Neutrogena boucle son tour du monde en cinquième position

 

Ryan Breymaier et Boris Herrmann ont mis 100jours 03heures 13minutes 25secondes
GAES Centros Auditivos attendu dans la journée de mardi

 

Navigation précise, maîtrise technique, sérénité affichée, l’équipage de Neutrogena a surpris plus d’un observateur par la constance de ses performances. Ryan Breymaier et Boris Herrmann ont affiché une tranquillité de vieux baroudeurs dans le tour du monde, signe qu’un projet bien construit peut se révéler gagnant dès la première fois.

Pour gagner, encore faut-il arriver… mais il faut aussi savoir appuyer sur l’accélérateur dans les moments cruciaux, faire preuve d’audace au moment opportun. C’est à cette aune qu’il faut mesurer la performance de Neutrogena. Deux équipiers, l’un totalement bizuth autour du monde, l’autre n’ayant qu’une connaissance diablement limitée du 60 pieds IMOCA, deux des navigateurs les plus jeunes de cette Barcelona World Race, un bateau qui, sur le papier, n’est plus en mesure de rivaliser avec les engins de dernière génération. Cela faisait beaucoup d’arguments objectifs pour reléguer, dans les prévisions, Neutrogena dans le ventre mou du classement. Mais c’était oublier que les deux gaillards avaient quelques armes secrètes à fourbir le moment venu.

Une préparation exemplaire

L’association de Ryan et Boris, sans être une évidence au départ, avait le mérite d’une recherche intelligente de complémentarité. Ryan, préparateur au sein de Kairos, la structure montée par Roland Jourdain pour piloter des projets IMOCA, connaissait son bateau sur le bout des doigts. Déjà recherché pour ses talents de technicien depuis plusieurs années, il avait intégré le team Kairos pour préparer le Vendée Globe 2008-2009 de Roland Jourdain. Sur son « vieux » bateau, Bilou avait été le dernier à tenir tête à Michel Desjoyeaux avant que la rencontre avec un cétacé ne mette fin prématurément à sa course. Ryan, non content d’avoir préparé le bateau, ajoutait à son expérience, un tour de l’Europe comme équipier. Boris Herrmann venu quant à lui du monde de la Mini-Transat, pouvait se prévaloir d’un tour du monde victorieux en Class 40, la Portimao Global Ocean Race. Sous l’égide de Kairos, pouvait se mettre en place un projet cohérent où les deux navigateurs allaient pouvoir faire leurs armes avec l’aide de l’expérience de Roland Jourdain.

Une montée en puissance

La sortie de Méditerranée débute sous des auspices plutôt favorables puisque très vite, les deux navigateurs sont dans le coup. Au point de briguer pendant quelques heures la troisième place avant que, dans les petits airs de la sortie de Gibraltar, ils ne paient leur déficit de vitesse par rapport aux bateaux de nouvelle génération. Ils sortent finalement en cinquième position, mais ils ont à leurs trousses, une meute d’affamés décidés à ne pas s’en laisser conter par ces petits jeunes sur leur vieille machine. Mais Boris et Ryan résistent : s’ils rétrogradent au classement en septième position, ils ne se laissent pas décrocher et restent au contact de concurrents beaucoup plus huppés. Le 5 février, lors d’une manœuvre, leur gennaker passe à l’eau. En plein océan Indien, ils font demi tour après avoir affalé leurs voiles de portant, retombe sur la position de l’incident et retrouvent leur voile grâce à une colonie d’albatros qui a élu domicile dessus.

Mais surtout, la remontée de l’Indien est marquée par le duel qu’ils livrent à Mirabaud. Commence à poindre l’idée que ces deux gaillards sont plus solides qu’ils n’en ont l’air. Au sud de Hobart, Neutrogena finit par griller la politesse à l’équipage franco-suisse et s’empare de la sixième place.

Pacifique express et rencontre surprise

Le passage du détroit de Cook à vitesse supersonique permet au duo germano-américain de s’emparer de la quatrième place aux dépends d’Estrella Damm et Groupe Bel. Le génie mécanique de Ryan doit s’exprimer pleinement quand il s’agit de s’attaquer à la réparation des hydrogénérateurs. Ils ne savent pas encore, qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines. Quelques jours plus tard, avant d’aborder le cap Horn, c’est leur vérin de quille qui donne des signes de faiblesse. Les deux navigateurs ne peuvent plus donner toute la puissance de leur plan Lombard et doivent se résoudre à lever un peu le pied. Juste avant le Horn, c’est un gros coup de tabac qui les secoue avec des rafales à plus de 60 noeuds.

