Les Suisses sont de la partie

Parti dans une fenêtre météo quasi idéale
les derniers jours de juillet, les deux monstres de course océanique que sont Groupama 3 et Banque Populaire V ont pulvérisé le temps de référence de l’Atlantique Nord à la voile, détenu depuis 2007 par Franck Cammas en 4 jours, 3 heures et 57 minutes. Des marins suisses naviguaient à bord de chacun des bateaux. Yvan Ravussin était en effet chef de quart au côté de Pascal Bidégorry, alors que son frère Stève avait un rôle identique sur Groupama 3. Le Vaudois, Bernard Stamm, opérait également comme barreur sur le trimaran vert et blanc ainsi que Fred Le Peutrec, bien connu sur les rives du Léman puisqu’il mène Smart Home, le D35 de Christian Michel.

Deux approches différentes
Les deux projets concurrents qui se sont affrontés entre le 30 juillet et le 2 août, représentent deux approches différentes particulièrement intéressantes des records océaniques. Il y a d’un côté Groupama 3 : plan VPLP âgé de trois ans, long de 32 mètres, léger (18 tonnes) et mené par l’un des équipages les plus expérimentés du moment, qualifiable de véritable « dream team ». De l’autre, Banque Populaire V, également sur trois coques, issu du même cabinet d’architectes, mais avec 40 mètres de flotteur central et 23 tonnes. À bord, une équipe dont les compétences sont à la hauteur du projet et des exigences d’un skipper professionnel tel que Pascal Bidégorry, mais dans laquelle ne fi gure aucune tête d’affiche de l’univers du multi et de la solitaire. On peut donc relever qu’une approche est axée sur les hommes, celle de Groupama 3 alors que l’autre repose plus sur la performance du matériel, celle de Banque Populaire V. Et si ce dernier s’est imposé sur le trajet de l’Atlantique Nord, il n’est pas exclu que son concurrent sorte ses atouts lors du Trophée Jules Verne qui reste un des objectifs phares de chacun des équipages d’ici la fi n de l’hiver 2010.

Tour du monde versus Atlantique
Après le succès de Banque Populaire V sur l’Atlantique, on pourrait aisément croire que le bateau le plus récent et le plus long possède le meilleur potentiel. Pourtant, les hommes de Franck Cammas se défendent de cette interprétation hâtive. « Groupama 3 n’a pas été conçu pour le record de l’Atlantique », précise Fred Le Peutrec. Ses qualités particulières se situent dans sa capacité à traverser les zones de transition. Et sur un tour du monde, il y en a beaucoup, contrairement à l’Atlantique qui relève plutôt du sprint dans un seul système météo. Stève Ravussin complète le propos de son coéquipier : « Une des forces du bateau, c’est d’être simple et facile à manœuvrer. Sur un tour du monde, ça peut vraiment faire la différence. » Il est vrai que sur Groupama 3, toutes les manœuvres peuvent être réalisées par sept hommes, soit le quart de veille et le quart de pont plus le navigateur. Cette manière de procéder permet de laisser les trois équipiers de quart de sommeil poursuivre leur repos, quoi qu’il arrive. Sur Banque Populaire V par contre, l’ensemble de l’équipage, 13 personnes, est sollicité sur le pont pour les manoeuvres. Ce qui veut dire que les périodes de sommeil peuvent être reconsidérées à tout moment. « Mon frère est rentré crevé de cette traversée, alors que je n’accuse aucune fatigue », commente encore Stève, confirmant le bien-fondé du concept. Yvan ne s’accorde de son côté pas avec cette vision. Pour lui : « L’ergonomie de Banque Popluaire V est bien meilleure que celle de Groupama 3 et permet d’économiser l’équipage. De plus, il est très stable de par sa taille, ce qui limite le stress. Finalement, je ne crois pas que se réveiller pour manœuvrer soit un problème. Nous sommes là pour battre des records, et pas pour rester coucher quand il faut y aller. »

Trophée Jules Verne cet hiver
Les deux équipages s’apprêtent à se lancer à l’assaut du trophée Jules Verne et se mettront en veille dès le mois de novembre pour ce tour du monde par les trois caps. Il leur faudra, pour battre le record, terminer leur circumnavigation en moins de 50 jours, 16 heures et 20 minutes, temps établi par Bruno Peyron sur Orange II en 2005. L’issue de ce prochain défi permettra peut-être de déterminer si le gigantisme l’emporte à tous les coups.