Lionel Lemonchois revient sur sa victoire en Multi50

En passant la ligne d’arrivée en Guadeloupe à 17 heures 52 minutes 48 secondes (heure de Paris), Lionel Lemonchois s’est adjugé la victoire en catégorie Multi50 dans la Route du Rhum – La Banque Postale 2010, après 15 jours 04 heures 50 minutes 48 secondes de course. Une immense satisfaction pour le skipper du trimaran Prince de Bretagne, victime pourtant d’un problème avec son système de lashing le 3 novembre dernier alors qu’il était en tête à 250 milles des côtes espagnoles. Une avarie qui l’avait contraint à faire demi-tour avant de jouer les équilibristes en tête de mât dans des conditions de mer délicates. Vendredi dernier (le 12 novembre), Lionel Lemonchois est parvenu à combler son retard jusqu’à s’installer aux commandes de la flotte et ne plus les lâcher. Le Normand réalise ainsi un magnifique doublé après sa victoire dans la Route du Rhum ?? » La Banque Postale 2006 en classe Orma, édition lors de laquelle il s’est adjugé le record de l’épreuve ?? » aujourd’hui invaincu – en réalisant la traversée entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre en 7 jours 17 heures 19 minutes et 06 secondes. Il devient le premier marin à inscrire son nom au palmarès de l’épreuve dans deux catégories différentes. Chapeau

Il a fallu aller la chercher loin cette victoire ?

« Ce n’était pas évident. J’ai bien cru que ça allait s’arrêter vite après mon problème de système de lashing (survenu le 3 novembre à 250 milles des côtes espagnoles, ndlr) mais après une petite nuit de repos à cogiter, je me suis dit « il faut y aller, il n’y a pas d’autres solutions ». J’ai réfléchi à ce que je pouvais faire. J’ai pensé au nœud de capucin et différentes choses… Je me suis dit que je pouvais peut-être y arriver. Pour moi mais aussi et surtout pour Prince de Bretagne et tous les gens qui me font confiance car arrêter au bout de deux jours alors que j’étais en tête, ça paraissait inconcevable. Je me devais d’essayer de sauver quelque chose. La troisième place au moins. A ce moment-là, je n’avais pas vraiment la haine, plutôt l’envie de monter sur le podium. Il fallait que je rattrape tout le monde. »

Deux favoris, Franck-Yves Escoffier et Yves Le Blévec, ont connu de grosses avaries et ont été contraint d’abandonner…

« C’est sûr, sportivement, ce n’est pas la victoire que j’aurais souhaité mais c’est ça aussi la course. Il faut avant tout finir pour gagner. Le verdict est comme ça, malheureusement. La voile est un sport mécanique. C’est assez triste pour eux mais c’est tant mieux pour moi. »

C’est votre deuxième victoire dans la Route du Rhum – La Banque Postale après celle de 2006. Celle-ci a-t-elle la même saveur que la première ?

« Elle a un joli goût. Peut-être pas exactement le même que la première qui était peut-être plus inattendue…. Je ne sais pas.  C’est une petite revanche sur le destin. »

Un mot sur le bateau dont on ne connaissait, jusqu’ici, pas réellement le potentiel ?
«  C’est un bon bateau. Il va vite. Je suis monté presque à 30 nœuds avec et j’avoue que ça m’a étonné. Je n’ai jamais eu peur. Prince de Bretagne est vraiment un super bateau. J’ai passé tellement d’heures à le repenser puis à imaginer la course et la façon dont ça pouvait se passer. Un bateau, on le modèle à sa main, on lui donne un peu de soi… »

Avez-vous eu peur d’un retour de vos concurrents au sud ?

« Je leur au fermé la porte car vu les conditions météo qu’il y avait, il pouvait se passer n’importe quoi. L’idée était de se positionner pour être tranquille. Sachant que le vent devait prendre de la gauche, je savais que Lalou (Roucayrol) allait devoir me suivre, qu’il allait être obligé de faire la même chose que moi. J’ai assuré ma position sur le plan d’eau, assuré ma place. Je ne pouvais pas me permettre de laisser un trou dans le sud. »

Vous êtes heureux ?
« Evidement… Bien sûr… Je ne réalise pas encore vraiment en fait. Il faut le temps que je me relâche un peu ».

L’accueil à Pointe-à-Pitre ?
«  J’ai été très touché de voir Franck Cammas sur Groupama 3 venir à ma rencontre, quelques milles avant la ligne d’arrivée. J’ai trouvé ça vachement sympa.  Et je suis content qu’il ait gagné. Je trouve qu’il le mérite et il a bien géré sa sacrée machine. Ensuite, à terre, c’était incroyable d’être accueilli par les binious. C’est assez atypique, ça change. Je suis soutenu par des producteurs, des paysans de toute la côte nord bretonne. Les gens de Prince de Bretagne sont hyper motivés, complètement emballés par le projet. C’est notre première course ensemble et elle se solde par une victoire. On est tous un peu euphorique. »