Mirabaud, journal de bord du vendredi 14 janvier 2011

Et maintenant, place à l’hémisphère sud !

Le Mirabaud a franchi hier soir l’Equateur et navigue désormais dans l’hémisphère sud après avoir franchi ces derniers jours le redouté Pot au Noir ; la zone géographique qui sépare les alizés du nord-est et ceux du sud-est.

Nous sommes passés sans encombres, et nous n’avons quasiment pas ralenti jusqu’à la nuit passée », raconte Dominique Wavre. « Pendant deux jours, le ciel était gris, laiteux et carrément plombé. Il y a eu quelques grains avec de fortes averses, mais le vent ne s’est jamais complètement arrêté. Nous pensions être passés, mais en ce moment c’est le calme plat…»

Les deux voiliers en tête de la course, Virbac Paprec et Foncia, ont été les premiers à subir le coup de frein lié à la baisse du vent ; raison pourlaquelle les écarts ont beaucoup diminué depuisle début de la semaine. Mais ils ont aussi été les premiers à toucher le « nouveau vent » et à redécoller. Ainsi, les écarts se creusent à nouveau depuis hier soir, ce qui est logique. Mais ces deux voiliers vont faire escale à Récife, au Brésil (cf cidessous) et la hiérarchie en tête de la course va donc être chamboulée.

« La régate est absolument passionnante », raconte Dominique avec beaucoup d’enthousiasme. « Il y a un groupe de sept leaders en tête de la régate, très proches en distance ; c’est beaucoup compte tenu du nombre de jours decourse et ça rend la compétition encore plus intéressante. Mais je ne suis pas étonné par cette situation car le niveau est très élevé. »

Le bateau qui chante

Une course autour du monde telle que la Barcelona World Race se joue sur la stratégie et la vitesse, mais aussi sur la gestion du matériel et des avaries, inévitables.

Ainsi, un concurrent a déjà été contraint à l’abandon (Président, de Jean Le Cam) tandis que les deux leaders – Michel Desjoyeaux / François Gabart et Jean-Pierre Dick / Loïck Peyron vont devoir faire escale au Brésil pour réparer respectivement leur étrave et leur rail de chariot de grand-voile. Les autres concurrents ont aussi leurs petits ou grands soucis, parfois exprimés et d’autres fois jalousement tenus secrets…

Le Mirabaud, lui, se porte bien même s’il n’est pas épargné par les soucis. Ainsi, par vent medium, le Mirabaud chante ; dans la brise et à haute vitesse, il hurle ! « Il y a une vibration dans le safran », raconte Dominique. « C’est un vrai problème, qui nous préoccupe car la vibration est pénible à supporter physiquement ; la barre vibre très fort et le son est parfois à la limite du supportable. Par ailleurs, la vibration signifie une perte d’énergie. C’est hélas un problème que nous n’avons pas pu totalement résoudre avant le départ, et qui est insoluble en mer ; nous devons donc vivre avec.»

Par ailleurs, l’une des voiles d’avant, le gennaker, est passé à la mer en début de semaine suite à la rupture de l’estrope – la ligature – qui lui permettait de rester à poste. « C’est une voile dont nous avons un grand besoin », raconte Dominique. « Nous l’utilisons dans une large gamme de vents et d’angles, et c’est donc très pénalisant de ne pas l’avoir. C’est pour nous une priorité de la réparer, mais pour cela il nous faut une mer plate car nous devons l’étaler sur le pont. Or, nous faisons tout pour éviter les mers plates… »

Gare à Sainte-Hélène !

La prochaine difficulté qui se dressera devant les étraves du Mirabaud est le contournement de l’anticyclone de Sainte Hélène.

Situé au large de l’Afrique du Sud, ce dernier contraint les voiliers naviguant autour du monde (les clippers de la Route du Thé au XIXè et les concurrents de la Barcelona World Race aujourd’hui) à effectuer un grand détour ; raison pour laquelle ils se dirigent actuellement en direction du Brésil au lieu de mettre le cap sur Cape Town.

Dans l’hémisphère sud, les anticyclones tournent en effet dans le sens inverse à celui des aiguilles d’une montre (alors que l’eau du lavabo s’écoule en tournant dans l’autre sens…). Afin d’éviter les vents faibles et contraires, les concurrents font donc le tour de cet anticyclone, plongeant jusque au trentième parallèle, voire même jusqu’aux quarantièmes rugissants avant d’incurver leur route à l’est, ce qu’ils anticipent dès aujourd’hui mais qu’ils ne feront que d’ici quelques jours.