Nils Palmieri : marin, mais avant tout régatier

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Concurrent de la Transat Jacques Vabre avec le Français Bertrand Delesne sur TeamWork, Nils Palmieri s’est élancé pour sa première course transocéanique à la fin octobre. Nous l’avons rencontré au Havre la veille de son départ pour le Brésil. Portrait d’un jeune régatier bien dans ses baskets. 

Affairé au fond de son Class40 amarré dans le port du Havre, Nils Palmieri profite de ses dernières heures à terre pour peaufiner sa préparation. Hirsute et pas vraiment rasé de près, le garçon, discret de nature, reste à l’écart des foules et se concentre sur l’essentiel. Relativement peu connu en dehors du sérail, et ce, malgré une présence accrue sur tous les pontons depuis une dizaine d’années, le Veveysan ne semble pas attacher trop d’importance au rayonnement médiatique. Âgé de 28 ans, titulaire d’un Bachelor en économie d’entreprise, il est résolument plus porté sur les actes que le paraître. Une attitude qui lui a permis de poursuivre son bonhomme de chemin hors des coups d’éclat, mais toujours au meilleur niveau. Il est même devenu, au fil du temps et avec du travail, l’un des régatiers suisses les plus en vue. « Si je suis ici aujourd’hui, ce n’est pas un hasard » explique-t-il, sans aucune suffisance. « J’ai acquis beaucoup d’expérience durant des années, sur tous les supports possibles. Prendre aujourd’hui le départ de la Transat Jacques Vabre est donc une suite relativement logique, même s’il faut considérer qu’il y a forcément une succession d’opportunités. »

Débuts classiques 

Et c’est en prenant le temps de mieux faire connaissance qu’on réalise combien ses acquis sont importants. Sportif accompli, il s’est illustré en triathlon junior tout en suivant un parcours vélique assez classique. Il participe aux régates de club, rejoint le cadre national et s’inscrit rapidement à des événements internationaux en Optimist. De ces années, il ramène un titre de Champion Suisse, ainsi qu’une participation aux mondiaux, avant de se lancer à 16 ans en 470. « C’était très dur. Je suis passé directement de l’Optimist au 470, un milieu où il y a des professionnels. Je pense que j’ai un peu brulé les étapes en omettant le 420 ». Il ne cache d’ailleurs pas que s’il devait n’avoir qu’un seul regret, c’est celui de ne pas avoir tenté l’aventure olympique. « J’ai fait seulement trois ans en 470. Une performance olympique aurait pu m’ouvrir plus rapidement des postes de barreur et tacticien. Du coup, je suis passé par le statut d’équipier, en souffrant pendu dans les filières des heures durant. J’ai dû montrer de quoi j’étais capable. Aujourd’hui, sans parler de revanche, j’ai prouvé que j’étais un barreur en m’imposant sur le TeamWork M2 Speed Tour. ».

skippers.ch Nils Palmieri Transat Jacques Vabre

© Christophe Breschi

Sur tout ce qui flotte

Après une pause vélique de trois ans, consacrée notamment aux études, Nils revient à la voile peu après ses 20 ans, à travers le fameux CER (Centre d’Entraînement à la Régate de Genève). Il participe à quatre reprises au Tour de France à la Voile. « Le CER est une institution incroyable qui n’a jamais été égalée, malgré plusieurs tentatives. Les gens viennent de toute la Romandie pour accéder aux entraînements et tenter leur chance sur le Tour. Maintenant que cette régate phare a changé de format, et qu’elle n’est plus au programme, les choses vont peut-être changer. Le Mini devient une nouvelle porte d’entrée pour la course au large, même si le CER reste une référence. » Parallèlement à ses navigations en Surprise, Farr 30 et M34, Nils fait ses premières armes en D35 sur Zebra VII, avant de rejoindre Realteam qui l’embarque en Extreme 40. « L’adage qui dit que pour réussir il faut naviguer beaucoup, et sur tous les supports, est à mon sens le meilleur. Cette attitude permet d’acquérir des expériences multiples, et surtout de ne pas se lasser. J’ai pensé parfois bruler les étapes, mais il n’en est rien. Il faut prendre tout ce qu’on peut pour progresser. En Farr 40 et M34, j’ai appris l’endurance ; en D35 la technique, en Extreme 40 la tactique rapprochée et une certaine roublardise obligatoire pour se démarquer dans cette classe. En M2, j’ai exploité mon potentiel de dériveur. Tout ce que j’ai fait est complémentaire. »

Et pour ceux qui pensent qu’il en a déjà fait beaucoup, Nils Palmieri, qui n’en a jamais assez, a encore gouté au large pendant ces mêmes années. Aux côtés de Nicolas Groux, Simon Koster ou Simon Brunisholz, il fait ses classes en Mini 6.50 lors des courses en double. « Nous avons notamment remporté le UK Fastnet avec Simon Koster. Une épreuve éprouvante sur laquelle nous avons rencontré du gros temps. » Il découvre à ces occasions ne pas souffrir du mal de mer, une aubaine pour qui veut faire carrière. Mais sa vision du large n’est pas différente que pour les autres courses. « Il y a bien sûr des paramètres humains à gérer comme le sommeil. Mais il s’agit avant tout de régates que j’aborde de la même manière que toutes les autres courses. La spécificité du large n’est pas pour moi aussi importante qu’on veuille bien le penser. »

La Jacques Vabre et ensuite?

Forcément à l’aise avec son statut de bizut : « Il y a plein d’autres concurrents qui participent à leur première Jacques Vabre », il n’a pas d’inquiétude face à la météo musclée dans le golf de Gascogne. « J’ai bien sûr un peu d’appréhension, mais ça me paraît indispensable. C’est ce qui fait qu’on est performant. Il faut écouter un peu ses tripes. C’est le jour où on ne ressent plus rien que ça devient dangereux. »

Et si Nils Palmieri ne sait pas encore ce qu’il va faire à l’issue de la grande classique bisannuelle, son chemin semble tout tracé vers la voile professionnelle. « Je travaille encore à environ 25% sur l’année dans mon métier de gestion d’entreprise. Mais à terme, je devrais pouvoir vivre uniquement de la voile. Je vais devoir choisir entre les deux possibilités qui s’offrent à moi : le large ou la régate pure. » Conscient du privilège d’avoir de telles opportunités qui n’existent qu’en Suisse, il aime à rappeler à la jeune génération qu’il n’en va pas de même ailleurs. « Je crois que le D35 a amené énormément aux jeunes et ouvert le professionnalisme autour du Léman. Mais il y a des tas de régatiers talentueux qui donnent encore beaucoup de leur personne, sans avoir un franc en retour. Je pense notamment à tous ceux qui font de l’olympisme, ce qui demande un engagement sans concession et souvent pour rien. Il ne faut pas l’oublier et je crois qu’il est important de rester humble face à notre position privilégiée en Suisse romande.