Mirabaud, journal de bord du mercredi 23 mars 2011

A l’heure des bilans

Dominique Wavre et Michèle Paret sont désormais reposés et douchés, Dominique a consommé une dose de steaks argentins proportionnelle au manque de nourriture fraîche dont il a pâti depuis le 31 décembre ; c’est désormais l’heure des premiers bilans.

Avec, pour commencer, une mise au point : « Depuis notre arrivée à Mar del Plata nous avons été accaparés par les tâches administratives et douanières et par le rapatriement du bateau ; nous n’avons donc pas encore vraiment eu le temps de faire le point. Mais c’est clair que nous avons aussi beaucoup repensé à ces trois derniers mois. »

Premier enseignement, le Mirabaud a été dans le coup du premier au dernier jour et il était en lutte pour une place sur le podium lorsque son espar s’est brisé. Ses co-skippers n’ont jamais relâché la pression, et ils ont tout donné dans un contexte parfois difficile. « La situation de cette course était très particulière », confirme Dominique. « Il y a eu, pour nous, des événements bien précis qui ont joué un rôle sur l’ensemble de la régate. D’une façon générale, je pense que nous avons bien navigué. Je n’ai pas beaucoup de regrets au niveau de nos options stratégiques et nous sommes aussi parvenus à préserver le bateau en très bon état en vue de la remontée de l’Atlantique et du sprint final à destination de Barcelone. Mais il y a aussi eu des péripéties qui nous ont beaucoup affectés, à commencer par le contrôle douanier au large du Maroc. Puis il y a eu l’anticyclone de Sainte-Hélène, dans lequel nous sommes tout simplement arrivés au mauvais moment ; nous ne pouvions pas y faire grand-chose. Ensuite il y a eu ces portes destinées à nous protéger des glaces dérivantes, dans lesquelles nous sommes souvent arrivés au moment où un anticyclone se formait ; c’était une vraie autoroute péage, dénuée d’options stratégiques. Nous y avons vraiment manqué de chance. Enfin, il y a eu les soucis de santé de Michèle, qui nous ont forcés à lever le pied, puis le démâtage alors que Michèle était en train de retrouver tous ses moyens et que notre voilier était en parfait état… »

« Tout cela est un peu frustrant, mais je garderai surtout le souvenir d’une belle course, durant laquelle nous sommes sans cesse restés dans le coup et à l’occasion de laquelle nous avons aussi eu beaucoup de plaisir. Et avec Michèle aussi, notre complicité et notre solidarité n’a jamais été aussi forte. Enfin, le Mirabaud a prouvé qu’il était un excellent voilier, très rapide dans certaines circonstances et polyvalent. »

Un retour à terre serein

L’atterrissage forcé des marins hauturiers à Mar del Plata s’est bien passé compte tenu des circonstances.

« Le comité d’accueil était très sympa, avec des amis, des médias que nous connaissons bien et surtout la marine argentine qui a été formidable avec nous », raconte Dominique. « Tout cela nous a beaucoup aidé à bien passer ce moment délicat. Par ailleurs, Michèle va beaucoup mieux et elle semble s’être bien remise de ses ennuis de santé. Elle va évidemment effectuer un bilan de santé complet, mais nous préférons attendre d’être de retour en Europe ; elle ira chez son médecin traitant habituel mais nous ne ressentons pas d’urgence d’organiser ça ici en Argentine. Ensuite, il nous faudra planifier la suite, la commande d’un nouveau mât en vue de la Transat Jacques Vabre et l’avenir d’une façon générale, mais nous n’en sommes pas encore là. Notre préoccupation du moment est de rapatrier le Mirabaud en Europe de la meilleure façon possible. »