Match-racing suisse, quel avenir ?

Le team Monnin a réalisé une superbe performance début octobre en terminant l’Argo Group Gold Cup des Bermudes en quatrième position, juste derrière Ainslie, Minoprio et Williams. L’équipage Swiss Matchrace Team a démontré qu’il était capable du meilleur, surtout après la contreperformance de St. Moritz, en septembre, où les Suisses n’avaient remporté que deux matchs lors du « round robin ». Ce résultat bermudien semblait par ailleurs prometteur à la veille du Bentley Genève Match-Race qui s’est déroulé fi n octobre. Les Monnin n’ont malheureusement pas retrouvé le feu sacré sur le Léman et terminent leur saison sur une déception. L’irrégularité de leurs classements rappelle, même si les prouesses ponctuelles sont une réalité qu’il faut saluer, que le matchracing suisse a encore du chemin à faire.

Peu de clubs engagés
Un petit retour en arrière peut peut-être nous aider à comprendre pourquoi cette discipline n’a pas encore acquis de réel statut chez nous, alors qu’elle fait fureur chez plusieurs de nos voisins. Les précurseurs ont commencé à s’intéresser au match-racing plusieurs années avant la naissance du Défi suisse pour l’America’s Cup. Jean-Marc Monnard puis Michel Vaucher ont été les premiers à pratiquer ce jeu avec méthode. Ils ont travaillé ses spécifi cités, formé leurs équipages et participé à des évènements internationaux. Malgré ces débuts prometteurs, les clubs n’ont pas su proposer de compétitions, peut-être effrayés par une organisation exigeante qui requiert des compétences rares.

Au début des années 2000, alors qu’Alinghi lance son défi , le sponsor principal du syndicat d’Ernesto Bertarelli met en place l’UBS Alinghi Swiss Tour pour donner de la visibilité à son engagement. Plusieurs jeunes talents ont profi té de cette occasion pour se démarquer, mais à part Jean-Claude Monnin et son frère Éric, actuellement 31e du classement mondial ISAF, aucun n’a réellement poursuivi dans cette voie. Ce dernier considère que « ces rencontres étaient surtout une belle occasion pour les régatiers suisses de se mesurer une fois par an au team Alinghi. Mais aucun d’entre eux ne s’est investi outre-mesure en dehors du Tour ». Le projet a pourtant continué d’exister pour devenir aujourd’hui le SUI Match-Race Tour, qui compte cinq régates (Lugano, Grandson, Zug, Romanshorn et Zürich) et se déroule sous l’égide de Swiss Sailing. La fédération n’y investit toutefois pas de trop gros moyens, ayant choisi de privilégier l’olympisme.

Un manque évident d’infrastructures
Les principales lacunes du SUI Match-Race Tour se situent surtout au niveau des équipages. Ceux-ci sont en effet presque toujours différents pour chaque régate, aucun n’a du coup la possibilité de progresser au fi l de la saison. Etienne Huter, match-racer, mais également responsable des sponsors et des évènements auprès de Swiss Sailing, reconnaît ce problème et assure que cette problématique a été prise en compte dans la mise en place de la saison 2010. Le manque d’infrastructures est aussi une difficulté, au regard des questions d’organisations. « Si nous devions espérer quelque chose, ce serait d’avoir la possibilité de matcher de manière simple sur tous les lacs », explique Éric Monnin. Et de poursuivre : « Il faudrait bien sûr des sparing partners. » Deux conditions qui vont de paires, mais qui ne sont que rarement réunies. Le projet mOcean, présenté précédemment dans Skippers pourrait bien résoudre une partie du problème, avec une fl otte de bateaux identiques et disponibles dans toute la Suisse.
Marc Bouet, entraîneur de l’équipe de France de match-racing, qui compte quatre barreurs dans les onze meilleurs mondiaux, estime quant à lui que les choses peuvent changer rapidement, à l’image de ce qui s’est passé en France. Le match-race n’existait pas il y a 25 ans, raconte-t-il. Aujourd’hui, la Fédération a créé une section et une équipe avec un encadrement important. Parallèlement, avec les différents projets de coupe que nous avons vécus depuis vingt ans, plusieurs bases se sont mises en place, facilitant l’accès à la discipline. » L’ancien sélectionné olympique précise par ailleurs que l’investissement d’un sponsor, AREVA en l’occurrence, spécifiquement dans le match-race, facilite bien sûr les choses.
Une discipline complémentaire pour l’élite
Nathalie Brugger, 6e en Laser à Qingdao et en lice pour les JO de Londres, a participé à son premier match à Genève cet automne. Selon elle, « le match-racing peut vraiment apporter quelque chose dans le cadre d’une préparation olympique, surtout avec le système de medal race qui nous impose de marquer des concurrents spécifiques dans certaines situations ». Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Flavio Marazzi et Enrico de Maria y viennent également quand ils le peuvent.
Éric Monnin qui s’est interrogé sur les facteurs favorisant le match-race au niveau d’une nation, a constaté que les pays qui organisent le plus de compétitions, même si ce sont des grades 3 ou 4, sont souvent les plus performants au niveau des équipes. Le secret de la recette se trouve peut-être là, même si les facteurs sont de toutes évidences multiples. L’investissement des clubs, le développement d’infrastructures, la formation de comité et de jury compétents doivent se mettre en place. Trop de navigateurs talentueux sont en effet attirés par le match-racing, mais renoncent face au peu d’attractivité qu’il présente aujourd’hui.