Mini Transat : le ministe à surveiller

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Un beau projet Mini fignolé sur deux ans avec un bateau performant, ça donne… le Shaman – Banque du Léman de Valentin Gautier qui était au départ de la dernière Mini Transat, le 1er octobre à La Rochelle. Nous l’avons rencontré à la fin de l’été.

Mini-Transat1En presque deux ans de préparation sur son Pogo 3, Valentin Gautier est passé par tous les caps : des top 10 en veux-tu en voilà, des avaries en série (bout dehors qui l’abandonne, une bastaque qui lâche, collision maladroite à l’entraînement), un dos qui se bloque en course et une flamboyante victoire sur la Pornichet Select en avril dernier. Ses résultats réguliers et sa préparation peaufinée sur deux ans en font aujourd’hui un outsider de la prochaine Mini Transat.
C’est lors du convoyage retour du Class40 Teamwork en 2015, quelque part entre Salvador de Bahia et les Bermudes, que Valentin a eu sa confirmation : le large il aime ça, il peut en faire son métier. Deux ans plus tard, le voilà sur le point de rendre les clefs de son appartement de Commugny (VD) pour s’installer à Lorient, près de son Shaman. Son sponsor principal, la Banque du Léman, a même signé un contrat pérennisant son aventure sur le circuit Mini jusqu’en 2019. Alors qu’il s’apprête à prendre le départ de sa première Transat, le Genevois peut envisager l’avenir sereinement et naviguer sans pression superflue, juste ce qu’il lui faut pour pousser au maximum son potentiel. Et du potentiel, il en a… En seulement un an et demi de préparation, Valentin est sorti de l’anonymat pour devenir un espoir de la course au large suisse.

Mini-Transat4Tout sauf la compétition

La voile, Valentin est tombé dedans étant petit. Avec deux parents moniteurs de voile, le bateau fut l’un de ses premiers berceaux. Pourtant, rien ne le prédestinait à faire de la compétition : « Mes parents m’ont inscrit dans une école privée qui ne distribuait pas de notes. La compétition était un sujet tabou à la maison, mes parents avaient une sorte d’aversion philosophique pour ce concept. Aujourd’hui, ça ne les empêche pas d’être mes plus grands fans ! » raconte Valentin pour expliquer pourquoi il n’a pas emprunté le chemin classique des régatiers, biberonnés à l’Optimist et au Laser. Et de poursuivre : « J’ai toujours eu la compétition en moi, j’ai grandi avec la presse nautique, les récits de course, l’univers de la course au large me faisait rêver ». Lui-même a eu le temps de s’interroger sur les raisons de son engagement, car il est vrai que naviguer en solitaire permet aussi l’introspection : « À première vue, vouloir aller plus vite que les autres à bord d’un bateau, c’est un problème d’ego, c’est complètement absurde. Ma meilleure réponse est qu’au final, la confrontation permet d’atteindre des limites que l’on n’aurait jamais connues autrement », résume le skipper de tout juste 30 printemps. Un compétiteur dans l’âme, mais pas forcément un homme d’équipage. En autodidacte qu’il est, Valentin préfère les courses en formation réduite … deux sur un bateau c’est déjà beaucoup ! Il commence pourtant à s’impliquer au Centre d’Entraînement à la Régate de Genève il y a six ans pour s’aguerrir et profite des Surprise de l’association pour se préparer à des régates comme la Translémanique en Solitaire ou les 5 Jours. Fin 2015, il se lance et revient du chantier Pogo Structures avec un bateau.

Mini-Transat2Être le moins mauvais

Ce n’est pas par hasard si le circuit Mini est une porte d’entrée vers la voile professionnelle. Toutes les contraintes d’un grand projet doivent être gérées à l’échelle 1/6.50 : communication, comptabilité, préparation, logistique, etc. Ça tombe bien, Valentin fait partie de cette catégorie rare que sont les touche-à-tout. En effet, la polyvalence est une qualité indispensable pour mener un projet Mini de bout en bout : « Je ne pense pas être très bon dans un domaine en particulier, avoue volontiers Valentin. Je ne suis pas un excellent régatier ni un très bon communicant. Mais un bon skipper est à mon sens quelqu’un qui arrive à être le moins mauvais dans tous les domaines ». Une démarche quasi schizophrène qui oblige le marin à enfiler les habits tantôt du VRP, tantôt du communicant, sans jamais négliger l’aspect sportif. Pour le reste, météo, électronique, nutrition, sommeil, médical, etc. Valentin a comme beaucoup de navigateurs recours à l’association Lorient Grand Large. Ce pôle de course soutenu par l’agglomération lorientaise attire dans son giron tout un écosystème de compétiteurs qui génère une véritable émulation au sein de la flotte : « Avec le Pogo 3, il y avait beaucoup de choses à apprendre. C’est un nouveau bateau, on connaissait mal les polaires de vitesse, les angles, les cross-over. On a énormément travaillé dessus cet hiver avec les cinq ou six Pogo 3 qui s’entraînaient à Lorient et je pense qu’on a vraiment fait évoluer la flotte », assure Valentin. Avec un Mini de série moderne qu’il a largement eu le temps de découvrir dans ses moindres recoins, Valentin peut espérer se battre au sein du paquet de tête de cette transat : « Je vais clairement plus vite que les autres sur certaines allures, même si je mets parfois un peu de temps à raccrocher mes vitesses cibles », confesse-t-il. Enfin, Valentin dispose d’un atout qu’il pourrait bien sortir de sa manche si les conditions météo sont en sa faveur : un code 5, une voile d’avant typée pour le reaching, qui pourrait faire mal dans la descente vers les Canaries, où s’avérer bien utile pour réduire la toile par gros temps dans l’Atlantique.


Mini-transat3Quatre Suisses au départ

En plus de Valentin, trois autres compatriotes s’aligneront sur la ligne de départ à La Rochelle. Simon Koster (qu’on ne présente plus) prendra le départ de sa troisième Mini Transat. Son proto Eight Cube n’est plus équipé de foils, mais de dérives droites et son dernier test lors de la Transgascogne a bien fonctionné puisqu’il a terminé deuxième derrière l’imbattable Griffon ! Ensuite, Yann Burkhalter a repris le Mini Nacira ayant appartenu à Justine Mettraux et Patrick Girod. Un peu daté, il sera difficile de venir concurrencer les étraves arrondies des premiers, mais il espère tout de même rentrer dans le premier tiers de la flotte. Pour finir, le Grison Marcel Schwager entre dans la course avec un projet 100 % amateur, mais non moins courageux !