Les circuits pros résistent à la crise

Si les professionnels de la voile de compétition comptaient sur l’issue de la 33e America’s Cup pour y voir clair sur la suite du calendrier des régates internationales, on ne peut pas dire que la situation se soit vraiment éclaircie. Au moment de boucler ce numéro de Skippers, nous n’avons en effet toujours pas d’informations sur la 34e édition. Ni le lieu, ni la date, ni le bateau, ni le protocole de l’épreuve à venir n’ont été annoncés et les marins sont donc condamnés à patienter avant de pouvoir s’engager dans un programme de préparation qui tienne compte de cette échéance. 

 

Les circuits professionnels restent pour tous ceux qui gagnent leur vie avec la voile de compétition le meilleur moyen de continuer à naviguer à haut niveau*. Et ce, quel que soit l’avenir de l’Aiguière d’argent. Avec l’approche de la Volvo Ocean Race (automne 2011), l’annonce d’une nouvelle édition de The Race par Bruno Peyron pour l’hiver 2013-2014, le développement du Louis Vuitton Trophy, le Tour de l’Océan Indien, du Golfe Persique et l’arrivée des Multi One Design pour 2012, ce ne sont pas les régates qui manquent et les agendas des navigateurs sont déjà bien chargés. Les principales classes qui fonctionnent sur des programmes annuels – RC44, TP52, eXtreme 40 et autres GP42 – restent donc des références pour 2010 et les meilleurs marins du monde y sont attendus (lire aussi l’article sur le Challenge Julius Baer en page 106). 

 

DHL quitte le navire 

La classe des RC44 développée par Russell Coutts a fait face, fin 2009, au départ de son sponsor principal, DHL. « Il est évident que ce retrait crée un trou fi nancier », explique Bertrand Favre, le série master. Et d’ajouter : « Mais il n’y aura aucun impact sur les aspects sportifs. Nous avons pu boucler notre budget en réduisant quelques postes comme la production TV. » Bertrand Favre mentionne par ailleurs que dans pareille situation, il est plus commode de gérer une classe de propriétaires, car ceux-ci détiennent la capacité financière de faire le joint en cas de besoin. En ce sens, le montant de la cotisation a été multiplié par trois, dans l’attente de trouver un nouveau partenaire. Quoi qu’il en soit, les stars de la voile ne semblent pas s’inquiéter et Jablonski, Cayard, Hutchison ou Davis ont déjà commencé les épreuves à Dubai fin février. Minoprio, vainqueur du World Match Race Tour 2009, est même venu découvrir la série à cette occasion. 

 

Côté multicoque, les eXtreme 40 ont également vu leur sponsor principal, iShares, quitter le circuit européen. Le trader britannique a en effet usé de son droit de retrait 10 jours après la fin de la saison. Plutôt que de renoncer, OC Events, la société de Mark Turner, a fait le choix de produire l’évènement à ses frais, afin conserver un produit opérationnel qui soit à même de motiver les nouveaux investisseurs. Là encore, Gilles Chiorri, responsable de la classe, garantit que les standards resteront identiques aux précédentes années. Il semblerait d’ailleurs qu’une bonne partie des concurrents 2009 – soit Cammas, Guichard, Peyron et Golding – repartent pour un tour. L’information doit cependant encore être confirmée. Le circuit asiatique, qui a emmené six bateaux à Hong Kong, Singapour et Muscat (Moyen-Orient) durant l’hiver 2009-2010, va également être reconduit. Ce dernier reste bien distinct du programme européen, tant sportivement que financièrement. 

 

Audi toujours au poste 

L’Audi MedCup reste donc le seul championnat à conserver son sponsor. Le circuit des TP52 et GP42 affiche, en tout cas dans ses communiqués de presse, une santé resplendissante et parle de 25 millions d’euros de retombées médiatiques. Le constructeur allemand qui est engagé jusqu’à fin 2010 sur l’opération a bien sûr intérêt à valoriser son investissement et évoque même « une réussite économique en temps de crise ». Si la valeur sportive des TP52 ne fait aucun doute, les montants faramineux d’une participation laissent quand même songeur. Bien que des mesures aient été prises pour contrôler les coûts, il est peu probable de voir les demandes d’inscriptions exploser et le nombre de concurrents va rester stable à une dizaine. Un seul bateau neuf est d’ailleurs construit, TeamOrigin, sur un plan Kouyoumdjian (lire son interview en page 30). Toutes les autres équipes se sont juste contentées de modifier leur voilier pour l’adapter à la nouvelle jauge. 

Ce qui est rassurant par rapport à tous les projets évoqués, c’est qu’aucun n’a mis la clé sous la porte. Malgré les difficultés financières qui n’épargnent personne, malgré les incertitudes du calendrier quant à la 34e America’s Cup, la saison 2010 devrait être passionnante, et les marins professionnels de ces circuits semblent encore pour quelque temps à l’abri du chômage technique. 

 

 

* voir Skippers n°34,

les articles et vidéos sur www.skippers.tv