Mapfre deuxième de la Barcelona World Race

Ce mardi 5 avril à 11h 17min 35sec heure française, Mapfre a pris la seconde place de la Barcelona World Race. Iker Martinez (33 ans) et Xabi Fernandez (34 ans) auront parcouru ce tour du monde en double en 94 jours, 21 heures, 17 min et 35 secondes, soit 28 759 milles et à la vitesse moyenne de 12,63 nœuds. Les deux champions olympiques signent devant le public espagnol une sacrée performance humaine et sportive, rappelons qu’il y a seulement 14 mois ils naviguaient pour la première fois de leur vie en monocoque de 60 pieds.

 

Premières réactions :

Iker : “Nous sommes dans une situation idéale aujourd’hui ! Il y a 14 mois nous n’étions jamais montés sur un IMOCA et nous ne pouvions pas imaginer ce que nous vivons aujourd’hui. La course était géniale, encore mieux que ce que l’on espérait ! Ce matin, ce projet s’arrête, mais dans le futur nous aimerions revenir sur ce circuit, nous pouvons tout imaginer désormais ! Nous avons énormément appris, jour après jour. Si l’on revient une autre fois, on pourra faire mieux encore ! »

Xabi : « Ces 94 jours de course ont paru éternels. Si on me disait que la course a duré 105 jours je le croirais tout autant ! On a fait une très belle régate et accompli un rêve. On a profité énormément et l’on n’a pas eu de mauvais moments, si ce n’est la nuit avant le Passage du Horn, où l’on a traversé une terrible tempête avec 40 à 50 noeuds de vent. »

Iker Martínez et Xabi Fernández, révélations de la Barcelona World Race

« Ce sont des compétiteurs terribles. C’est incroyable la vitesse à laquelle ils ont navigué ». L’hommage est de Loïck Peyron alors que moins de dix milles séparait à cet instant dans le Pacifique Sud Virbac-Paprec 3 de MAPFRE. Une réflexion toute autant révélatrice du talent des deux navigateurs que de la surprise de la part de certains habitués des courses en solitaire ou en double de les voir à si belle fête. Iker Martinez et Xabi Fernandez, le temps d’un tour du monde, sont entrés de plain pied dans la cour des grands.

Pour autant, les deux navigateurs basques arrivaient avec un sérieux bagage au départ de cette deuxième édition du tour du monde en double. Double médaillés olympiques d’or à Athènes en 2004 et d’argent à Pékin en 2008, Iker et Xabi avaient aussi l’expérience de deux tours du monde en équipage lors de la Volvo Ocean Race. Lors de la dernière édition, à bord de Telefonica Azul, ils signent même un podium et plusieurs victoires d’étapes. Après avoir remporté une nouvelle médaille d’or aux Championnats du Monde de 49er, ils décident de mettre tous les atouts de leur côté pour se lancer dans une nouvelle aventure dans la continuité de leur duo d’inséparables : la Barcelona World Race.

Le joyau de Michel Desjoyeaux.

MAPFRE n’est autre que l’ex Foncia, l’IMOCA avec lequel Michel Desjoyeaux remporte brillamment le Vendée Globe 2008. Michel navigue même avec Iker et Xabi sur la quatrième étape du tour d’Espagne, la Vuelta a España a Vela, la première épreuve de leur programme de préparation pour la Barcelona World Race. Le navigateur français a été une pièce maîtresse dans leur entraînement comme en témoignait Iker : « La connaissance de Michel sur son bateau est incroyable. C’est normal, car il l’a conçu, mais c’est impressionnant comment il connaît chacun de ses secrets. C’est un navigateur incroyable et cela va être un privilège de compter sur lui sur le Tour de l’Espagne. »

De derrière à devant, sans arrêt ni défaillance

Iker Martínez et Xabi Fernández ont débuté la Barcelona World Race dans le peloton de tête jusqu’à Gibraltar, détroit où s’est jouée la première option tactique. Naviguer vers le Nord, le long des côtes espagnoles, ou faire du Sud proche de la côte africaine. Virbac-Paprec 3 prenait l’option Sud, MAPFRE la Nord. La Sud était gagnante, le bateau espagnol perdait 180 milles et franchissait le détroit de Gibraltar le 5 janvier en 8e position. Le 8 janvier, au Nord des Iles Canaries, ils reprennent la 5e place dans le groupe de chasse composé de Président, Groupe Bel et Neutrogena.

Voler dans les alizés

Au Sud des archipels des Canaries, avec les alizés établis, MAPFRE allongeait la foulée avec une moyenne entre deux classements de 21 noeuds. Ce fut la première démonstration des capacités d’Iker Martínez et Xabi Fernández à pousser leur monocoque à vitesse élevée sur une longue période. Ces excès de vitesse permettent à MAPFRE de revenir sur Mirabaud puis Groupe Bel, Neutrogena et Président. Seuls les deux leaders français et Estrella Damm réussissent à suivre le rythme imposé par les deux Champions Olympiques. Le 13 janvier, à l’équateur, MAPFRE coupe l’Équateur avec 160 milles de retard sur FONCIA, alors leader, qui annonçait, avec surprise, son arrêt technique à Recife pour réparer le bris de sa crashbox. Peu de temps après, Virbac-Paprec 3 décidait à son tour de faire cap vers le Brésil suite à une avarie de barre d’écoute. Avec cet arrêt au stand des deux bateaux français, Estrella Damm prend la tête de la Barcelona World Race suivi par MAPFRE.

