Les nuits sont plus belles que les jours sur l’AtlantiqueTransat

A 2000 milles de l’arrivée à Saint-Barth, la flotte de la dixième Transat AG2R LA MONDIALE poursuit sa cavalcade dans les alizés. Dans des vents de Nord-Nord-Est, autour de 25 noeuds, les nuits de pleine Lune font le bonheur des marins qui, depuis le passage des Canaries, n’ont qu’une idée en tête : jouer la vitesse sur la route des Antilles. L’heure est aussi aux premiers choix et aux paris sur un avenir plus ou moins proche. En tête depuis hier, Armel Le Cléac’h et Fabien Delahaye (Brit Air) impriment toujours le pas, talonnés de près par Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert).

 Saint-Barth, tout le monde descend ! Voilà bien le leitmotiv qui anime les 25 duos de la Transat AG2R LA MONDIALE après quasiment onze jours de course depuis le départ de Concarneau. L’établissement des alizés et la fidélité accordée à leur réputation offre depuis quelques heures un air guilleret, finalement assez proche de la mélodie du bonheur. En tête de la flotte ou un peu en arrière, on fait fi de ses angoisses, de ses espoirs ou de ses déceptions pour quelques heures et on goûte au plaisir immense des surfs atlantiques. L’objectif affiché par tous est clair et consiste à gagner dans le Sud le pus vite possible, histoire de grappiller les milles avant la rupture d’alizés annoncée pour la fin de la semaine. Alors on s’accroche à la barre et on joue la conduite. On s’appuie sur les vagues pour gagner du terrain et faire la différence. Et surtout, on se fait plaisir. La nuit, baignée par la Lune, semble décupler les sensations de plénitude, un peu comme si les navigateurs profitaient du repos des terriens pour s’en donner à coeur joie.

Itinéraires bis

Mais pendant les glissades, la stratégie ne perd bien évidemment pas ses droits. Le trio de tête poursuit son plongeon modéré et gagne en vitesse sur la route, se réservant le droit d’opérer un petit recalage dans le Sud si le vent confirmait la rotation annoncée, comme le confiait tôt ce matin Bertrand de Broc. Désolidarisés du groupe composé par Brit Air, Cercle Vert et Savéol, Jeanne Grégoire et Gérald Véniard (Banque Populaire) font quant à eux le choix d’un investissement sur l’avenir en se décalant dans le Sud de la route des premiers. Accentuant cette tendance depuis la porte des Canaries, Nicolas Troussel et Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne) et Bernard Stamm et Gildas Mahé (Cheminées Poujoulat) y vont franchement de leur option destinée avant tout à aller chercher plus de pression. A 160 milles en latéral des concurrents les plus méridionaux, au Nord, Adrien Hardy et Stanislas Maslard (Agir Recouvrement) ont manifestement décidé d’emprunter un itinéraire bis. Une question se pose alors concernant ceux qui occupent ce matin la cinquième position : que vont-ils chercher ? Jugée osée, voire risquée, leur route réservera-t-elle des surprises ? La suite au prochain épisode. En attendant, tous terminent leur nuit à la barre, font le plein de sensations et finissent par nous laisser penser que leurs nuits sont plus belles que leurs jours…

Au coeur de la course à bord d’Ocean Alchemist

Des rencontres qui se méritent !

 La journée d’hier a été marquée par trois jolies rencontres sur l’Atlantique dans une mer formée, par des vents soutenus à plus de 25 nœuds. Des trois tandems que nous avons accompagnés, sont ressorties de superbes images, des bateaux planant sur la houle, des marins heureux d’être en mer, heureux de vivre ces moments privilégiés à l’abri du monde.

Nous entamons depuis hier soir une remontée vers un groupe au nord emmené ce matin par Joseph Brault et Antoine Koch (Gaspé 7). Toute la nuit durant, le bateau a tapé, le moteur  a rugi et tout ce qui n’est pas arrimé est au sol, à rouler de bâbord à tribord. Les quarts ont alterné toutes les quatre heures, s’étonnant à chaque relève de cette marche si forcée, ne comprenant pas pourquoi Ocean Alchemist luttait ainsi ; à croire que nous étions contre la mer, face à la houle.

Il n’en est rien, nous croisons au 250°, avec un angle favorable, mais le navire s’écrase au pied de chaque vague et la mer balaye une partie de pont et du cockpit arrière, rendant impossible l’ouverture des capots. A bord, c’est une étuve, le bloc moteur à l’avant du navire diffuse vers les cellules arrières ses 80 degrés. Impossible de ventiler pour le moment.

Cette nuit, une fois n’est pas coutume ne sera pas réparatrice.

Au lever du jour, nous naviguerons bord à bord avec Nicolas Lunven et Jean Le Cam (Generali) qui, je suis sûr et certain, seront nous faire oublier cette nuit dantesque.

 

 

Ils ont dit…

Bertrand de Broc – Cercle Vert (2e au classement de 5h)

« Nous avons 25 à 28 nœuds dans la bonne direction avec une mer agitée, ce sont des conditions idéales pour l’instant. C’est plus agréable de barrer sous spi la nuit avec la pleine Lune que la journée. On voit bien les vagues, il fait 20°C, le bateau fait des pointes à 18 nœuds, c’est vraiment très agréable. On n’a pas l’habitude de voir ça souvent.

Avant les Canaries, notre plus gros surf a été de 20 noeuds pendant quelques secondes. Ici ils sont de 17-18 nœuds mais sur plusieurs minutes ! Ce sont des bateaux très vivants et vraiment agréables.

Pour les heures qui viennent, nous n’avons pas envisagé de changer de route. Pour l’instant, nous allons vers le Sud tant que les conditions restent favorables. On surveille en permanence un peu partout : les cartes, la météo, la position des bateaux, pour voir les changements et réagir rapidement. On attend le bon moment pour empanner.

On essaye d’alterner le plus possible, surtout la nuit où nous sommes calés sur des quarts de 2 heures contre 3 heures la journée. Comme les conditions sont bonnes, on en profite pour se reposer et être efficaces.

Lorsque nous sommes éveillés en même temps, nous regardons ensemble les dernières positions et le cap des bateaux, les écarts entre eux et la météo. Brit Air est un concurrent sérieux et un bon cheval qui va vite. Il faut rester dessus pour avancer aussi rapidement donc on fait attention à ne pas les lâcher ! »