Mirabaud, journal de bord du mardi 8 février 2011

Des conditions « paradisiaques »

Le Mirabaud navigue actuellement dans l’une des régions les plus inaccessibles de la planète, à environ 4’000 kilomètres de l’Afrique du sud et 2’500 de l’Australie. Les îles les plus proches sont les Terres australes françaises, parmi lesquelles les îles Kerguelen, à environ 700 kilomètres dans le sud-ouest… Autant dire qu’il n’y a pas grand monde dans les parages, ce qui n’affecte aucunement l’équipage du Mirabaud.

« Le soleil brille de tous ses feux, il y a vingt noeuds de vent dans la bonne direction, la mer est superbe et tout se passe bien à bord ; les conditions sont tout simplement paradisiaques », raconte Dominique Wavre.« Nous avons vécu une nuit mouvementée ; il n’y avait quasiment pas de lune et nous avancions très vite, c’était chaud ! Mais nous sommes ravis de constater ce matin que nous avons creusé l’écart sur notre concurrent Neutrogena. »

Seul bémol à ce tableau idyllique, le Mirabaud se dirige une nouvelle fois en direction du nord, afin de franchir la « Porte d’Amsterdam », qu’il atteindra dans quelques heures. Or, il y a évidemment un gros anticyclone au niveau de cette porte. « Le vent va progressivement baisser ces prochaines heures, et nous allons perdre un peu de terrain sur les leaders. On va même brièvement se retrouver dans une zone de « pétole » totale. Puis nous allons re-plonger en direction du sud et le vent va revenir de derrière. »

Après avoir navigué dans des conditions difficiles ces derniers jours, Dominique et Michèle profitent des conditions relativement clémentes du moment pour se reposer et pour faire de la maintenance. « Nous avons toute la toile dessus mais le pilote tient bien. Nous avons bien dormi et nous profitons de cette brève accalmie pour réparer de petites bricoles. Mais d’une façon générale le bateau est en bon état. »

Gare aux icebergs

Les portes anti glace mises en place par les organisateurs sont très contraignantes d’un point de vue stratégique, mais leur raison d’être est parfaitement légitime.

« La nuit passée, nous avons dû modifier notre route afin d’éviter un iceberg », raconte Dominique. « Nous ne l’avons pas vu, mais il y avait une tache suspecte sur notre radar, à une vingtaine de milles. Nous avons décidé de jouer la carte de la prudence et de l’éviter franchement. »

D’autres équipages ont effectué un choix similaire, parmi lesquels Pepe Ribes et Alex Pella, sur Estrella Damm, qui ont également modifié leur route pour éviter un iceberg et, surtout, les growlers qui les accompagnent, ces morceaux pouvant peser plusieurs tonnes et dont seule une petite partie émerge, ce qui les rend indétectables par les radars. « La température de l’eau est anormalement élevée », note aussi Dominique. « Elle est à environ 14 degrés. » Ce qui ne fait qu’accentuer le démantèlement des icebergs et rendre leurs abords plus dangereux.

Pas de privations à bord du Mirabaud

Dominique et Michèle se sont parfaitement adaptés à la nourriture lyophilisée qui constitue désormais leur lot quotidien.

« Nous commençons par faire bouillir de l’eau après l’avoir désalinisée. Puis nous nous ouvrons un sachet de nourriture et y mettons une partie de l’eau – nous gardons le reste pour faire un café après le repas. Ensuite on referme le sachet et on attend un moment avant de « passer à table ». Dans la mesure du possible, nous mangeons ensemble », précise Dominique. « Nous nous asseyons par terre, à l’intérieur du bateau, et nous passons un bref moment de convivialité. Nous en profitons pour papoter un peu, ou pour parler de la stratégie de course. En général, nos repas durent une dizaine de minutes. Nous savons que nous n’aurons pas de rab en fin de course, et que nous ne devons pas exagérer sur les quantités. Mais nous mangeons à notre faim et nos stocks sont sous contrôle grâce à l’excellente planification de Magali. »