Indécision à Saint Hélène

Deux options s’ouvrent avec l’anticyclone de Sainte Hélène qui s’étend sur l’Atlantique Sud : naviguer le long des côtes brésiliennes dans du vent frais, mais rallonger la route orthodromique ou couper l’anticyclone et raccourcir la distance vers Bonne Espérance. Foncia et Virbac-Paprec 3 choisissent la première après avoir quitté Recife. Estrella Damm et Groupe Bel restent sur une route plus classique. Le 18 janvier MAPFRE entre en mode invisible pour cacher son jeu à ses petits camarades. L’idée première était de rejoindre les côtes brésiliennes pour profiter de vent plus fort, mais les prévisions météo à long terme annonçaient un retour difficile sur la flotte. Pris entre deux feux, Iker Martínez et Xabi Fernández sont obligés de naviguer entre les deux groupes. À l’Est celui du peloton mené par Estrella Damm et à l’Ouest, proche des côtes sud-américaines, celui de Virbac-Paprec 3 et Foncia. Au fur et à mesure que passent les jours, les deux équipages français réussissent à filer entre les mailles du filet tendu par l’anticyclone de Sté Hélène et naviguent rapidement en direction de l’Océan Indien. Le 20 janvier Foncia reprend la tête à Estrella Damm et le 22 janvier Virbac-Paprec 3 bat le record de distance sur 24 heures.

Second, à la lutte contre Estrella Damm, à l’entrée de l’Indien

Le 24 janvier MAPFRE prend l’avantage au classement sur Estrella Damm. Alors troisièmes, Iker Martínez et Xabi Fernández s’emparent de la seconde place le 26 janvier suite au démâtage de Foncia, 540 milles derrière Virbac-Paprec 3 et 187 milles devant Estrella Damm. À 18 900 milles théoriques de Barcelone, cette seconde place ne sera plus jamais quittée.

Le 29 janvier, quand MAPFRE double le cap de Bonne Espérance, Virbac-Paprec 3 dispose d’une avance de 730 milles et Estrella Damm est revenu à 40 milles dans leur sillage. Pendant la première partie de l’Indien, MAPFRE récupère presque 300 milles sur le leader, mais, le 3 février, en cinq jours, Virbac-Paprec 3 remet un confortable matelas de 780 milles avec son plus proche concurrent. C’est la distance la plus grande qui a séparé les deux prétendants au podium. La raison de ce coup d’élastique sera bien cachée par Iker Martínez et Xabi Fernández qui avouaient un peu plus tard, dans une visioconférence laconique, le bris d’une partie de leur dérive. Mais à force de caractère et de persévérance, les deux médaillés olympiques réussissent l’exploit, en pleine mer et avec les moyens du bord, de réparer la dérive et repartent de plus belle à l’entrée de la mer de Tasmanie.

La grande remontée du Pacifique

Dans le détroit de Cook la course a pris un nouveau tournant. Le 16 février, Virbac-Paprec 3 s’arrête à Wellington pour réparer et écope d’une pénalité de 48 heures. Lorsque le bateau bleu repart, MAPFRE n’est plus qu’à 150 milles du leader. Estrella Damm et Groupe Bel arrivent dans le détroit deux jours plus tard et font tous deux escale. Ils repartiront avec 600 milles de retard.

Dans la première moitié du Pacifique, Iker Martínez et Xabi Fernández réalisent une remontée exceptionnelle et récupèrent, en cinq jours, 140 milles sur Virbac-Paprec 3. Au milieu du Pacifique les deux bateaux ne sont séparés que de 8,3 milles. Le leader réagit et c’est avec 140 milles de retard que MAPFRE double le Cap Horn le 3 mars à 15h40. Cette belle traversée leur permet d’empocher le Trophée Paficique avec un temps canon de 12 jours, 8 heures et 20 minutes, soit 40 heures de moins que le précédent temps de référence.

Peu d’options en Atlantique

La remontée de l’Atlantique se joue sur un problème de drisses qui oblige Iker Martínez et Xabi Fernández à s’arrêter, une fois le Cap Horn passé, à l’embouchure du canal de Beagle. Une fois le problème résolu, MAPFRE repart avec 220 milles de retard. Un gouffre difficile à combler dans l’Atlantique. La remontée de cet océan se joue sur un air d’accordéon entre MAPFRE et Virbac-Paprec 3. L’anticyclone de Sainte Hélène joue les arbitres et à l’entrée du Pot au Noir, Iker Martínez et Xabi Fernández sont revenus à 111 milles du futur vainqueur de la Barcelona World Race. Une lutte au sommet s’annonçait. Mais l’anticyclone des Açores en décidait autrement.

Le 25 mars de nouvelles options tactiques devaient être décidées. Coup sur coup les deux leaders rentraient en Mode Invisible. 36 heures plus tard, c’est Virbac-Paprec 3 qui sort vainqueur de ce match à l’aveugle. Le 1er avril le duo français franchissait Gibraltar à 15h35. Trente heures plus tard et avec 250 milles de retard, c’est au tour d’Iker Martínez et Xabi Fernández de rentrer dans la Grande Bleue. La messe était dite.

Délivrance en Méditerranée

Si Virbac-Paprec 3 n’a plus qu’à gérer son avance jusqu’à Barcelone, Iker Martínez et Xabi Fernández doivent faire face, non seulement aux aléas de la Méditerranée, mais à un manque de nourriture et de gasoil. Privés d’énergie et de nourriture au large de Majorque, les dernières 24 heures ont été un véritable sprint pour la délivrance.