Mirabaud, journal de bord du vendredi 25 février 2011

C’est reparti comme en 2010 !

Le franchissement du détroit de Cook a resserré la flotte et généré une forme de nouveau départ. Ainsi, à l’exception des deux leaders – échappés à plus de 1000 milles – les poursuivants se battent dans un mouchoir de poche (de 600 milles tout de même).

« Cela ne change pas grand-chose pour nous », raconte Dominique. Nous sommes de toute façon à fond avec les conditions du moment.»

Michèle Paret, elle, a bien récupéré de ses ennuis de santé recontrés lors de la traversée de l’océan Indien. « Une fois n’est pas coutume, je me retrouve devant le clavier sans ma lampe frontale puisqu’il fait jour », raconte-t-elle. « Peut-être est-ce le changement de longitude qui bouscule mes petites habitudes ! Nous avons franchi l’antiméridien, et son passage génère toujours de profondes réflexions et une petite désorganisation, contrôlée je vous rassure, dans la gestion de nos diverses horloges et calendriers du bord qu’il faut impérativement mettre à jour, sous peine d’être décalé avec le monde entier !

Dans ce cas si la fatigue s’en mêle, et que la logique de la situation n’apparait pas avec une extrême évidence, une seule solution : le recours au GPS ! Un petit contrôle juste histoire de vérifier que les polarités dans le cerveau ont bien été inversées et que désormais au lieu d’avoir 12 heures d’avance nous en comptons 12 de retard avec Barcelone.

La couleur de la carte postale de ce 25 février est à dominante gris clair. Dans un vent mollissant de Sud-Ouest, Mirabaud se repose. Le pilote le dirige sur un rail, et nous, nous dirigeons le pilote avec nos index. Vous l’aurez compris, cette situation n’est pas des plus stressantes, ni fatigantes, sauf peut-être pour nos pauvres index ! Elle nous permet de prendre un repos salutaire en ce milieu de parcours, et d’engranger des heures de sommeil sans coup férir, preuve que nos organismes en ont besoin.

Nous surveillons toujours le cyclone Atu, en descente vers le Sud. Mirabaud devrait s’en extirper en passant légèrement en avant de sa trajectoire, dans ce cas nous aurons des vents forts mais maniables. Par contre sur notre route se présente à nouveau une zone de hautes pressions… Nous espérons ne pas trop y ralentir, auquel cas nous devrions alors revoir nos plans… »

Dominique et Michèle au régime !

« Petite visite impromptue ce matin dans notre « garde-manger » afin de compter le nombre de sacs de nourriture », raconte Michèle. « Cela n’aura pas pris beaucoup de temps puisqu’il n’en reste que 5, soit de quoi tenir 5 semaines…

Nous avons largement consommé plus de la moitié, et le mot d’ordre désormais est : aucun gaspillage ! En résumé nous revoilà à l’heure du «tu finis ta soupe » de notre enfance, en évitant surtout de penser aux bons petits plats que mijote maman !

Même si la rumeur nous a prêté des intentions de le faire, il n’a jamais été question de s’arrêter à Wellington pour ravitailler. Les rations étant comptées assez larges, nous tâcherons de jouer les fourmis et de dégager un petit surplus que nous mettrons de côté au fil des jours. Je sais que nous disposons également à bord d’un sac «d’urgence alimentaire ». Léger, mais conséquent, il devrait nous permettre de revenir au pays (sous réserve que les anticyclones nous laissent un peu tranquilles) sans avoir à manger des algues ! (à moins bien sûr qu’il n’y est du fer dans les algues !!).

Dommage collatéral

Le Mirabaud devait être photographié et filmé sous toutes ses coutures lors du franchissement du détroit de Cook. Un hélicoptère spécial avait été affrété, et un photographe de mer éprouvé devait prendre place à bord.

Or, le tremblement de terre qui a secoué le sud de la Nouvelle-Zélande est venu bouleverser ces projets. L’hélicoptère prévu a en effet été réquisitionné afin de porter assistance aux habitants de Christchurch, et la seule photo du Mirabaud passant au large de Wellington a été prise par le pilote d’hélicoptère Dave Greenberg qui, lorsqu’il volait vers Christchurch pour aller chercher des blessés et les transporter à Wellington, a réussi à faire cette photo du Mirabaud et à nous l’envoyer. Prochaine tentative au Cap Horn si la trajectoire du Mirabaud – et son heure de passage – le permettent.