Mirabaud, journal de bord du vendredi 28 janvier 2011

Cap sur l’océan Indien

Le Mirabaud aborde désormais l‘océan Indien après 27 jours en Méditerranée et en Atlantique, et au terme d’une première partie de course relativement lente.

Les vitesses moyennes ont considérablement augmenté ces derniers jours, mais les prévisions pour l’ensemble du parcours – évidemment aléatoires à ce stade précoce – demeurent lentes puisque le parcours a été modifié en raison des glaces dérivantes, très basses en latitude (jusqu’au 44°S et parfois moins). Ainsi, les navigateurs ne peuvent pas toujours profiter du puissant train de dépressions qui court le long du 50°S.

« Il ne fait pas froid ; je dirais même qu’il fait bon avec une température qui avoisine les 15 degrés », commente Dominique. « Physiquement, tout va bien et nous assurons les manoeuvres sans soucis malgré des conditions parfois assez dures. Le bateau est aussi en parfait état et nous sommes au sommet de notre potentiel pour attaquer les mers du sud. »

Ces prochaines heures, le peloton va profiter du ralentissement du leader Virbac-Paprec 3, qui s’enfonce lentement dans une zone de transition modérément animée. Et pour une fois, c’est le groupe central qui est le grand bénéficiaire de cette situation atmosphérique.

Le parcours inhabituellement « nord » des « tourdumondistes » a aussi des conséquences sur leur lien avec la faune marine. « On a aperçu les premiers albatros, de même que des pétrels. Mais la plupart des albatros sont plus au sud, et ils ne restent pas vraiment jouer avec nous car ils aiment avoir beaucoup de vent pour planer le long des vagues. Ils nous manquent un peu. »

Le jeu de L’accordéon

Largement en tête de la course, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron sont actuellement ralentis par un anticyclone tandis que leurs poursuivants cravachent et comblent une partie de leur retard.

« C’est un juste retour des choses », commente Dominique. « Mais ça ne va hélas pas durer. Nous sommes en effet forcés de naviguer dans un étroit couloir, qui se situe au nord des puissants vents d’ouest et souvent à la limite des anticyclones qui sévissent plus au nord. Nous faisons notre route indépendamment des autres équipages, car nous ne sommes en général pas dans les mêmes systèmes météo qu’eux. Mais nous sommes néanmoins forcés de suivre plus ou moins les mêmes options et il n’y a pas vraiment de coups stratégiques à jouer. Nous sommes très limités à ce niveau par les contraintes imposées par l’organisation et il va régulièrement y avoir des coups de frein puis d’accélérateur. L’accordéon, c’est la musique que nous allons entendre à travers tout l’océan Indien. »

Pas de rationnement, mais attention

Dominique et Michèle affirmaient avant le départ avoir emporté pour 90 jours de provisions, c’est-à-dire le strict minimum afin de bénéficier d’un voilier aussi léger que possible. La semaine passée, alors que le Mirabaud était scotché dans l’anticyclone de Sainte Hélène sous une température de 25 degrés, Dominique et Michèle ont entamé leurs premières rations estampillées « grand sud », avec une nourriture plus riche destinée à leur permettre de mieux supporter le froid et la fatigue. « Pour l’instant, nous n’avons pas de soucis au niveau des quantités de nourriture embarquée. Je pense que nous commencerons à sérieusement évaluer nos stocks lorsque nous passerons le Cap Horn et qu’il ne nous restera plus que la remontée de l’Atlantique à négocier. C’est à ce stade seulement que nous envisagerons de nous rationner au cas où nous sommes en retard par rapport aux prévisions initiales. »