Le passage du cap Horn est magique : beau temps, lumière comme seules les latitudes australes peuvent en fournir et pour couronner le tout, rencontre insensée avec Thomas Coville qui, sur son trimaran, tente de battre le record du tour du monde en solitaire. Quelques instants durant, les deux bateaux naviguent bord à bord avec le gros caillou en toile de fond.

Tenir

Mais dès le lendemain, le 9 mars, Neutrogena doit s’arrêter dans une baie sous le vent de la Terre de Feu. L’équipage a rompu son étai et doit effectuer une réparation dans des eaux abritées. Au mouillage, les deux navigateurs entament une réparation express avant de repartir, le mors aux dents. Quand Mirabaud démâte, ils se retrouvent en quatrième position. Mais derrière eux, Estrella Damm pointe le bout de l’étrave. L’ancien bateau de Jean-Pierre Dick est déjà plus puissant que la monture de Ryan et Boris, de plus les deux jeunes navigateurs ne peuvent utiliser que 70% du potentiel de leur quille basculante. Dans les alizés de l’hémisphère sud, la lutte est inégale et Neutrogena doit bientôt rendre les armes. Il reste une cinquième place à préserver forts de leur avance conséquente sur Dee Caffari et Anna Corbella. Le passage du Pot au Noir est un enfer pour Boris, décidément plus à l’aise sous les frimas que dans les grosses chaleurs. Il leur reste encore un océan à remonter, toujours au près pour parvenir à Gibraltar.

Le détroit est franchi le 7 mars : il reste alors 500 milles à Ryan et Boris pour commencer à savourer cette cinquième place qui vient récompenser un parcours exemplaire.

Classement du 10 avril à 16 heures (TU+2) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 en 93j 22h 20mn 36s

2 MAPFRE en 94j 21h 17mn 35s

3 RENAULT Z.E en 97j 18h 47mn 36s

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team en 98j 20h 45mn 59s

5 NEUTROGENA en xxj yyh zzmn wws

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 333,1 milles de l’arrivée

7 HUGO BOSS à 1838,2 milles

8 FORUM MARITIM CATALA 2433,1 milles

9 WE ARE WATER à 4913,5 milles

10CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 10778,8 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

ABN MIRABAUD

Ils ont dit :
Ryan Breymaier, Neutrogena

« Quand on a eu notre problème de quille, notre première pensée a été : la course est finie. Et ce n’était pas vraiment quelque chose à quoi nous étions préparés et on ne peut pas dire que ça nous intéressait spécialement. Le fait de constater que l’on pouvait quand la basculer jusqu’à 75% de son potentiel ou quelque chose comme ça, nous est apparu non pas comme un miracle mais comme une sacrée chance, malgré tout. Cet incident et sa conclusion nous ont vraiment motivés pour continuer et voir comment on pouvait s’adapter à cette situation. Notre objectif était vraiment de faire le tour du monde sans arrêt technique, on voulait juste le faire le plus proprement possible pour que nos amis, notre équipe, nos partenaires soient fiers de nous. Il fallait juste que l’on puisse se dire que nous avions fait du mieux que nous pouvions que tout le monde sache que nous avions été au bout de ce que nous pouvions faire…»

Boris Hermann, Neutrogena

« Pour moi, le souvenir le plus marquant sera la bagarre quasiment en match-racing avec Mirabaud dans l’océan Indien. A chaque classement, les distances variaient un peu en faveur de l’un ou de l’autre. Je me souviens d’un jour où l’on pouvait les voir à l’œil nu, peut-être à quatre milles de nous. On naviguait les deux bateaux avec une voilure très réduite en fonçant dans une mer forte. Alors nous nous sommes dit : « OK, on les a rattrapés, on peut larguer un ris. On l’a largué et on a commencé à faire des pointes jusqu’à 33 nœuds, le moment le plus rapide de la course, c’était là. Au pointage suivant, on avait 10 milles d’avance. C’était vraiment très intense ….»