Mirabaud, journal de bord du mardi 15 mars 2011

Un routage très particulier

Le météorologue Marcel Van Triest gère désormais la destinée du Mirabaud depuis son bureau à Barcelone ; c’est lui qui indique à Dominique et Michèle quel cap tenir et même quand enclencher leur moteur.

Il nous explique que « le Mirabaud a franchi hier une sacrée dépression, avec des vents de plus de 40 noeuds et des vagues déferlantes. Peu après le démâtage, je leur ai conseillé d’enclencher leur moteur et de faire route au nord-ouest afin de s’écarter du centre de la dépression. Maintenant que le plus gros de la tempête est passé, la priorité est d’éteindre leur moteur et d’économiser le fuel au maximum. La situation est complexe : il leur reste suffisamment d’essence pour parcourir 80 milles nautiques ; or ils ont encore bien 500 milles à franchir pour toucher la côte. Ils ont en revanche besoin d’énergie – donc de fuel – pour produire de l’eau douce et pour enclencher leurs instruments de bord, notamment pour pouvoir communiquer avec la terre. »

« Mon objectif prioritaire est de garantir leur sécurité. Il faut donc éviter le plus gros des dépressions, et se diriger dans la bonne direction. L’objectif n’est pas d’aller le plus vite possible, mais bien de se diriger au bon endroit en anticipant les variations du vent. Je leur ai donc recommandé de faire le plus possible de nord dans un premier temps. Car dès jeudi, ils vont devoir affronter une nouvelle dépression et il faut qu’ils soient bien positionnés pour l’affronter. Ils pourront ensuite mettre le cap sur leur destination finale, qui n’est pas encore définie. Mais Bahia Blanca ou Mar de Plata semblent de bonnes options à ce stade. »

« La priorité du moment est donc de préserver le fuel. En se rapprochant des côtes, ils auront peutêtre la chance de rencontrer un pêcheur qui acceptera de leur vendre de l’essence, mais encore faut-il qu’ils aient suffisamment de cash avec eux ; ça, je l’ignore… »

« Au bout du compte, tout dépendra de l’efficacité du gréement de fortune qu’ils parviendront à établir. Car s’ils avancent à 3 noeuds ou à 6 noeuds, cela change tout pour moi en termes de routage… Mais une fois encore, le but n’est pas d’aller vite mais bien d’aller au bon endroit. Je pense dès lors qu’ils pourraient toucher terre au plus tôt en début de semaine prochaine selon l’évolution de la météo. »

« Pas de place pour les émotions »

Contacté hier en fin de journée, Dominique Wavre confie qu’il continue à fonctionner, tout comme Michèle, à la force de l’adrénaline.

« Nous n’avons pas eu le temps de réfléchir à notre sort, et de laisser libre cours à nos émotions. Car depuis notre retrait forcé de la Barcelona World Race, nous avons été très occupés par les opérations nécessaires pour remettre le voilier en état de route, la planification du gréement de fortune et le travail nécessaire pour nous permettre de supporter sans dommages le gros coup de tabac que nous avons traversé hier. »

« Durant cette dépression, les mouvements du voilier étaient très brusques en raison de l’absence de gréement ; il y avait même un risque réel d’être roulés par une vague. Mais cela n’a heureusement pas été le cas et nous avons été agréablement surpris par la stabilité du voilier dans ces circonstances.»

Les coéquipiers du Mirabaud ont été unanimement salués pour leur rapidité d’action, leur courage et la justesse de leurs choix en situation de crise. « C’est vrai que nous avons réagi d’une façon très froide et pragmatique », commente Dom. « La nécessité fait loi ; on n’a pas vraiment eu le temps de se poser trente-six questions; il fallait juste agir, vite et bien. »

La priorité à bord du Mirabaud est désormais de préserver le peu d’énergie disponible à bord.

« Nous nous éclairons à l’aide de lampes à dynamo, la plupart de nos instruments de route sont éteints et nous faisons très attention à notre consommation d’eau. »

D’après les estimations du moment, le Mirabaud devrait toucher terre dans un laps de temps compris entre huit et quinze jours ; une situation que les réserves du bord permettent d’appréhender. « Michèle va aussi beaucoup mieux qu’il y a encore une semaine. Elle m’a beaucoup aidé lors du démâtage ; elle était à 100% à mes côtés et elle est actuellement comme moi : totalement accaparée par les travaux nécessaires pour ramener le Mirabaud à bon port. »