique, par le Ministère de la recherche et des études supérieures en France et le Ministère de l’environnement et du développement durable.

Avec un départ le 10 décembre et des escales sur les 4 continents, Alexia, en véritable ambassadrice de la Principauté de Monaco, portera le message de la préservation des Océans et transformera son voilier (60 pieds IMOCA) en « bateau école », à l’attention des plus jeunes, avec une journée de sensibilisation lors de chacune de ses escales : Cape Town, Sydney, Auckland, Rio et New York. Alexia bénéficie de surcroît du soutien de SAS le Prince Albert II, Président du Yacht Club de Monaco, du Ministère de l’Education Nationale, de la Fondation du Prince Albert II de Monaco, du Musée Océanographique et de l’Institut des énergies atomiques de Monaco (O.N.U.).

Pour cette aventure, et sur les conseils de son chef de projet Lionel Péan, Alexia a choisi le bateau de la célèbre navigatrice Catherine Chabaud, Proform. C’est un 60′ océanique fiable qui sera équipé par les laboratoires pour ce voyage. Le bateau actuellement en Bretagne sera amené à Monaco au mois d’octobre. dans l’optique d’un départ le 10 décembre, tous les systèmes destinés aux recherches scientifiques seront testés. A la fin du tour du monde ce bateau est destiné à être intégré au projet d’une fondation qui est de former les navigatrices et navigateurs éco-responsables de demain.

 Notez aussi…

  Du Mini au Wally

Illustre, et pourtant inconnu. Il arpente en amoureux de la mer et des bateaux les quais de Saint Tropez, et le pont du Wally Génie. Sam Manuard, architecte naval que l’ensemble de la Classe des Minis 6,50 vénère tant ses bateaux ont marqué et continuent de frapper de leur empreinte cette classe unique de bateaux hauturiers, est venu pour le plaisir participer, et pour la première fois, aux Voiles… A l’heure où deux de ses prototypes sont en position de remporter la Transat 6,50, Manuard observe et pratique avec intérêt les grands Wally. Serait c’est le secret de son éclectisme.

  Trophée Rolex : un suivi au jour le jour

C’est une nouveauté de l’édition 2009. Afin de permettre de suivre pendant toute la semaine l’évolution de l’attribution du Trophée Rolex, décerné au meilleur yacht classique de plus de 16 mètres, un classement spécifique sera publié après chaque jour de course. Au terme de l’ensemble des régates, le vainqueur se verra remettre le Trophée Rolex, ainsi que la mythique montre « Submariner ».

 Météo :

Le vent de secteur Ouest Sud Ouest semble se stabiliser en prenant de plus en plus d’ouest  pour une douzaine de nœuds.

 Ils ont dit :

  Philippe Laot, Karenita :

« Nous prenons un départ plutôt laborieux dans les petits airs et nous nous sommes doucement bie remis dans la course, au fur et à mesure que le vent forcissait. Karenita (Alden 1929) se dégageait petit à petit du premier rideau de voile et, en touchant la bascule du vent à droite, entrait dans le régime de vent idéal pour ses potentiels. Nous avons ensuite fait jeu égal avec Stormy Weather et la régate a été de toute beauté. Le final, dans les airs mollissant, a été somptueux puisque les voiliers Modernes, Wally en tête, venaient se mêler à la flotte des classiques sous le Portalet. »

 André Beaufils, Président du Comité d’organisation des Voiles

« Les sourires des équipages à leur rtour à terre est la meilleure récompense pour le travail effectué par nos 130 bénévoles. Le vent est au rendez vous et vient combler de bonheur les amateurs de belles coques et de jolis gréements. Les Voiles de Saint-Tropez millésime 2009 sont lancées sur des bases exceptionnelles… »