Luminothérapie

– MAPFRE et Virbac Paprec 3 subissent les premiers effets du Pot au Noir
– Hugo Boss retourne sur Port Stanley pour un arrêt technique
– Le reste de la flotte atlantique profite de conditions exceptionnelles
Ce qui est pris n’est plus à prendre. Sur la route du retour, la grande majorité des équipages goûte depuis plus de vingt-quatre heures des conditions idylliques. Navigation au portant, vent modéré, grand soleil, le type même de conditions qui vous lave de toutes les blessures tant morales que physiques, encaissées dans les mers du sud. Seuls Virbac-Paprec 3 et Hugo Boss n’ont pas vraiment de motifs de se réjouir.

A la vacation, ils ont l’air enjoué de gamins en vacances. Les sourires sont de retour et la course, si elle n’a rien perdu de son intensité, a des airs d’aimable régate dominicale au large des côtes brésiliennes. De Renault Z.E. à GAES Centros Auditivos, tous naviguent entre douze et dix-sept nœuds sur une mer assagie et profitent des rayons du soleil retrouvés. On prête aux cures de soleil des vertus essentielles : régénération en vitamines D, diminution du stress, entre autres. S’il n’est pas question de mettre la course entre parenthèses, les belles conditions retrouvées permettent de veiller aux travaux d’entretien du bateau : nettoyage de printemps et bricolage viennent rompre l’éventuelle monotonie du bord. Alex Pella et Pepe Ribes, à bord d’Estrella Damm, ont pu ainsi profiter de ces heures bénies pour monter en tête de mât et remettre en service le hook de trinquette.

Pot d’échappement

Pour Virbac-Paprec 3 et dans une moindre mesure MAPFRE la seule question qui vaille est de trouver la sortie de ce Pot au Noir dans lequel ils viennent d’entrer, avec sous-jacente l’inquiétude que la zone de convergence intertropicale ne se déplace pas vers le nord en même temps que les leaders de la course. Avec le secret espoir pour Iker Martinez et Xabi Fernandez de pouvoir tenter un coup en se démarquant de la route du premier. Duel relancé en tête de course, bagarre au couteau pour la troisième place, la remontée de l’Atlantique offre un menu toujours aussi pimenté. Seules les filles de GAES Centros Auditivos ont perdu leur partenaire de course en la présence d’Hugo Boss. Dee Caffari commençait à être une habituée de ces compagnonnages puisque c’est le même bateau, mené alors par Brian Thompson, qui lui avait soufflé la cinquième place lors du dernier Vendée Globe.

Hugo Boss au travail à Port Stanley

Les demoiselles auraient bien voulu venger l’affront à l’issue d’un duel à la régulière, mais l’équipage d’Hugo Boss, en proie à l’impossibilité de réparer par eux-mêmes les avaries dont ils sont victimes ont choisi de faire escale à Port Stanley. Après avoir mouillé dans le sound Adventure, Andy Meiklejohn et Wouter Verbraak sont repartis sans avoir pu terminer le travail. Les conditions météorologiques défavorables avec du vent dans le nez et la somme des handicaps dont souffre leur monture les a incité après moult hésitations à revenir sur la capitale des Malouines où leur équipe technique devrait les rejoindre.

Plus à l’arrière, Gerard Marin et Ludovic Aglaor (Forum Maritim Catala) ont pu affiner leurs prévisions de passage du cap Horn. Ce devrait être dans la journée du 20 mars, quand Jaume Mumbru et Cali Sanmarti (We Are Water) pourraient franchir le caillou aux abords du 25 du même mois. Pendant ce temps, Central Lechera Asturiana est toujours bloqué à Wellington. Fran Palacio et Juan Merediz risquent, s’ils décident de continuer la course, de repartir de la capitale néo-zélandaise avec un océan de retard sur leur plus proche prédécesseur. A l’approche de l’automne austral, le sujet mérite d’être étudié avec attention.

Classement du 16 mars à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 3322,7 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 323,5 milles du leader

3 RENAULT Z.E à 1300,1 milles

4 NEUTROGENA à 1527,5 milles

5 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1619,7 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2237,9 milles

7 MIRABAUD à 2660,9 milles

8 HUGO BOSS à 3131,1 milles

9 FORUM MARITIM CATALA à 4557,8 milles

10 WE ARE WATER à 6478,1 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 8227,6 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

Ils ont dit :

Alex Pella, Estrella Damm : « On a des conditions fantastiques. On navigue sous spi, grand-voile haute et trinquette. On a réussi à refixer le hook de trinquette hier. Ce n’était pas compliqué, il fallait juste monter dans le mât. On attendait juste d’avoir une mer plus calme pour le faire. Pour nous, c’est très motivant de naviguer bord à bord avec les deux autres bateaux. On attend de voir ce qui va se passer avec Renault ZE, mais on garde espoir.

J’ai beaucoup appris de ce tour du monde : parfois on a fait des erreurs de stratégie ou bien des mauvaises manoeuvres. Il faut faire beaucoup d’efforts pour gagner un dixième de milles mais on peut en perdre cinquante sur une petite faute…

Concernant notre date d’arrivée à Barcelone, il y a encore trop d’incertitudes pour la déterminer avec précision. Il nous reste encore à traverser le Pot au Noir puis à négocier la Méditerranée.»

Jaume Mumbru, We Are Water : « On est en train de sortir de l’influence de la dépression qui nous accompagnait. Hier on a eu 35 à 45 nœuds de vent. Depuis qu’on est entré dans l’océan Indien on a essayé de naviguer prudemment. Notre mât et notre quille ont déjà un tour du monde derrière eux. Le bateau est en bon état et mis à part le problème que nous avons rencontré en mer de Tasmanie, tout va bien. On essaye de ne rien casser d’autre et on est souvent partagé entre pousser le bateau et être prudent. On s’attendait à trouver ces conditions dans le Pacifique mais c’est quand même impressionnant. On a perdu le grand gennaker, mais ce n’est pas trop handicapant dans les mers du sud.»

Ryan Breymaier, Neutrogena : « C’est vrai qu’on est très content de la préparation du bateau et que ça contribue à la place que nous avons maintenant. Avec Alex (Pella), nous nous sommes connus pendant le tour de l’Europe et je sais que ça fait longtemps qu’ils se prépare pour ce tour du monde. Entre nous, c’est à la fois une vraie compétition, mais cela reste amical ce dont je me réjouis. Pour pétré franc, je ne me suis pas vraiment préoccupé de la position de Renault Z.E. Je sais qu’ils sont devant nous, qu’ils vont ralentir, mais on est assez occupé à bord à choisir notre propre route et à conserver l’autre bateau rouge derrière nous. Les conditions de navigations sont excellentes. Ça fait du bien d’avoir quelques jours comme ça après ce que l’on a subi. On devrait juste avoir une petite transition à gérer et ensuite on devrait retrouver les alizés jusqu’au Pot au Noir. En espérant qu’il soit clément avec nous…»