Luna Park

– Statu quo sur la flotte qui bénéficie de conditions stables
– Les équipages retrouvent le plaisir de barrer
– La course en double est l’occasion de confronter des cultures différentes

 

Ce n’est pas encore la grande houle puissante du Pacifique, mais les bateaux profitent des belles conditions sur l’océan Indien pour enquiller des heures de glisse. Soleil, mer belle, vent portant, on en profite pour barrer, faire le plein de grand air. Tous savent que de telles circonstances ne sont pas légion dans les mers australes. Il est donc urgent de profiter des petits plaisirs.

Encore un tour de montagnes russes… Sentir le voilier dévaler les vagues, poussé par la houle, placer l’étrave sur le sommet de la vague pour bénéficier au mieux du planning à venir, jouer avec les déferlantes qui tentent de gravir le tableau arrière. Ces instants –là sont de pur bonheur et valent bien n’importe quelle pomme d’amour ou barbe à papa glanée sur les stands des fêtes foraines. Pas de train fantôme actuellement entre le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Cook, il faudra sûrement attendre de rentrer en mer de Tasman, entre Australie et Nouvelle-Zélande, pour voir des équipages se laisser tenter. Pas de chamboule-tout à attendre non plus du classement ; comme le notait Antonio Piris (Renault ZE), la priorité n’est pas aux coups stratégiques, mais plutôt de veiller à maintenir la vitesse du bateau.

Sans temps mort

A l ‘écoute des vacations avec les concurrents, il apparaît finalement que tous les duos n’ont eu que très peu de plages de repos depuis le départ de Barcelone. Les petits airs de Méditerranée ont mobilisé toute leur attention, l’Atlantique a donné lieu à une formidable bataille tactique où chaque fluctuation de la météo se devait d’être analysée sous peine de perdre le contact avec la tête de flotte. Enfin, l’entrée dans l’océan Indien, soldée par des vents contraires, s’est faite dans un inconfort total entre mouvements du bateau et bruits de la coque en carbone malmenée par les vagues.

Dans ces conditions, il n’est finalement guère étonnant que l’essentiel des temps de repos des navigateurs aient été consacrés prioritairement à la récupération. Ouvrir un livre, si ce n’est l’incontournable recueil de météorologie de Jean-Yves Bernot s’est avéré mission impossible. Ecouter de la musique n’a été qu’un pis-aller pour évacuer la pression et se déconnecter, par écouteurs interposés, des exigences et des angoisses d’une navigation pour le moins brutale.

Petits duels entre amis

Côté course, il semble bien qu’il faudra attendre que la tête de flotte parvienne en mer de Tasman pour espérer des rebondissements. Pour l’heure, la voie semble tracée pour Virbac-Paprec 3 en route vers le détroit de Cook, entre les deux îles de Nouvelle Zélande. Mais les phénomènes météorologiques sont connus pour évoluer très brusquement dans le sud-est de l’Australie. Entre les remontées d’air froid venu des régions polaires et les masses d’air surchauffées au contact du bush australien, les contrastes thermiques sont particulièrement forts et peuvent engendrer des variations climatiques très brutales. Comme le notait Marcel Van Triest, en charge du suivi météorologique de la course : « le passage entre Tasmanie et détroit de Cook peut totalement redistribuer les cartes. Certains équipages peuvent passer sur un bord sans coup férir et, à quelques heures près, d’autres peuvent souffrir mille maux… » Il reste à la flotte à se battre à coup de poignées de milles. Pour MAPFRE, Estrella Damm et Groupe Bel, il s’agit de trouver le bon équilibre pour ne pas puiser dans les réserves tout en gardant le podium à portée d’étrave. Hugo Boss ne désespère pas de remporter son pari de revenir sur les filles de GAES Centros Auditivos et continue d’aligner des journées à plus de 400 milles. Quant à Mirabaud et Neutrogena, ils continuent de se livrer une bataille somptueuse au grand plaisir des deux protagonistes. Les deux voiliers ont navigué à vue pendant quelques heures et correspondent régulièrement par e-mail. Comme le notait Dominique Wavre, disposer dans ces latitudes hostiles d’un camarade de jeu qui offre des repères et permet de savoir, qu’en cas de pépin, un autre équipage navigue à proximité, est à la fois un beau stimulant et un sacré réconfort. Naviguer de conserve rend toujours plus intelligent.

Classement du 6 février à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 14739 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 617,5 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 684,4 milles

4 GROUPE BEL à 757,4 milles

5 RENAULT Z.E à 1005,5 milles

6 MIRABAUD à 1587,4 milles

7 NEUTROGENA à 1589,5 milles

8 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2243,2 milles

9 HUGO BOSS à 2354,4 milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 2937,9 milles

11 WE ARE WATER à 3079,2 milles

12 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 3311,4 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT