Mirabaud, journal de bord du mardi 25 janvier 2011

On prend les mêmes et on recommence

L’Océan Atlantique est impitoyable avec l’équipage du Mirabaud, et il manque franchement d’humour. Troisièmes à 200 milles des leaders en fin de semaine passée, Dominique Wavre et Michèle Paret ont brutalement rétrogradé à la septième place, comptabilisant soudain près de 800 milles de retard, soit trois journées de navigation.

Alors que le Virbac Paprec de Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron établissait en fin de semaine un nouveau record de distance parcourue en vingt-quatre heures (516 milles soit 21 noeuds de moyenne), le Mirabaud et ses plus proches concurrents demeuraient englués dans une zone de calmes.

Selon le site Internet officiel de la course, « le plus grand perdant de cette progression par à-coups est sans conteste Mirabaud : Dominique Wavre et Michèle Paret ont vu des bateaux les contourner à moins d’une vingtaine de milles à plus de six noeuds quand eux n’apercevaient aucune ride sur l’eau ! » Frustrant…

Autant dire que Dominique et Michèle ont dû puiser dans leurs ressources pour supporter cette maudite « bulle anticyclonique », comme la nomment les météorologues. « Pour ne pas nous faire trop de mal, on a arrêté de regarder les positions des autres voiliers », nous confiait hier Dominique, un brin désabusé. « On s’est concentré sur nos réglages et sur la marche du bateau, on a fait le dos rond. Mais c’est bien la pire situation que l’on puisse imaginer pour un régatier et nous avons un peu le moral dans les chaussettes. Heureusement nous sommes désormais repartis et ça nous donne un peu d’oxygène et le sourire, mais en regardant les positions nous sommes complètement frustrés du temps que nous avons perdu ! »

Gare à la glace

Le parcours de la Barcelona World Race a été modifié récemment afin de garantir la sécurité des équipages et de les maintenir aussi éloignés que possible des glaces dérivantes, nombreuses en cet été austral.

Ainsi, une plaque de glace se détachant de la banquise peut atteindre des dimensions colossales (plusieurs millions de km², soit quelques centaines de milliards de tonnes). Elle mettra ensuite au moins une saison pour se désintégrer totalement sous l’effet de l’érosion. Or une grosse tempête comme celle qui passe actuellement sur les Cinquantièmes Hurlants est un facteur conséquent de fractures, de désintégration et donc de dispersion de la glace en plus petits morceaux…

C’est avec une attention soutenue que la Direction de Course de la Barcelona World Race suit l’évolution météorologique et le déplacement des icebergs repérés, (et donc les growlers associés qui se déplacent plus vite que les gros blocs) car ils peuvent parcourir plus d’une vingtaine de milles par jour lorsque la mer se creuse sous l’influence d’un fort coup de vent…

Une nouvelle dimension

L’arrivée dans le Sud coïncide avec un nouveau mode de vie et de nouvelles habitudes. Pour l’heure, la température est encore agréable, mais un changement radical s’annonce.

« Nous commençons à empiler les couches, Michèle est en polaire à la barre. Le soleil s’est entièrement caché et le vent est relativement frais. Côté nourriture, nous avons entamé un nouveau sac qui est plus consistant que le précédent, avec des plats plus costauds mais c’est paradoxal car nous sommes encore dans la pétole et nous avons déjà de la nourriture des Quarantièmes Rugissants, donc nous voyons bien que cette Barcelona World Race a pris du retard. Le bateau a tous ses moyens et nous aussi, ce qui nous manque c’est le petit pic de réussite. Ce que nous apprennent les anticyclones, c’est qu’il faut vivre au jour le jour car nous sommes prisonniers des conditions météo aléatoires, que nous ne contrôlons pas.»