Nicolas Lunven (Generali) remporte la Transat Bénodet -Martinique

 

En coupant la ligne d’arrivée à Fort-de-France à 13h 05min 05 sec (heure locale) soit 19h 05min 05sec (heure de Paris), Nicolas Lunven (Generali) a remporté la première édition de la Transat Bénodet – Martinique au terme d’un final qu’on avait rarement connu aussi haletant et sujet à rebondissements. Avec une moyenne de presque 9 noeuds entre la Bretagne et l’île antillaise, les Figaro Bénéteau 2 fait toute la démonstration de leur potentiel et les marins celle de leur ténacité. Partis de Bénodet le 10 avril dernier pour 3 474 milles d’une course au large, il aura fallu attendre les ultimes milles pour connaitre le nom du vainqueur. Deux ans après sa victoire sur la Solitaire du Figaro, le marin de Vannes signe donc une nouvelle victoire sur une épreuve majeure du circuit et s’impose définitivement comme un grand, un très grand marin.

 

Jusqu’au bout, jusqu’à l’atterrissage sur la Martinique ils seront restés au contact. Cinq marins pour un sacre, quatre hommes et une femme qui se vouent autant de respect à terre qu’en mer. Il aura finalement fallu l’arbitrage d’un dernier grain pour établir un ordre qui, s’il a forcément beaucoup d’importance pour les intéressés, prend presque des airs d’anecdote pour le grand public tant ces cinq solitaires nous ont tenu en haleine et ont su partager leurs émotions et leur bonheur d’être en mer de bout en bout. Si dès le départ de Bénodet le 10 avril dernier, on soupçonnait que les conditions étaient de nature à offrir une transatlantique expresse, nul n’aurait pu imaginer qu’elle se déroulerait dans des conditions aussi favorables. Ainsi, à l’exception de deux coups de vent venus mettre à mal les montures – le premier au large du cap Finisterre, le second à l’Ouest des Açores -la météo aura été du côté des solitaires de bout en bout. Il ne faut certes pas oublier que ces deux épisodes seront venu ruiner les espoirs de deux prétendants sérieux et d’un bizuth prometteur – Eric Drouglazet (Luisina) se voyant contraint à l’abandon suite à son démâtage et Gildas Morvan (Cercle Vert) et Frédéric Rivet (Vendée 1) perdant leur ailes suite à la rupture de leur étai – mais force est de constater que rarement on aura connu scénario aussi bien huilé.

Du suspense jusqu’au bout de leurs forces

Avec une valse des leaders incessante et des promus tous aussi légitimes les uns que les autres, de Francisco Lobato (Roff) à Frédéric Rivet (Vendée 1), en passant par Erwan Tabarly (Nacarat), Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) ou encore Eric Péron (Macif 2009), la Transat Bénodet – Martinique aura révélé ou confirmé de belles promesses et de grandes certitudes. Poussés par des Alizés aussi nets et « paradisiaques » que dans les livres, un trio de solitaires composé de Thomas Rouxel (Port de Caen Ouistreham) , Fabien Delahaye et Erwan Tabarly aura fini par se détacher. Un tiercé que longtemps on aura cru intouchable. Mais voilà, avec une arrivée jugée aux Antilles, haut lieu des épices et des saveurs relevées, la météo aura trouvé une inspiration particulière. Distillant ses grains et ses effets positifs ou négatifs, elle aura relancé le jeu de manière spectaculaire, jusqu’à voir Nicolas Lunven et Jeanne Grégoire (Banque Populaire) décrocher leur ticket pour la tombola de l’arrivée. Recroisant à la faveur d’une belle accélération, le skipper de Generali se sera alors emparé de la tête de la flotte à peine 24 heures avant l’arrivée. Jusqu’au bout, la menace des poursuivants et particulièrement de Thomas Rouxel aura plané. Jusqu’au bout le Morbihannais aura gardé son sang froid et sa sérénité habituelle, pour au final, s’imposer avec l’art et la manière. Arrivés en rafales avec des écarts infimes et seulement 2 min 45 sec entre le premier et le deuxième, ces cinq solitaires ont tous reçu les égards dus à leur rang. Mais, il n’y a qu’un vainqueur, Nicolas Lunven, qui avec toute la retenue et la pudeur qui le caractérise aura laissé éclater sa joie sur la ligne d’arrivée de Fort-de-France. Un beau champion, et beaucoup d’autres grandes émotions dans les heures à venir avec des arrivées qui devraient s’étaler sur une trentaine d’heures…

Ils ont dit…
Nicolas Lunven (Generali)

« Depuis deux jours, on navigue à vue à cinq bateaux et on a un rythme de Solitaire du Figaro depuis hier matin. Ca été dur jusqu’à la fin, jusqu’au dernier grain. J’ai plutôt eu de la réussite parce que ça m’a permis de creuser un peu sur Thomas. Il est revenu tout près sous l’île et il allait plus vite que moi sous spi. Il est revenu toute la journée d’aujourd’hui sur moi et j’ai réussi à recreuser un peu sur la fin. Finalement ce dernier grain m’a fait plutôt du bien !

Seize jours c’est très très rapide. On a eu des conditions exceptionnelles, pas faciles mais exceptionnelles. Ca a été dur, surtout les deux derniers jours qui ont été très difficiles au niveau sommeil.

J’ai eu beaucoup de réussite parce qu’on a eu des conditions extrêmement changeantes au niveau des grains. J’ai réussi à en profiter alors que eux ont eu une nuit dramatique il y a deux jours et moi j’ai fait une nuit exceptionnelle dans des grains. J’ai réussi à aller vite et dans la bonne direction ce qui n’est pas toujours le cas avec les grains. J’ai pu refaire tout mon retard et au petit matin à leur passer juste devant

Première transatlantique en solo, première victoire. Je pense que je ne réalise pas. L’objectif c’était la victoire ou faire sur le podium, donc la gagner c’est vraiment parfait ».

Thomas Rouxel (Bretagne – Crédit Mutuel Performance)

« C’était assez intense. Finalement ça a pris des allures de petit entraînement à Port-La-Forêt à travers l’Atlantique. Côté résultat ça aurait pu être pire. Je me voyais bien la gagner. Il n’a pas manqué grand chose.

Nous avons eu une journée difficile, avec pas mal de grains et un alizé pas bien établi. Pendant ce temps là, les autres ont eu un flux plus établi et ça leur a permis de croiser devant nous.

On était pressé d’arriver parce que ça commençait à être dur. Depuis seize jours on bataillait vraiment quotidiennement et physiquement ça commençait à être vraiment dur. C’est une des courses les plus dures que j’ai faite, en tous les cas sur laquelle je me suis le plus investi. Ca s’est joué en partie au mental. On a eu des conditions difficiles et il ne fallait pas se rater pour y arriver »

Erwan Tabarly (Nacarat)

« On a un peu tiré sur le bateau et sur le bonhomme, jusqu’au bout, jusqu’à la dernière journée. Je suis déçu parce que la première place était toujours envisageable. J’ai toujours gardé un espoir même si Nicolas est passé devant pour la dernière journée.

Il y a un peu de déception parce que je me battais pour la victoire. Mais on s’est livré une belle bataille, jusqu’au bout. J’étais deuxième il y a deux ans, troisième cette année. J’aurai quand même vraiment aimé gagner cette fois-ci mais Nicolas est un beau vainqueur. Il s’est bien battu. C’est le jeu de la transat. Il y a eu beaucoup de moments intenses sur ces seize jours de course ».