Mirabaud, journal de bord du vendredi 11 février 2011

Docteur Dom ou mister Wavre ?

Ces derniers jours, le Mirabaud a creusé une avance de 100 milles sur son poursuivant direct Neutrogena et repris 200 milles depuis le début de la semaine au 5ème, Renault Z.E.. Groupe Bel a quant à lui annoncé une probable escale en Nouvelle-Zélande (synonyme de pénalité de 48 heures), tandis que Mapfre a subi
une casse de dérive. Il reste donc de belles opportunités, que les marins comptent bien saisir.

Dominique confirme : « L’équipage se porte bien et le bateau est en bon état. Il n’est pas question d’un arrêt en Nouvelle-Zélande pour nous. »

Le moral est donc au beau fixe et Michèle nous envoie le message suivant : « Il est 14h et le soleil vient de nous de nous quitter. Il est prévu qu’il revienne après les huit heures d’une nuit noire, froide, humide, sans étoiles ni lune. Nous caressons actuellement le dos d’une dépression qui passe dans notre Sud, avec une bonne moyenne à la clé mais pas vraiment de surfs endiablés, quoiqu’au moment où je vous parle nous venons de passer la barre des 21 noeuds !

Le vent est régulier, pas de grains, pas de manoeuvres à faire en catastrophe, le rythme des quart s’installe tranquillement pour la nuit. On attend une bascule du vent, avec peut-être un empannage à la clé… on verra… Pour le moment je surveille les compteurs, le pilote barre à merveille dans ces conditions et mon co-équipier préféré est tombé dans les bras de Morphée pour les trois heures a venir. La routine quoi ! Aujourd’hui les conditions relativement confortables nous ont permis de prendre soin de nous, et de nous octroyer un peu de sommeil en rab, c’était bien venu, mais aussi un peu de «toilettage» avec en option pour Dom le rasage d’une portion de visage que j’évalue à environ un quart… Autant dire que nous sommes bien loin du compte ! Le manque de mousse à raser serait en partie responsable ! Bref on verra pour le reste du visage plus tard, mais cela ne va pas être facile de tomber raccord !

Pour l’instant, moi en tout cas ça me fait bien rire ! Selon son profil j’ai affaire à docteur Dom ou mister Wavre ! »

Vivement la douche !

Le Mirabaud est une « coquille vide » à l’intérieur de laquelle on ne trouve que des éléments indispensables tels qu’une table à cartes, des écrans d’ordinateur, un petit réchaud à gaz et des espaces de rangement pour les victuailles et quelques outils. Les toilettes consistent en un seau et on peut toujours s’amuser à chercher un lavabo…

« C’est vrai que l’hygiène n’est pas au coeur de nos préoccupations », précise Dominique. « On se débrouille comme on peut, avec des lingettes humides. Et j’espère qu’on aura l’occasion de prendre une douche en mer de Tasmanie, si ça se réchauffe suffisamment. Mais pour l’heure on ne quitte quasiment pas nos fourrures polaires et nos cirés. Ça fait aussi une bonne semaine que je ne me suis pas rasé. Je n’ai simplement pas eu le temps… »

« On vit à l’heure Suisse »

La gestion des horaires n’est pas évidente lors d’un tour du monde puisque le voilier se décale en longitude au fil des milles, franchissant du même coup les fuseaux horaires. Afin d’y remédier, Dominique et Michèle disposent de plusieurs horloges à bord du Mirabaud.

« La plus importante, et celle à laquelle nous nous fions en priorité, c’est notre horloge biologique », explique Dominique. « Lorsque le jour se couche, on ressent naturellement plus de fatigue. Nous récupérons aussi mieux des heures de sommeil prises de nuit que de jour. Les repas suivent aussi ce rythme biologique. Le matin, on préfère prendre du porridge et du café que du poulet au curry… En revanche, nous vivons à l’heure Suisse pour tout le reste, les communications téléphoniques, les interviews, les vacations radio avec les organisateurs de la course. Nous essayons de nous rappeler que lorsqu’il est neuf heures du matin pour nous il est deux heures du matin en Europe… »